LE CORAIL
C’est l’ambition de plus d’une petite fille de posséder un de ces jolis colliers de corail rose ou rouge qui font si bien ressortir la blancheur du cou; plus d’un petit garçon mettrait volontiers à sa cravate une épingle de la même substance. Peutêtre si on leur demandait ce que c’est que le corail, même en leur promettant comme récompense l’objet qu’ils convoitent, seraient-ils bien embarrassés. À moins cependant que, sans hésitation, comme il arrive trop souvent à l’ignorant, ils ne déclarent que le corail est une pierre.
Sans doute l'apparence leur donne raison, et même il est ordinaire de compter le corail parmi les pierres fines. Mais l'opinion qu'on s’en fait change singulièrement quand on sait d’où on le tire et comment il prend naissance.
Le corail est un produit de la mer ; mais au moment où il sort de l’eau, il est bien loin d’avoir l’aspect agréable que vous savez, et certainement vous ne le reconnaîtriez pas. C’est comme un branchage capricieusement ramifié et tout enduit d’une matière grisätre et visqueuse. d’un contact déplaisant. Si l’on se hâte de mettre le corail frais pêché dans un bocal d’eau de mer, on ne tarde pas à assister à un spectacle
merveilleux : cette substance gélatineuse qu’on prendrait pour une souillure accidentelle, la voilà qui se met à fleurir ; de distance en distance de jolies étoiles aux rayons crénelés s’épanouissent, absolument comme les pâquerettes des champs sous l'influence du soleil. — Décidément le corail n’est pas une pierre : cette forme branchue, ces fleurs sur des rameaux montrent bien que c’est une plante !.…
Eh bien non! Ce n’est pas davantage une plante.
Touchez une des fleurs ouvertes, et vous la verrez subite-
DE JOLIES ÉTOILES AUX RAYONS CRÉNELÉS S'ÉPANOUISSENT COMME DES PAQUERETTES.
ment se refermer avec des mouvements comparables à ceux du limaçon qui rentre ses cornes au moindre contact. Approchez une petite bestiole, elle sera saisie, et quand plus tard la fleur se rouvrira, cette proie aura disparu, véritablement digérée. Les savants qui ont examiné la chose de plus près ont même constaté qu’à une certaine époque de l’année le corail pond de vrais œufs d’où il sort de petits êtres très vifs, couverts de cils, et qui, après avoir nagé acuvement quelques heures, s’arrêtent à la surface d’un rocher, subissent des métamorphoses étranges et donnent bientôt naissance à des végétations corallines toutes semblables à celles d’où ils sont sortis.