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LE CORAIL

Le corail n’est donc ni une pierre ni une plante : c’est un animal.

Et si déjà, par lui-même, le corail est un objet d'intérêt, quelles réflexions il suggère! Ne montre-t-il pas d’une manière saisissante combien ces trois grandes divisions que l’on établit à première vue dans la nature et qu’on appelle les {rois règnes, sont, en définitive, si intimement soudées entre elles, malgré l'apparence, qu'il est presque impossible d'établir de l’une à l’autre des limites précises ?

Le corail offre d’ailleurs à l'observateur d’autres sujets d’admiration. Outre qu’il est bien curieux de voir une pierre précieuse produite par un animal, il faut ajouter que le corail n’est que l’un des membres d’une grande catégorie d'êtres analogues qui méritent la qualification de constructeurs d’iles. On les désigne sous le nom de madrépsres, et c’est dans les mers très chaudes des régions équatoriales de l'océan Pac fique qu'il faut aller pour les observer.

Vous connaissez tous la disposition exceptionnelle de cette cinquième parlie du monde qu’on appelle l'Océanie. A part le grand continent australien, elle est exclusivement composée d’iles dont beaucoup sont fort petites et qui, très différentes de la plupart des terres des autres régions du globe, offrent entre elles d’étroites analogies. La plupart sont de forme annulaire, et quelquefois elles se groupent ensemble en vastes couronnes. D'année en année elles augmentent de dimensions et elles s’accroissent en nombre, de telle sorte qu’on a pu découvrir de quelle façon elles se produisent.

Le fond de l'Océan, au lieu d’être plat, comme le fond du bassin des Tuileries, par exemple, est fort accidenté, et dans la région du Pacifique il s’y montre une foule de vraies montagnes coniques de nature volcanique. C’est vers le haut de ces monlagnes, tout autour du sommet, que des madrépores viennent se fixer, et il en résulte une vraie végétation annulaire qui pro-

gressivement, comme le ferait une haie de plantes, s’accroiten LE MONDE ANIMAL. 14

Aer

hauteur en même temps qu’elle devient plus épaisse. Au bout d’un temps suffisant, elle atteint la surface del’eau et constitue alors un bas-fond ou récif, dangereux pour la navigation et soieneusement marqué sur les cartes marines. Il arrive un moment où, à la marée basse, la surface de l’île madréporique sort de l'eau. Sous l’action du soleil tropical elle se fendille, et la tempôte, quand elle se déchaine ensuite, détache de ses bords crevassés de gros blocs de corail que les vagues rejettent sur la partie moyenne de lacouronne. Celle-ci s'élève donc peu à peu au-dessus de la mer d’une quantité telle que, les plus hautes eaux ne peuvent plus y atteindre. L’exhaussement sépare ainsi del’Océan la pièce d’eau circulaire contenue au centre de lile, et cette eau, sous l'influence des pluies qui la lavent, perd successivement tout son sel et passe peu à peu à l’état d’eau douce. Les vents et les oiseaux, les courants de la mer eux-mêmes, apportent des îles voisines des germes de plantes dont quelquesunes trouvent sur le roc nu des conditions suffisantes à leur développement. La pierre se couvre peu à peu d’un tapis de lichens et de mousses qui, en pourrissant après leur mort, donnent progressivement naissance à une mince couche de terre végétale, où des herbes, des arbustes et même des arbres peuvent croître et prospérer.

C’est par ce mécanisme admirable que, dans des régions où la mer est sans fond, la portion solide du monde arrive à s'étendre, et, comme on le voit, cette conquête si profitable à l'industrie de l’homme est accomplie par des êtres dont la nature a été méconnue longtemps et qu’on ne soupçonnerait jamais d’une pareille activité,

Le corail rouge ou rose est trop rare pour produire des phénomènes aussi grandioses que les précédents; mais la pêche à laquelle il donne lieu est une source de bénéfices énormes pour de nombreuses populations.

Ainsi que le corail rose, le corail blanc est fort estimé, et en Italie on recherche un corail tout à fait noir pour les parures

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