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LES INFUSOIRES ET LES FORAMINIFERES

Vous avez lous entendu parler du microscope et vous savez que, grâce à ce merveilleux instrument, la vue devient capable d'étudier en détail des objets si petits, que l’œil nu n’en soupçonnerait jamais l'existence. C’est ainsi que le sang, vu au microscope, se présente comme un assemblage de granules rouges suspendus dans un liquide incolore qu’on appelle sérum, et où ils nagent pour porter aux diverses parties de notre corps l’oxygène qui entretint la vie.

Parmi les sujets d’étonnement que le microscope fait naître par milliers, l’un des plus vifs est certainement la découverte d’animalcules vivant dans des liquides transparents qui semblent absolument purs, comme une tasse de thé froid, ou encore dans des liquides chargés de matières organiques et en décomposition, dont l’odeur est pestilentielle et qu’on jugerait mortels pour toute espèce vivante.

Ces êtres microscopiques ont d’abord été nommés infusoires.

Ils sont extrêmement variés, et parmi eux on en distingue qui certainement sont de vrais animaux, tandis que d’autres sont des plantes. Le plus grand nombre ont des caractères ambigus

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LES ORGANISMES ÉLÉMENTAIRES. 217 entre ces deux règnes, et plus on les étudie, moins on sait où les classer.

Les plus simples, d’un centième de millimètre seulement de longueur, apparaissent les premiers dans les infusions abandonnées quelques jours à elles-mêmes : ce sont des bactéries. Leur nom vient de leur ressemblance avec de petits bâtonnets droits et rigides. Sous le microscope on les voit se mouvoir avec une rapidité considérable et ils sont d’une activité surprenante. Parfois leur nombre est si grand que, réunis à la surface du liquide où 1ls vivent, ils y constituent par leur agglomération une véritable peau ou membrane superficielle parfaitement visible à l'œil nu.

A côté d’eux il faut citer, comme tout aussi fréquents et faciles à obtenir, les vibrions, sortes de petits filaments enroulés sur eux-mêmes et quise tortillent de mille facons.

Mentionnons aussi, à cause de leur élrangeté, de petites masses gélatineuses, assez semblables à des gouttes d'huile, mais qui se déplacent lentement d’elles-mêmes. Ce sont les amibes. D'abord sphériques, les amibes se gonflent lentement en un point de leur surface, d’où l’on voit pousser peu à peu une sorte de bras. Grâce à ce bras, l’amibe se fixe en avant du lieu où elle était, puis elle se hisse dessus en le résorbant au fur et à mesure de cette bizarre progression.

Les bactéries, les vibrions, les amibes, véritables atomes vivants, ont dérobé jusqu'ici aux microscopes les plus puissants les détails de leur organisation, sur laquelle on n’a, par conséquent, encore aucune notion. Mais il n’en est pas de même pour d’autres animalcules plus volumineux et presque aussi communs, qu’on appelle infusoires ciliés, pour marquer qu’à la surface de leur corps existent des poils ou cils propres à la locomotion.

L'un des plus frappants est le colpode, dont la forme générale est celle d’un haricot, et qui paraît faire une guerre acharnée aux infusoires précédents. Dans son corps, qui est transpa-

rent, on voit des corps sphériques dont la place change peu à peu et que l’on considère comme des estomacs.

Les vorticelles sont d’une élégance extrême : figurez-vous des petites fleurs au calice bordé de long filaments et portées par des tiges qui peuvent s’enrouler sur elles-mêmes pour se détendre tout à coup de toute leur longueur. Ces animalcules sont tantôt isolés, tantôt réunis en touffes, et nous nous sommes diverti bien souvent au charmant spectacle de leurs mouvements saccadés.

Parmi les infusoires qu’on s’accorde à regarder comme des plantes, les diatomées se distinguent par leurs formes géométriques.

Elles sont enveloppées d’une carapace prismatique, siliceuse, diaphane et fragile, résultant de

VORTICELLES VUES AU la juxtaposition de deux valves

ARR ET EU parfaitement ajustées l’une sur

l'autre et qui laissent entre elles une cavité carrée, ou trian-

gulaire, ou cordiforme, ou en forme de bateau, etc. De plus,

leur surface extérieure est parfois finement guillochée. Nous verrons dans un moment l'importance de ces petits êtres.

Au nombre des infusoires qui sont certainement des animaux, nous citerons les rotifères et les tardigrades, relativement très gros et communs sur les toits de tuiles, dans les petites plaquettes hémisphériques de mousse qui en ponctuent la surface. Ces animaux sont soumis, en raison même de leur habitat, à des conditions extrêmement variables : quand il pleut, ils sont dans l’eau comme des poissons dans la rivière; mais lorsque vient le soleil, ils ne tardent pas à se dessécher, et durant les ardeurs de l’été la mousse où ils se tiennent se recoquille et rissole sur la tuile brûlante. L’infusoire subit alors le sort de tout ce qui l’entoure : il se dessèche com-

plètement, il se ratatine, perd sa forme et cesse de manifester aucun phénomène vital. Il ne meurt pourtant pas pour cela; il est seulement endormi, et tout à l’opposé des marmottes et des autres animaux dits hibernants, il cède à un vrai sommeil estival. Aussi est-ce une expérience bien curieuse que d’humecter doucement des rotifères secs placés sous le microscope et de les voir peu à peu renaître au mouvement à mesure que l’eau pénètre leurs tissus : on croit assister à une vraie résurrection.

Ce qui précède suffit pour faire voir que les infusoires constituent à eux seuls tout un monde. On a écrit de très gros volumes pour en énumérer les espèces et en faire connaître tous les caractères. Le seul point qui doive nous arrêter ici, c’est que ces êtres, si inférieurs à tant d’égards, jouent pourtant dans l’économie de la terre un rôle de première importance et qu’on peut apprécier dans des directions très variées.

D'abord, c’est avec un très vif intérêt que dans ces derniers temps on a appris de M. Pasteur que la plupart des phénomènes de fermentation sont l’œuvre de certains infusoires.

Vous savez ce que c’est que la fermentation, cette opération qui transforme en vin capiteux le jus sucré du raisin. Les grappes écrasées dans la cuve ne tardent pas à mousser et à écumer. Elles dégagent des torrents d'acide carbonique, et en même temps le sucre se change en alcool. Or c’est une petite plante microscopique qui opère cette transformation, et il faut l'empêcher d'aller trop loin, car elle ferait passer lalcool à l'état de vinaigre, et c’est à elle qu'il faut s’en prendre si le vin aigrit quand on le laisse à l'air.

Au lieu de prêter, comme le précédent, leur concours à notre industrie, beaucoup d’infusoires, rangés parmi nos ennemis, jouent un rôle terrible et sont la cause et les agents de transmission des maladies les plus graves : choléra, peste, fièvre typhoïde et bien d’autres.

Il arrive trop souvent, par les chaleurs, que la piqüre d’une simple mouche détermine sur la peau la formation d’une pus-

tule qui est comme le signal d’accidents épouvantables auxquels la mort succède bientôt : c’est le charbon.

Si, comme l'a fait M. Pasteur au cours d’un travail qui a produit une profonde impression, l’on examine au microscope une goutte de sang du malheureux qui vient de succomber, on y voit par milliards de petits infusoires, appelés bactéridies, qui n'existent pas chez les personnes saines. Il suffit, avec une épingle trempée dans ce sang infesté, de piquer un animal en

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