IX L
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« … Le cortège du roi se déroule pitloresquement sur le flanc de la montagne ; en tête, l'éléphant du roi, entouré d’un oroupe de serviteurs élevant des parasols, des chasse-mouches en queue de yak; puis la longue file des éléphants avec leur harnachement bariolé, derrière lesquels viennent les piétons et les cavaliers conduisant par la bride leurs chevaux qui vont sautant comme des chèvres de roc en roc.
«… Dans la chambre de l’houdi nous trouvons une table, des chaises et une corbeille contenant une collation et quelques flacons de moselle qui doivent nous permettre d'attendre patiemment l’arrivée du seigneur tigre; il est cependant strictement défendu de parler haut et de fumer. Un véritable arsenal de carabines, rangées le long du mur, est destiné à notre usage et à celui du roi et de quelques nobles qui l'ont suivi.
« L'obscurité envahit la petite vallée; les heures se passent et il est plus de minuit, rien n’a encore bougé; mais vers une heure la forêt paraît s’animer ; bientôt arrivent quelques sangliers, puis des daims; un peu plus tard un solitaire samber vient se camper superbement à 30 mètres de nous, reflétant sa belle tête couronnée de magnifiques andouillers sur le miroir du lac entouré de mille étoiles. Mais toutes ces tentalions ne nous font pas oublier le tigre que nous attendons.
« Comme toujours dans ces chasses de nuit, les instants les plus intéressants sont ceux de l’attente, alors que le chasseur, désarmé momentanément, voit se dérouler devant lui toute la vie nocturne de la forêt. Lorsque le tigre apparait, il y a encore un instant d'émotion, puis la malheureuse bête, fatalement condamnée, s’avance presque sans défiance; une décharge part de l’houdi et le tigre s’alfaisse avec un rugissement.
« Ce dernier acte, qui paraît le principal, n’est pas le plus beau ; et pour ma part, j'ai toujours éprouvé un certain remords à participer à l’assassinat d’un Uügre, à huit, derrière un mur de deux pieds.
« On me réserva celle fois l'honneur de tirer le premier sur
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LES CHIENS. 33 le tigre. J’attendis que l'animal ne fût plus qu’à une vingtaine de mètres de l’houdi. Ma première balle lui fit faire un bond prodigieux; au moment où il retombait à terre, je visai pour la seconde fois; mais une décharge générale m'empècha de juger de l’effet de mon coup et étendit le tigre mort sur les rochers.
« Au bruit des coups de feu les gens de la suite arrivent apportant des torches; le corps du tigre est placé sur un brancard; et remontant sur nos éléphants, nous reprenons la route de Govindgurh. À quatre heures du matin nous sommes dans notre tente, après une course effrayante sur le dos de nos éléphants, culbutant à la clarté des torches au milieu du chaos de rochers dont j'ai parlé. C’est un vrai miracle qu'aucun accident ne soit arrivé, car j'ai idée que pendant que nous sablions le moselle dans l’houdi, les gens du roi fêtaient le vin nouveau du mhowah {. »