V. — LES CHIENS
Dans les villes, les chiens sont des animaux d'agrément. Ils sont arrivés à cet emploi par leur vivacité, leur intelligence, leur bonté qui va jusqu'à la tendresse; et beaucoup d’espèces par la beauté de leurs formes, de leurs poils soyeux ou brillants.
Dans les campagnes, où l’on n’entretient d'animaux qu’à la condition de les voir travailler, où le chat mème, ce paresseux devenu doux par égoïsme, est forcé, bien contre son gré, à chasser les souris dans les granges, le chien est pour le paysan un auxiliaire puissant : il fait pendant la nuit la sécurité des fermes isolées; pendant le jour, les chiens de berger maintiennent l’ordre parmi les troupeaux.
1. Le mhowah, un des plus beaux arbres de l'Inde, porte des fleurs avec lesquelles on fait un vin d’un goût agréable, mais qui doit être bu frais. Si on le distille, on en obtient une eau-de-vie très forte.
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Mais un rôle dont les enfants n’ont pas sans doute entendu parler souvent est celui que leur font remplir les habitants et les voyageurs des régions polaires. Dans les solitudes glacées du nord de notre hémisphère, ce sont les chiens qui tirent les traîneaux.
On a si bien reconnu l'importance des services que peuvent rendre ces pauvres bêtes, que tous les navires explorateurs, en partant pour le pôle, emportent une meute plus ou moins nombreuse destinée à faire un ou plusieurs attelages.
Bien entendu l’on choisit des espèces robustes : des terreneuves ou des chiens esquimaux propres à supporter toutes les fatigues, à vivre de peu, à coucher sur la neige.
Une très intéressante relation du voyage du vaisseau autrichien Tegetthoff dans les mers arctiques n’a pas négligé de raconter bien des traits à l'honneur de ces fidèles compagnons qui partagèrent avec l'équipage les souffrances d’un exil de deux ans.
Le logement des chiens se composait d'autant de huttes que d'individus. Ces huttes, des caisses garnies de paille, reposaient hors du navire sur la neige.
Lorsque le matin on ouvrait le chenil, air s’emplissait aussitôt d’un vacarme d’aboiements et de jappements. Pour se dégourdir, la meute tout entière bataillait pendant quelques instants ; puis, mise en appétit par cette gymnastique hygiénique, se précipitait vers le pont avec toutes sortes de démonstrations cafardes et empressées pour tâcher d'obtenir quelque morceau de quiconque se trouvait là.
Instruites par le régime auquel elles étaient réduites depuis longtemps, ces bêtes avaient chacune une cachette dans la neige, qu’elles vérifiaient souvent avec un soin extrême, et où elles mettaient du pain et des os de réserve.
Il y avait des jours de gala. Ainsi, pour finir l’année 1879, l'équipage se permit les délices d’un festin, et les chiens ne furent pas oubliés dans ces réjouissances publiques du Tegetthoff.
LES CHIENS. 35 € Tous, lun après l’autre, dit le lieutenant Payer, furent autorisés à descendre dans la chambre des officiers, objectif constant de leurs désirs les plus ardents. Les pauvres bêtes furent tellement éblouies à la vue de nos lampes, qu’elles les prirent à coup sûr pour lesoleil; mais bientôtleur attention fut exclusivement attirée par les succulents et nombreux reliefs de notre festin, et ce spectacle parut complètement satisfaire l’idée qu'ils s'étaient forgée des merveilles de notre logement. Tous, du reste, se comportèrent modestement et se retirèrent sans tapage; seul Jubinal sembla pris de courroux contre notre duplicité, en découvrant que depuis si longtemps nous ne lui donnions en pâture que de la viande de cheval sèche et des crânes d'ours broyés, tandis que nous nagions ici dans l’abondance. Il se rua dans la cabine du lieutenant Brosch, y découvritune montagne de macaroni et tomba dessus. Pour prévenir toute résistance de notre part, il eut soin de grogner significativement jusqu’à ce qu’il l’eut entièrement dévorée.
€ Quant à Sumbu, il commit l’imprudence de se laisser griser avec du rhum par les matelots, si bien que les autres chiens, profitant de son ébriété, lui dérobèrent en une nuit tout ce que sa ruse avait amassé pendant des semaines, tous les trésors qu’il avait enfouis dans la neige et devant lesquels il montait si jalousement la garde. Malheureux Sumbu ! perfides matelots ! »
Oui, malheureux Sumbu ! ear l'amour des chiens pour les os et pour la viande est le résultat d’un besoin pressant de leur organisme qui n’est pas particulier à ceux qu’une disette habituelle a rendus spécialement voraces. Comme nous lavons déjà dit, les chiens sont carnivores... en principe du moins. Si l’éducation que l’homme leur à donnée leur permet de se nourrir de pâtées dans lesquelles il entre infiniment plus de pain que de viande, ils préfèrent de beaucoup, quand ils sont abandonnés à leurs instincts, une viande mal cuite à une soupe bien faite. Certains chiens de chasse sont de véritables bêtes de
proie, aussi féroces que des loups, proches parents, du reste, de toute l’espèce, — mais toujours dociles à leur maitre... jusqu’au jour où ils trouvent l’occasion de le dévorer.
Armés de fortes canines, pourvus d'ongles, rapides à la course, possédant un odorat très développé, les chiens sont des êtres admirablement doués pour se défendre et pour attaquer. Dans les pays où ils sont redevenus sauvages, ils forment de grandes troupes et vivent de chasse. Aussi les chiens du Tegelthoff n’avaient-ils pas de plus douces fêtes que celles que leur procuraient les chasses de toute espèce auxquelles se livraient sur les animaux polaires les hommes de l’équipage.
A trois reprises différentes, le lieutenant Payer, quittant le Tegetthoff emprisonné par les glaces, organisa, en compagnie de quelques marins, des excursions en traineau à la terre de François-Joseph, découverte par l'expédition. Les vivres chargeaient un traineau que devaient tirer Sumbu, Jubinal et Torossy, l'élite de la troupe canine.
Dès la première de ces excursions, le pauvre Sumbu périt, victime de son inconséquente vivacité. C'était un chasseur déterminé et le flair seul d’une bête le mettait hors de lui. Un jour une mouette, passant à sa portée, l’agita tellement, qu’il rompit ses sangles et s’élança à sa poursuite. On lPappela, on l’attendit, ce fut en vain. Les traces des voyageurs eflacées par la neige ne purent être retrouvées par la malheureuse bête et elle mourut de faim ou dévorée par un ours.
Le dur labeur du tirage du traineau fut donc partagé entre les seuls Jubinal et Torossy, et M. Payer leur rend cet hommage que ce fut en partie à leur vaillance qu'il dut d’avoir franchi le 82° degré.
L'existence de ces animaux n’était alors qu’un long supplice. Leur tente, absolument gelée, ne leur donnait dans les haltes qu'un semblant d’abri; malgré la constance qu’ils mettaient à se secouer, ils avaient toujours sur le poil une carapace de neige d’un pouce d'épaisseur. « La soif dévore leur gosier,