‹ Le monde animalChapitre 15 sur 110 · UNE FOIS AUX SANGLES · texte numérisé non relu

UNE FOIS AUX SANGLES

écrit leur historiographe, la faim habite dans leurs entrailles,

et leurs pattes blessées dessinent sur la route un long sillon de sang. »

Cela devient si horrible, que Jubinal et Torossy sont pris d’une véritable haine pour le traîneau; pendant la nuit, il leur arrive à plusieurs reprises de rompre à belles dents ces maudites cordes, emblèmes et instruments de leurs dures corvées.

Cependant, une fois aux sangles, ils n’ont plus Pair d'y penser, pourvu qu’il ne fasse pas de vent et qu'il n’y ait pas trop d’aspérités sur Le sol.

Sont-ils exténués de fatigue au point de ne pouvoir avancer, on leur tire, selon la mode des peuplades sibériennes, un peu de sang à la queue ou aux oreilles. On panse leurs pattes malades avec du collodion ou de l'alcool, et on les bande avec de la flanelle.

Comment finit le voyage pour ce qui restait de la meute? Forcés d'abandonner le navire hors d'état de tenir la mer, et de regagner leur patrie en chaloupe, les membres de lexpédition tuèrent d’abord Gillis, et la chienne Zemble, mère de Torossy. Pékel obtint un sursis; Jubinal et Torossy furent conservés pour le traineau. Maisle lieutenant Payer et ses compagnons en vinrent à un tel degré de misère, qu'il fallut sacrifier Pékel. Lorsque, arrivé devant la mer libre, on monta dans la chaloupe, Jubinal et Torossy, pris du mal de mer, compromettaient par leurs bonds la sûreté des passagers; 1l n’y avait d’ailleurs pour les hommes que la place strictement nécessaire, Le cœur navré, il fallut se résigner à payer leurs fidèles services d’un coup de fusil.

Pauvres toutous ! ils eurent la gloire de coopérer à la découverte de laterre François-Joseph.

Dans une autre région, c’est une existence à peu près polaire, pour le froid du moins, que celle des chiens de l’hospice du grand Saint-Bernard.

Sur l’une des routes les plus fréquentées qui mênent de

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LES CASTORS. 39 France en Italie, à une altitude où les voyageurs n'arrivent qu'exténués de fatigue, s'élève un hospice, espèce d’auberge tenue par des religieux qui, pour donner des soins ou porter des secours aux voyageurs, se résignent à vivre dans l’hiver perpétuel des hautes régions.

Ils vont au-devant des piétons égarés, et, au péril de leur propre vie, les retirent souvent d’endroits fort dangereux, de trous profonds. Leurs coopérateurs dans cette noble tâche sont de grands chiens que leur flair délicat et leur instinct merveilleux guident, mieux que ne saurait le faire l'habitant le plus expérimenté des montagnes, à la recherche des voyageurs.

Les chiens du grand Saint-Bernard ne sont pas nés dans les Alpes; c’est une race espagnole qu’on fait venir des Pyrénées. Le Jardin d’Acclimatation en possède de beaux individus qu'on fera bien d’aller voir, ainsi que leurs compagnons de toutes races. Disons à ce propos que le chenil du Jardin d’Acclimatation est une des merveilles zoologiques de Paris, et rien n’est plus intéressant à visiter.

Bien avant d'y arriver, on entend un vacarme épouvantable; ce sont les aboiements, les jappements des chiens, qui n’ont guère d'autre distraction que de crier les uns contreles autres, et de s’entretenir avec leurs voisins de cage d’une façon bruyante et souvent belliqueuse. Heureusement pour eux, cette captivité n’est jamais longue; car ils sont promptement achetés par des amateurs des belles races pures.

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