‹ Le monde animalChapitre 17 sur 110 · DES ARBRE · texte numérisé non relu

DES ARBRE

mais aussi de ménager à sa maison des galeries qui assurent sa retraite en cas de surprise.

L'œuvre la plus extraordinaire des castors est celle des dioues qu'ils jettent à travers les rivières et au bord des étangs. Celui qui voit une chaussée de castors, où qui surtout tra vaille à la défaire, reste étonné du mode de construction si simple et si remarquable de ce mur inébranlable, qui résiste victorieusement au tourbillonnement des flots d’un courant rapide. On se demande comment cette boue, pétrie et appliquée avec les pattes du castor, sans même que la queue ait joué dans ce travail son rôle de truelle, a pu devenir un ciment hydraulique que les années durcissent au lieu de le dissoudre. La grandeur du travail étonne autant que sa perfection ; quelques-unes de ces chaussées sont d’une longueur considérable.

La destruction du castor à été suivie en plusieurs endroits de la disparition de la forêt ou de sa transformation en prairies. Voici comment : Les castors, à une époque antérieure, ont éLé prodigieusementnombreux dans le Canada, encore aujourd’hui

leur lieu de prédilection, — puisque partout on y trouve leurs digues ou chaussées. L’eau contenue par ces obstacles ne suivait pas sa pente naturelle : de là une infinité de lacs de toutes aimensions, qui conservaient l'humidité dans le sol et dans l’atmosphère, et aidajent ainsi à la croissance des bois, en même temps qu'ils les protégaient contre les incendies dévastateurs. Après la mort des castors, les travaux d’entretien ayant été abandonnés, les canaux de décharge que ces uliles quadrupèdes ouvraient ou fermaient suivant Pexigence des circonstances, ont laissé échapper l’eau que renfermaient les étangs, qui se sont desséchés. Les bois, qui r’avaient plus autant d'humidité, ont langui; puis le feu à passé par là, et cet élément destructeur, ne trouvant plus d'obstacles, n’a laissé d’autres vestiges de la forêt que les nombreuses digues consiruites autrefois par les castors.

Le castor vit surtout de foin, de racines et d’écorces d’arbres; mais à l’état de domeslicité, où on le réduit facilement, il se

LE MÉGATHÉRIUM. 43 nourrit de tout ce qu’on lui donne. Il paraît même qu'il est très friand de plum-pudding.

Les longues incisives du castor étaient autrefois employées par les sauvages pour creuser le bois. Aujourd’hui on tire de l'animal un parti plus en rapport avec la civilisation : sa chair fournit un aliment abondant, et sa peau une solide fourrure. Cette fourrure a deux parties : le long poil, généralement d’un brun roux; et le sous-poil, duvet d’une extrême douceur, qui autrefois donnait une grande valeur à la peau du castor, lorsqu'il était la matière unique du feutrage.

Bien que le nombre des castors ait fort diminué, la Compagnie de la Baie d'Hudson s’est procuré, l’une de ces dernières années, 63 374 peaux.

Il y à encore quelques rares castors en Europe. On en trouve en Allemagne et sur les bords du Rhône; mais au lieu de maisons ils habitent de simples terriers. Nos pères qui les ont connus les appelaient, paraît-il, des bièvres, et c’est de là que viendrait le nom de notre Bièvre parisienne, qui, limpide et charmante dans la vallée de Chevreuse, finit en égout dans la Seine.

Page 1