VII. — LE MÉGATHÉRIUM
En 1789, le vice-roide Buenos-Ayres cavoya à Madrid un squelette qui provoqua un étonnement profond. Comparable à l’éléphant seul par sa taille énorme, l'animal dont on avait retrouvé les débris différait à première vue du gigantesque proboscidien. Après avoir été évidemment l’un des tyrans du monde organique, il représentait donc une espèce disparue de la nature actuelle.
C’est sur les bords du fleuve Luxan, à trois lieues au sudouest de Buenos-Ayres, que l'étrange trouvaille avait été faite, et l'intérêt qu’elle excita augmenta beaucoup encore quand deux autres squeleltes, tout semblables au premier, eurent été rencontrés à Lima et dans le Paraguay.
Le grand naturaliste Cuvier, à qui revient la gloire d’avoir
exhumé de leur tombe une foule d'espèces animales rayées du nombre des vivants, et qu'on pouvait croire vouées à l’oubli, Cuvier étudia d’une manière spéciale le monstre américain, le mégathérium!, comme on lappelle. Il trouva que les seules bêtes vivantes qui puissent lui être comparées sont de dimensions infiniment moindres. On les a réunies depuis longtemps. sous le nom d’édentés, qui fait allusion à l’absence d’incisives à
SQUELETTE RESTAURÉjDE MÉGATHÉRIUM
leur mâchoire, dont toute la partie antérieure est absolument démeublée.
Les édentés qui vivent à présent, et qui sont exactement confinés dans les régions tropicales, se présentent comme des êtres inférieurs à la plupart des mammifères. La lenteur de leurs
1. Ce nom a été fabriqué par la soudure de deux mots grecs et signifie littéralement gros animal.