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VIII. — L'ÉLÉPHANT

Ce qui frappe tout d’abord dans l'éléphant, plus peut-être que sa haute taille qui en fait le plus grand des mammifères terrestres, c’est le merveilleux instrument si souple, si délicat, qui manie les plus petits objets avec dextérité, ct qu’on appelle la trompe.

LES ANGLAIS EURENT L’'IDÉE DE FAIRE PORTER PAR CES COLOSSES LEURS CANONS ARMSTRONG

La trompe n’est autre chose que le nez de l'éléphant, et lorsque, au Jardin des Plantes, il veut prendre le pain que vous lui donnez, il vous montre très bien ses deux narines.

On réunit les éléphants sous le nom de proboscidiens.

Les proboscidiens ne comptent aujourd’hui que deux espèces : l'éléphant des Indes et l’éléphant d'Afrique.

Comme détails remarquables dans léléphant, après la trompe, viennent les défenses, qui ne sontautres que les canines démesurément développées.

Quelques races seulement d’éléphants sont dépourvues de défenses.

L'intelligence de l’éléphant est encore plus étonnante que sa figure imposante et bizarre. Le dieu hindou de la Sagesse, Ganésa, a une tête d’éléphant.

Dès la plus haute antiquité on employait les éléphants à la guerre. Les historiens rapportent même qu’on les enivrait pour les rendre furieux. Les éléphants apportaient une force considérable à l’armée qui les possédait, et plus d’une fois ils décidèrent de la victoire. Les Indiens et les Anglais les utilisent encore aujourd’hui de cette façon barbare. Lors de la guerre d'Abyssinie, les Anglais eurent en effet l’idée de faire porter par ces colosses leurs canons Armstrong. Chargé de la sorte, chaque éléphant n'avait pas sur le dos, en y comprenant le bât et le harnachement, moins de 650 kilogrammes. Quelques-uns même portaient le poids formidable de neuf quintaux métriques.

La difficulté dans cette entreprise n’était pas de faire marcher les dociles animaux avec cette charge, mais de la leur mettre sur le dos. On imagina alors de se servir de rampes sur lesquelles on faisait glisser les fardeaux. Ces rampes reposaient sur les flancs de l’éléphant accroupi qui, pendant tout le temps que durait l'opération, ne bougeait pas plus qu’une statue de pierre. Les fardeaux étaient retenus à l’aide d’une corde que l’on faisait passer sur le dos de l'animal et à laquelle se cramponnaient

L'ÉLÉPHANT. 49 cinq ou six hommes, pendant que quelques soldats groupés le long des rampes tiraient le fardeau pour l’obliger à monter.

Il y a actuellement plus de mille éléphants attachés dans les Indes aux services militaires.

Les éléphants sont souvent employés aux travaux de construction. [ls apportent eux-mêmes les pierres, et les posent si délicatement, qu'il suffit, pour les ajuster, de quelques coups de la pince du maçon. Quand un éléphant veut retourner un bloc de pierre très lourd, il commence par le soulever avec le front autant que possible; il appuie ensuite les genoux contre le bloc, qu'il fait rouler en le poussant en avant, et il continue de la sorte jusqu’à ce qu’il ait placé la pierre à l'endroit indiqué par l’homme qui le dirige. S'agit-il de trainer des chariots, et le poids paraît-il trop lourd à l’éléphant pour être entrainé lentement, 1l balance son corps deux ou trois fois, puis porte toute sa masse contre le collier, tire et part au trot.

Les éléphants les plus estimés dans ces contrées sont ceux de l’île de Ceylan. On les vend à l’encan, et le marché attire généralement un grand nombre d’acquéreurs; celui de Mysore est particulièrement célèbre.

Les éléphants à vendre ne doivent pas être âgés de moins de douze ans; c’est entre douze et quarante-cinq ans qu’on en tire le plus de services. {l peuvent bien travailler jusqu’à quatrevingts ans. Chaque éléphant porte en moyenne une charge six fois plus forte que ne pourrait le faire un bœuf; mais aussi sa ration quotidienne est considérable : 20 à 30 livres de riz, mêlées à 3 onces de sel et 2 onces d'huile, ou bien 185 livres de fourrage sec ou 250 livres de fourrage vert, voilà ce qu’il lui faut à peu près pour la nourriture d’un jour.

Voici comme on s'y prend pour capturer les éléphants à Ceylan.

Les indigènes construisent à l’aide d’énormes piquets fichés en terre un enclos qu’ils nomment le corral, et qui est d’une

superficie assez étendue. Les piquets sont reliés par des câbles LE MONDE ANIMAL. +

formés de roseaux des jungles entrelacés. Une partie de l’enclos reste ouverte. Quand les traqueurs en chasse réussissent à trouver un troupeau d’éléphants, ils lenveloppent; et par leurs exclamations, leurs tam-tam, l’infernal tapage qu’ils produisent, ils font sauver les éléphants qui se précipitent en nombre dans le corral. L'ouverture de celui-ci est alors fermée. Quand les éléphants pris au piège sont devenus plus paisibles, quand ils commencent à s’accoutumer à une foule nombreuse et au bruit, on cherche à les attacher; mais quelquefois ils se ruent contre la palissade pour tâcher de l’enfoncer, y réussissent et s’échappent.

Sans l’aide des éléphants apprivoisés on ne parviendrait pas à attacher les éléphants capturés. Au moment favorable, les chasseurs pénètrent dans l’enclos sur le dos d’éléphants dressés ; puis se glissent par terre en se cachant derrière leurs jambes, et jettent des cordes au-dessus du pied des éléphants sauvages. [ls parviennent à lier ceux-ci très solidement en faisant un double nœud à la corde, dont ils entourent l’autre extrémité au tronc de grands arbres ou à des pieux.

Les éléphants du corral sont domptés par un jeûne prolongé, et finissent par s’accoutumer à l’homme qui leur apporte la nourriture.

A l’état sauvage, l'éléphant habite de préférence les forêts. Comme les autres grands animaux, 1l n’a pas de chemins habituels ni de directions régulières; il erre çà et là à l’aventure dans les bois pour y chercher sa nourriture. Cependant, quand un endroit lui plait, son habitude est d’y rester quelque temps, et il ne s’en laisse pas déloger facilement.

Les Africains chassent l'éléphant pour recueillir l’ivoire de ses énormes défenses. De tous les points du continent on en expédie des quantités considérables vers la côte, où l’on sait que les navires viennent l'acheter avec empressement. Ce commerce a valu à une partie de la Guinée le nom de côte de l’Tvoire.

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