‹ Le monde animalChapitre 27 sur 110 · C’EST SUR SON DOS QUE LES TOUAREGS ÉCUMENT LE SAHARA · texte numérisé non relu

C’EST SUR SON DOS QUE LES TOUAREGS ÉCUMENT LE SAHARA

rendent d'immenses services à lhomme, qu’ils servent, vêtissent et nourrissent depuis un temps immémorial.

Pour classer ies ruminants, on à égard aux différences que présentent leurs cornes.

D'abord viennent ceux qui ne possèdent pas ces appendices, parmi lesquels nous citerons les caméliens (chameau, dromadaire, etc.); puis les bovidés, chez qui ils consistent en un os recouvert d’un étui dont la substance est la véritable corne. Cet élui peut se détacher, non los qui tient au frontal ; les bovidés comprennent les bœufs, les moutons, les chamois, etc.; eniin 11 v a les cervidés, dont les cornes, appelées bois, sont ramifiées, recouvertes d’une simple peau, et tombent tous les ans comme du bois mort, pour repousser peu après avec un rameau de plus. Le genre qui a donné son nom à cette subdivision de ruminants est le genre cerf, dont l'espèce la plus intéressante est celle du renne. La femelle du renne porte des bois comme le mâle, ce qui n’a pas lieu pour celles des autres cervidés.

Comme exemple parmi les caméliens nous prendrons le dromadaire, avec lequel nous resterons au milieu des Arabes. Si pour ceux-ci le cheval est la monture de luxe, le dromadaire est la bête de somme infatigable, et quelquelois même l’heureux émule du célèbre coursier. C’est lui qui dans les migrations porte le palanquin des femmes. C’est sur son dos que les Touaregs, surnommés les pirates du désert, écument le Sahara en pillant toutes les caravanes qu’ils rencontrent.

Le signe distinctif du dromadaire, c’est d’avoir sur le dos une protubérance graisseuse appelée bosse; son voisin le chameau, avee lequel on le confond souvent, en a deux. Si le dromadaire se rencontre surtout en Afrique, le chameau ne se voit guère qu’en Asie, où il arpente les steppes de Gobi, pendant que le premier parcourt les champs d’alfa du Sahara.

On peut dire qu’ils possèdent toutes les vertus qu’il soit donné à des animaux d’avoir : intelligence, douceur, courage,

GR

LE DROMADAIRE. 61 résignation, patience, docilité, sobriété, force indomptable. Leurs beaux veux, tendres et un peu tristes, disent toute leur vie de travail et d'efforts incessants.

La vie de l’un et de l’autre est bien intéressante; c’est la même, pour ainsi dire, dans des milieux différents.

Chez le dromadaire et chez le chameau lestomac présente celte particularité que la panse est garnie de groupes de cellules qui semblent destinées à servir de réservoir aux boissons; les aliments solides s'engagent moins facilement que les liquides dans ces cellules dont l'entrée est plus étroite que le fond. L'eau s’y conserve comme dans de petites bouteilles ; et il parait qu'au moment de la rumination elle remonte dans la bouche sèche de l'animal pour Paider à triturer l'herbe presque toujours brûlée dont il se nourrit. C’est en vertu de celte conformation que le dromadaire et le chameau peuvent se passer de boire pendant l’étonnante durée de dix jours, dans

des contrées exposées au soleil le plus ardent, où les sources sont souvent à des distances énormes les unes des autres. Aussi, avec quel prodigieux instinct savent-ils sentir la source à plus d’une demi-lieue de chemin!

« Pour apprécier la grandeur du bienfait du Créateur, en donnant le dromadaire à l’homme condamné à parcourir ces immenses solitudes, et exposé à s’y égarer, qu’on se figure, dit Golberry, l'affreuse détresse de quelques voyageurs qui ont perdu leur route au milieu d’un océan de sable mouvant, dont les vents impétueux agitent et tourmentent la surface.

« L’horizon n’est plus éclairé que d’une lumière incertaine et faible ; le soleil est obscurci par des nuages de poussière qui

remplissent le ciel, qui retombent sur la terre, et au travers desquels l’œil cherche en vain à reconnaître quelques signes indicateurs de la direction qu’il faudrait suivre pour trouver un port de salut.

« L’eau que les dromadaires portent renfermée dans des outres est ou évaporée par l'excès d’une chaleur brülante, ou

consommée ou corrompue ; les hommes et les animaux, épuisés par de trop longues ou de trop nombreuses journées de fatigue, d’abstinence et d'angoisse, ne se traînent plus que d’un pas chancelant.

« Une partie des dromadaires a été déjà sacrifiée, et leurs flancs ont été ouverts pour y recueillir cette eau, qui se garde saine et pure dans ces citernes vivantes; à peine a-t-elle suffi pour prolonger de quelques moments une vie défaillante ; les dromadaires qui ont survécu à ces massacres commandés par la nécessité, sont ménagés pour la dernière ressource ; mus sil faut en venir là, tout est perdu, et l’on n’a plus devant soi que le désespoir et la mort.

«Quand, au terme de ces cruelles extrémités, l’instinet de ces animaux est averti de la présence d’une fontaine, ils tressaillent; leur courage se ranime, et leurs mouvements convulsifs apprennent aux voyageurs désespérés que Pinstant de ia délivrance est arrivé; tous s’élancent d’un pas rapide vers la source conservatrice d’une vie qu’on allait perdre, et c’est le dromadaire, c’est cet animal saint et sacré, qui dans ces horribles circonstances sauve la vie de l’homme. »

Les pieds du dromadaire et du chameau sont faits pour marcher dans les sables fins et mouvants; le dessous en est large, fort charnu et revêtu d’une peau molle, épaisse et peu calleuse; ces pieds sont fendus par-dessous, de l'avant à l’arrière, sur les deux tiers de leur longueur, et munis au bout de deux petits ongles.

Les jambes et le cou sont fort longs, et ce dernier se comporte comme un balancier; la tête est petite à proportion du corps ; le museau allongé et fendu.

Les dromadaires qu’élèvent les Arabes sont en général de couleur fauve, ou brune, ou cendrée ; comme tous les caméliens (lama, vigogne, alpaca), ils ont à certaines parties du corps des poils très longs et très soyeux, dont on se sert pour faire des tissus que les Arabes emploient à la confection de leurs tentes

LE DROMADAIRE. 63 et de leurs vêtements. Le tissu des tentes est si serré et si épais, qu'il est imperméable à la pluie. Bien plus, le poil de chameau est employé par les Arabes pour faire des vases, des espèces de seaux dans lesquels on va chercher l'eau.

On ne trouve plus ni chameaux ni dromadaires à l’état sauvage; partout ce puissant animal est l’esclave de l’homme. Son éducation commence pour ainsi dire dès sa naissance, et elle est rude, comme on va le voir.

Dès l’âge d’un mois, le petit est séparé de sa mère, qui ne peut plus l’approcher qu’à des heures réglées, et déjà le malheureux nourrisson est forcé d'apprendre l’abstinence : on ne lui accorde qu'une partie du lait que la nature lui avait destiné, le reste est employé aux besoins de la maison.

Bientôt après on le condamne à une véritable torture : on lui plie les quatre pieds sous le ventre, absolument dans la situation qu'il devra prendre pour recevoir sa charge et pour la quitter, son corps est couvert d’un tapis ou d’un morceau de tente, qui ne lui laisse de libre que la tête et le cou, et afin qu’il ne puisse ni remuer, ni se lever, les bords de cette couverture sont arrêtés par un grand nombre d’objets lourds et pesants.

On le laisse longtemps de la sorte, et cette pénible gymnastique est souvent répétée : ce qui donne si bien à l’animal l’habitude de la situation accroupie, qu’elle lui devient naturelle et qu'il la prend au moindre signal.

C’est aussi dans un âge très tendre, à six ou sept mois, qu’on accoutume le dromadaire à dormir sous sa charge, dont on augmente le poids à mesure qu’il grandit et prend des forces; et c’est ainsi qu'il devient peu à peu, comme l’a dit Buffon, « une voiture vivante qu’on laisse quelquefois chargée plusieurs jours de suite, sans un seul moment de relâche ».

Les Arabes choisissent les plus forts etles plus légers de leurs dromadaires pour les dresser à la course et à la guerre. Ils leur donnent de l’émulation en les faisant courir avec des chevaux.

Dans ces courses, le cheval devance de beaucoup le droma-

daire au commencement de sa carrière; mais, après quelques heures, épuisé d'efforts et de fatigue, 1l est forcé de ralentir sa vitesse, et enfin de s'arrêter ; le dromadaire, au contraire, poursuit sa route, toujours au grand trot, quelquefois pendant quatre journées, durant lesquelles il peut parcourir 240 lieues pesamment chargé.

Le conducteur, à son gré, maintient ou change lallure des dromadaires. Ils vont plus vite ou plus lentement selon le ton et le mouvement du chant du chamelier conducteur, toujours placé à la tête de la caravane; 1ls suivent à la file, d’un air triste et pensif, sans se détourner mi s’écarter, et observent la cadence du chant. Souvent, quand il est nécessaire, on les réveille par un coup de voix un peu marqué, ou par un petit sifflement; ces faibles avertissements suffisent pour ranimer ces pauvres bêtes, avec qui sont inutiles le fouet et l’éperon, et qui, excédées de faim, de soif et de fatigue, reprennent tout leur courage à la voix de leur maitre.

Le trot du dromadaire est horriblement dur, et un Européen ne pourrait le supporter pendant quelques instants seulement sans ressentir une violente courbature. Il n’en est pas de même des Arabes, qui avec cette allure exécutent des courses de 60 et 70 lieues par jour, qu’ils continuent pendant quatre et cinq jours de suite, et au moyen desquelles ils mettent un intervalle de plus de 300 lieues entre eux etceux qu'ils ont pillés et dépouillés.

Ce ne sont pas ces gens-là qui apprécieront beaucoup les bienfaits du éhemin de fer qu’il est question d'établir dans leur pays.

Enfin, ajoutons comme dernier trait à l’élcge du dromadaire, que sa chair est excellente à manger; sa bosse surtout est, paraît-il, un morceau digne de la table des rois.

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