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PHOQUES

des Groenlandais ; elle cest également une précieuse ressource pour les voyageurs des mers glaciales : leur graisse donne l'huile destinée à éclairer la longue nuit du pôle; leur peau sert à la confection de vêtements, de couvertures, de canots ; leurs os et leurs intestins même ne sont pas inutiles. Aussi avec quelle ardeur on poursuit ces pauvres bêtes; c’est une chasse implacable comme la nécessité, et à laquelle l'homme est contraint de se livrer sous peine de périr lui-même.

Depuis la mer Baltique jusqu'aux régions les plus extrêmes

LES PHOQUES. 73 de l'océan Glacial, la chasse au phoque est une opération réeulière, à laquelle on se livre à époques fixes.

On emploie dans la mer Baltique un moyen assez singulier. Placés sur les rochers et couverts de peaux de phoques — tels Ménélas et ses compagnons à la recherche de Protée — ou de sarraux de la même couleur, les chasseurs imitent le cri des bêtes qu'ils convoitent, et celles-ci arrivent aussitôt. On attend qu’elles soient un certain nombre, puis on les assomme toutes à la fois. Ceux qui prennent les phoques de cette manière sont regardés comme sorciers par les autres habitants de la côte, préjugé qu'ils entretiennent avec soin, parce qu’il fait respecter leurs habitations pendant leurs fréquentes absences.

Pour les Finlandais, la saison de la chasse commence quand la débâcle a lieu sur la mer et que la glace flotte en montagnes. Quatre ou cinq paysans se mettent alors en mer dans un canot ouvert, garni d'un petit mât, et restent ainsi un mois hors de leur famille. Dans ces courses, ils s’exposent à tous les dangers des hautes mers, n'ayant pour leur chauffage qu’un petit feu qu'ils allument sur une sorte d’âtre fait de briques, et comptant pour leur nourriture sur la chair des phoques, dont ils ne rapporteront chez eux que lagraisse et les peaux. Les dangers que ces chasseurs ont à combattre sont incessants. Ils se trouvent à tout moment entre des masses de glace qui menacent de pulvériser leurs frêles nacelles. Ils grimpent souvent sur ces iles flottantes pour tirer sur les phoques qui s’y reposent.

Une des espèces de phoques les plus poursuivies est celle qui habite les îles Pribylov, dans la mer de Behring. On leur donne le nom de phoques à fourrures, à cause de la robe moelleuse et élastique qu’ils portent, et qui est protégée et entièrement recouverte par un poil grossier. La couleur dominante chez les mâles, lorsqu'ils sont à terre, est d’un brun de rouille noirâtre, avec une raie gris foncé ou d’ocre rouge sur les épaules. La robe des femelles a une teinte bronzée ou cou-

leur d’acier le long du dos et toute blanche vers les parties inférieures.

Lesiles Pribylov, découvertes en 1786 par les Russes, furent celonisées par des Aléoutiens qui, au service de la compagnie russo-américaine des fourrures, n’ont d'autre métier que de traquer les phoques ei de recueillir leurs belles peaux.

C’est nar millions que les phoques arrivent en été dans les îles Pribylov pour y déposer et y élever leurs petits. Durant leurs six ou huit semaines de séjour sur ces rocs dénudés, l’on entend un bruit étourdissant qui ne cesse ni le jour ni la nuit. Souvent ce vacarme a suffi pour avertir des navires, enveloppés par la brume, du voisinage dangereux des récifs. Le rivage, sur une étendue de plus de vingt milles, est parfois entièrement couvert de phoques. Les petits sont allaités tous les deux ou trois Jours seulement, mais après leur repas ils sont si gros, qu'ils se trouvent dans l'impossibilité de se mouvoir durant des heures entières. Vers le milieu d'août, ils essayent de nager et se livrent à cet exercice jusqu’à l’époque du départ.

La chasse de ces pauvres bêtes est une véritable boucherie. Destraqueurs, au nombre de quatre ou cinq seulement, commencent par pousser devant eux un troupeau considérable, de 4 à 5000 phoques. Lorsque ceux-ci ont été amenés à l’endroit où ils doivent être abattus, on les laisse se reposer et se rafraichir, car la course les a échauffés, et il paraît que, s'ils étaient tués dans cette condition, la peau serait de mauvaise qualité. Quinze à vingt hommes alors viennent du village sur le terrain, et commencent à détacher de tout le troupeau une centaine d'individus qu’ils entourent et assomment d’un coup bien dirigé à la tête. Après avoir tué 3 ou 400 animaux, les hommes se mettent immédiatement à les dépouiller, car, pour peu que la température soit douce, les cadavres, en se gonflant, nuisent à la qualité de la fourrure.

Les peaux sont salées, étendues les unes sur les autres. Après être demeurées dans une saumure durant huit ou dix

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