XIV. — LA BALEINE
Les baleines sont sans contreditles plus grands des animaux. Elles ont jusqu’à 30 mètres de longueur, et plus de 10 mètres de circonférence. La tête, de forme triangulaire, est à elle seule égale au tiers de la longueur totale du monstre, et quand la bouche est ouverte, elle offre une cavité où pourraient tenir à l’aise un canot et tout son équipage. De chaque côté de la bouche pendent, à la place de dents, les fanons, sortes d'immenses peignes de 5 mètres de haut, dont les dents, en forme de grandes lames placées les unes contre les autres, constituent la substance élastique connue dans le commerce sous le nom de baleine. À l'extérieur, ces fanons portent une multitude de crins qui leur permettent de tamiser l’eau parfaitement. La queue, dont la surface seule est de 80 à 100 pieds carrés, est un énergique instrument de locomotion et une arme terrible. Sa longueur n'est que de » ou 6 pieds, mais sa largeur atteint 18, 24 ou 26 pieds. Au contraire de ce qu'on voit chez les poissons, elle est dirigée horizontalement, et ce caractère suffirait à distinguer à première vue deux grands groupes d'animaux que les ignorants sont parfois portés à confondre à cause de la communauté d'habitat. La queue de la baleine, en forme de croissant, peut se mouvoir dans toutes les directions; sa puissance est immense.
Les nageoires, au nombre de deux, sont placées à deux pieds environ en arrière de l'angle de la bouche. Elles ont deux mètres de long et plus d’un mètre de large. L’articulation étant parfaitement sphérique, elles paraissent capables à première vue de prendre toutes les directions ; cependant la tension de la peau
les empêche de se diriger au-dessous du plan horizontal, et il en résulte que l'opinion de quelques naturalistes d’aprèslesquels la baleine porterait ses petits sous son ventre à l’aide de ses nageoires, est entièrement erronée. La baleine n’a pas de nageoire dorsale.
La langue occupe une grande portion de la cavité buccale. Elle ne peut sortir de la bouche, retenue qu’elle est depuis la base jusqu’à la pointe dans les tissus qui s’étendent entre les deux mâchoires.
La gorge est remarquablement étroite.
Les couleurs de la baleine sont le noir velouté, le gris et le blane avec une teinte de jaune. Le dos, la mâchoire supérieure, une partie de la mâchoire inférieure, les nageoires et la queue sont noirs. La langue, la plus grande partie de la mâchoire inférieure, les lèvres et une portion du ventre sont blancs.
La peau est recouverte d’un épiderme mince comme un parchemin qui à l’air, se dessèche et se détache en se recoquillant. Le derme, de trois quarts de pouce d’énaisseur, recouvre la peau proprement dite, qui est blanche. Elle est imprégnée d'huile et passe insensiblement aux couches sous-jacentes, de façon qu'on n’en peut préciser l’épaisseur.
Immédiatement sous la peau gît le gras de baleine, c’est-àdire la substance pour laquelle surtout on chasse le grand cétacé et qui représente de beaucoup le plus grand volume du corps tout entier. Sa couleur est le blanc jaunâtre, le jaune ou le rouge. Son épaisseur autour du corps est de 15 à 20 pouces, suivant les régions du corps et les individus. Les lèvres sont presque entièrement composées de cette graisse, et fournissent chacune deux tonnes d'huile pure. L'huile paraît être renfermée dans de petites cellules d’où la chaleur peut la chasser.
C'est sur la graisse et sur les fanons que se porte l’attention des baleiniers. La chair et les os, sauf quelques cas spéciaux, sont rejetés. En moyenne, quatre tonnes de gras de baleine donnent trois tonnes d'huile. Une baleine en fournit de 20 à 30 tonnes.