LA BALEINE
sont capables de fendre Peau aussi vite qu’un navire sous ses voiles et de remonter avec tant de vigueur vers la surface qu’elles s’élancent entièrement hors de la mer. Elles paraissent se livrer à ces exercices par pur amusement, et c’est un sujet de grande admiration pour des spectateurs suffisamment éloionés, et de grande anxiété pour les baleiniers novices. Quelquefois les baleines se tiennent dans une posture verticale, la tête en bas et la queue battant l’eau avec une extrême violence. Alors la mer est projetée en écume et l'air est rempli de vapeurs; par les temps calmes le bruit est entendu à de grandes distances; et les ondes concentriques produites par l’ébranlement de l’eau se propagent sur une surface énorme. Quelquefois les baleines agitent dans l’air leur formidable queue, qui, claquant comme un fouet,.résonne à la distance de deux ou trois milles.
Les baleines plongent la tête en bas, et avec tant de rapidité que, bien qu’elles ne tardent pas à revenir à la surface, elles ont le temps d'atteindre à des profondeurs considérables. On a pu mesurer celte profondeur par la longueur de ligne qu’elles entrainent quand on les a harponnées. Parfois, quand la mer n’est pas assez profonde, elles vont dans leur ardeur se briser la tète contre les rochers du fond.
La nourriture des baleines consiste en espèces varices detrès petits animaux marins, tels que des actinies, des cliones, des méduses, des crabes et des mollusques. Pour manger, elles nagent très vite sous la surface de la mer avec la bouche toute grande ouverte. Un courant d’eau pénètre ainsi dans leur vaste bouche et amène avec lui de nombreux animaux. L’eau s'échappe ensuite par les côtés; mais les fanons la filtrent et retiennent tous les éléments solides, qui sont bientôt avalés.
Les baleines n’ont le plus souvent à la fois qu’un seul petit, qui mesure au moment de la naissance de 10 à 14 pieds de long et qui n’a fini de grandir qu’à l’âge de 20 à 25 ans.
L'amour maternel de la baleine, animal stupide sous tous les
autres points de vue, est remarquable et intéressant. Le petit v’ayantaucune notion du danger est aisément harponné; et alors le tendre attachement de la mère est si vif que bien souventelle attaque les baleiniers. (est pour cela que, quoique un petit n'ait qu'une faible valeur et produise rarement plus d’une tonne d'huile, on le prend comme appât pour sa mère. Dans ce cas elle le rejoint à la surface chaque fois qu'il y vient pour respirer, l’encourage à nager, aide à ses sauts en le prenant sur sa nageoire, et ne le quitte pas tant que la vie du petit blessé persiste. Dans ces moments elle est de dangereuse approche, mais elle fournit aux courageux pêcheurs de fréquentes occasions d'attaque. Elle perd de vue tout ce qui concerne son propre salut, tout entière à la délivrance de son petit.
L'huile etles fanons sont, avons-nous dit, les substances pour lesquelles on chasse ordinairement la baleine; mais si pour le palais raffiné d’un Européen de nos jours la viande de baleme est un aliment épouvantable, pour les habitants des rivages septentrionaux des deux continents c’est un véritable régal. Les Esquimaux mangent avec gourmandise la chair et le gras de la baleine, et en boivent l’huile. Les femmes recherchent avec avidité la peau crue, surtout la portion interne qui est en contact avec le gras, et la donnent à manger à leurs enfants, suspendus sur leur dos, qui la sucent avec délices.
Le voyageur Scoresby déclare que la chair des jeunes baleines convenablement assaisonnée et cuite, n’est point une mauvaise nourriture. D'ailleurs on sait qu'aux XH°, XI°, XIV° et xv° siècles c'était un aliment très ordinairement consommé par les Islandais, les Hollandais, les Espagnols, les Anglais et les Français eux-mêmes. La chair de la baleine était au xv° siècle communément vendue sur les marchés de Bayonne et de Biarritz et servie sur les meilleures tables.
D’autres parties de la baleine sont utilisées par les Esquimaux. Diverses membranes de l'abdomen entrent dans la confection des vêtements, et le péritoine en particulier étant trans-
ot.
LES MARSUPIAUX. 81 parent, sert à fabriquer les vitres des fenêtres des huttes. Les os sont travaillés sous forme de harpons et de massues pour chasser les phoques et les oiseaux de mer. Certains os entrent dans la construction des tentes et des bateaux, et les tendons sont divisés en filaments qui font d’excellent fil.
La baleine est en voie de disparition rapide. Très rare aujourd'hui, elle a été très commune autrefois, et on la pèchait en abondance dans les régions où elle est maintenant pour ainsi dire inconnue.