LE SERPENTAIRE
l'intimider, et, avec un sifflement affreux, lui présente une oueule menaçante, des yeux enflammés et une tête gonflée de venin.
Quelquefois cette résistance offensive suspend pour un in-
LE SERPENTAIRE. 117 stant les hostilités ; mais bientôt l'oiseau revient à la charge, el se couvrant le corps avec une de ses ailes en guise de bouclier, se sert de l’autre comme d’une massue pour frapper le reptile, car ces ailes sont loin d’être uniquement l'éventail soyeux qu’on se figure chez tous les oiseaux : elles sont garnies de trois protubérances osseuses qui en font des armes tout à fait propres à assommer. Les protubérances tombent sans relâche sur l'infortuné serpent que rien ne garantit et qui, au bout de quelques secondes, reste étendu; alors le vainqueur, pour l’achever, lui ouvre le crâne d’un coup de bec.
La voracité du serpentaire est énorme. Ua chasseur a trouvé dansle jabot d’un individu qu'il venait d’abattre : 11 lézard assez grands, 3 serpents de la longueur du bras, 11 petites tortues entères, une quantité de sauterelles et d'insectes, dont la plupart assez intacts pour aller figurer ensuite dans une collection. Les lézards, les serpents, les tortues avaient tous reçu le fatal coup de bec à la tête.
Outre cette masse d'aliments, le jabot contenait une espèce de pelotte, de la grosseur d’un œuf d’oie, formée des vertèbres des reptiles qu'il avait dévorés auparavant, d’écailles de petites tortues, et d'ailes, de pattes et de corselets de différents scarabées. Cette pelote revenait sans doute de l'estomac et attendait que l’animal s’en débarrassâät en la vomissant, ainsi que cela arrive souvent aux oiseaux de proie.
Mème repu à ne pouvoir faire tenir une parcelle de plus dans son complaisant jabot, le secrétaire se jette avec rage sur les serpents qu’il rencontre, poussé par la haine seule que ces bêtes lui inspirent.
Au ‘Cap, les services du serpentaire sont tellement appréciés, que les colons et les Hottentots regardent comme une mauvaise action de le tuer. C’est leur oiseau sacré.
On apprivoise facilement le serpentaire, et quand il est devenu domestique, toute nourriture, cuite ou crue, lui convient également, Si l’on a soin de lui donner toujours de quoi
bien remplir son fameux jabot, il vit amicalement avec la volaille. Quand il voit quelque dispute, 1l accourt pour séparer les combattants et ramener l’ordre.
En somme, les serpentaires sont de très jolis oiseaux. Vous en avez certainement vu au Jardin des Plantes, et vous en avez même remarqué un — peut-être sans savoir son nom, — car il avait une jambe de bois. Son intirmité lui valait beaucoup de succès dans le public d’enfants qui le regardait prendre ses ébats auprès du grand bassin des oiseaux.