Sans queue. » 3. « À queue
et les axolotls; le troisième est celui des cécilies, qui ne comprend que des espèces peu nombreuses et étrangères à l’Europe.
Ayant à choisir, pour vous donner une idée des anoures, entre l’appétissante grenouille, qui est un mets délicat, et le hideux crapaud, dont la vue inspire l'horreur, nous prendrons, si
vous le voulez bien, notre courage à deux mains, et nous regarderons en face cette espèce de lépreux dont on fuit le contact.
Oui, le crapaud est laid, selon les idées que nous nous formons de la beauté : un dos épaté, un ventre gonflé, une peau visqueuse souvent couverte de pustules, une démarche lente et rampante, une odeur d’ail répandue autour de son individu, tel est le personnage. Mais que nous le trouvions beau ou laid, cela lui est égal. Quand il se promène la nuit, au clair de lune, devant sa femelle, celle-ci le trouve magnifique, et il n’en faut pas plus pour le rendre tout fier de sa personne. Ce qui ne lui est pas indifférent de notre part, ce sont les calomnies qu'on a répandues sur son compte, et qui l'ont exposé à toute sorte
de persécutions. Jadis on en faisait l'associé et le complice des sorciers, et il montait avec eux sur le bücher; les fous qui se croyaient sorciers l’écrasaient sans pitié pour composer leurs poisons et leurs philtres; les apothicaires lui attribuaient des vertus curatives qu’il n’a pas, et qu’il ne prétend pas avoir, et mettaient dans leurs bocaux ses os réduits en poudre. Aujourd'hui, tout paysan est prêt à affirmer que le crapaud lance du venin, empoisonne les plantes sur lesquelles il se promène, fait des morsures dangereuses, va dans les étables teter iles chèvres et les vaches, et par sa bave leur fait perdre leur lait.
Aussi pas de bête plus persécutée : on ne se contente pas de l’écraser par mégarde dans l’herbe, on la cherche pour la tuer.
Enfants, vous aimez beaucoup les fables, du moins on l’a toujours assuré, et l’on vous a raconté en vers toutes sortes d’histoires où les bêtes font la leçon à l’homme. Votre bon petit cœur trouve souvent des exemples à imiter parmi ces êtres que l’on a appelés, avec tant de justice et de vérité, nos frères inférieurs, et vous lirez avec émotion les fragments d’un admirable récit où l’on voit un misérable secourir un plus misérable que lui :
Que savons-nous”? qui donc connait le fond des choses? Le couchant rayonnait dans les nuages roses;
C'était la fin d’un jour d’orage, et l’occident Changeait l’ondée en flamme en son brasier ardent. Près d’une ornière, au bord d’une flaque de pluie, Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie;
Grave, il songeait; l'horreur contemplait la splendeur. Les feuilles s’empourpraient dans les arbres vermeils; L'eau miroitait, mêlée à l'herbe dans l’ornière,
Le soir se dépioyait ainsi qu’une bannière;
L'oiseau baiïssait la voix dans le jour affaibli ;
Tout s’apaisait dans l'air, sur l'onde; et, plein d’oubli, Le crapaud sans effroi, sans honte, sans colère, Doux, regardait la grande auréole solaire.