I, — LE GORILLE ET LE CHIMPANZÉ
Le gorille, le chimpanzé, l’orang-outang et le gibbon sont ce qu'on appelle des anthropomorphes ou singes à aspect humain. [ls sont tous dépourvus de queue.
Le gorille est le plus grand des singes. Il y en a un superbe empaillé au Jardin des Plantes,
Les nègres considèrent cette bête vraiment féroce avec une terreur religieuse. À les entendre, c’est un égal, un homme des bois qui a sur eux la supériorité de la force. Ils ne tarissent pas en histoires effrayantes et fantastiques sur ce redoutable compatriole : femmes enlevées et forcées de devenir épouses et servantes du monstre, hommes tués avec des raffinements de cruauté, etc., etc. On est libre de ne pas les croire sans restriction.
Le gorille marche debout, comme un homme courbé, car il n’apas, ainsi que nous, deux pieds pour le soutenir ; il est quudrumane, c’est-à-dire pourvu de quatre mains, ce qui, peu commode pour marcher, l’est beaucoup pour courir dans les
branches, d'arbre en arbre. Dans les forêts vierges d'Afrique ou d'Amérique, les singes font souvent des centaines de lieues sans descendre à terre. Les fruits leur fournissent la nourriture, les feuilles larges et épaisses leur servent d’abri,
Ce n’est pas sans émotion ni même sans remords que les premiers Européens qui chassèrent le gorille assistèrent à l’agonie du monstre dont la face grimaçante sous la douleur et couverte de larmes prend une apparence effroyablement humaine. Les blancs n’arrivent pas d’ailleurs aisément à considérer les singes comme un simple gibier. Tandis que les sauvages mangent de fort bon cœur ces quadrumanes rôtis, qui, dit-on, sont un mets excellent, les voyageurs civilisés ne peuvent se résoudre à découper et à mettre sous la dent un être qui a tout à fait l’air d’un enfant accommodé par des cannibales.
Voici ce que dans son Dernier journal Livingstone raconte de quelques grands singes qu'il avait vus :
« 2% août. — On a tué hier quatre gorilles { (sokos des indigènes). Le feu, mis à l'herbe sèche sur une grande étendue, les avait chassés de leur retraite habituelle et fait venir dans la plaine, où ils ont été tués à coups de lance.
« Le soko marche souvent debout, mais alors il se met les bras sur la tête comme pour faire équilibre. Vu dans cette position, c’est un animal très gauche. D'autres bêtes sont gracieuses et font plaisir à voir; les indigènes sont bien faits, souples et agiles; mais un soko adulte poserait parfaitement pour le diable. Le jaune clair de sa figure fait ressortir ses affreux favoris et quelques poils de barbe. Son front est vilainement bas, flanqué d'oreilles placées très haut, et surmonte un “visage qui est fort éloigné de valoir le grand museau du chien. Les dents rappellent la forme des dents humaines, sauf les canines, qui sont très développées. Les mains ou plutôt les