JETTE. SUR LE CHASSEUR
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SOokoQ
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doigts sont pareils à ceux des indigènes. La chair des pieds est jaune; les Manyémas prétendent qu’elle est délicieuse, et l’avidité avec laquelle ils la dévorent fait supposer que c’est en mangeant du soko qu’ils sont arrivés au cannibalisme.
« On représente ce grand singe comme très intelligent; il traque les naturels avec succès pendant que ceux-ci travaillent, et vole les enfants, qu’il emporte à la cime des arbres; mais souvent il se laisse séduire par un bouquet de bananes : si on lui en présente un, il descend et lâche le négrillon pour ramasser les fruits.
« L’un des hommes qui étaient à la chasse manque un soko; celui-ci prend la lance, la broie, se jette sur le chasseur, lui coupe le bout des doigts avec ses dents, et s'échappe sain et sauf.
« À l’occasion, le soko triomphe du léopard en lui saisissant les pattes antérieures et en les lui mordant de manière à le mutiler. Il grimpe alors sur un arbre, où il gémit de ses blessures, qui guérissent, tandis que son adversaire ne tarde pas à mourir des siennes.
« Un très grand soko a été vu se nettoyant les ongles; un autre, qu’on avaittué, avait les oreilles percées comme les oreilles d’un homme : ce qui a confirmé les Manyémas dans cette idée que leurs morts reviennent sur terre sous forme de sokos.
« Ges derniers se réunissent et tambourinent, — les gens du pays disent que c’est avec des arbres creux; — puis tous ensemble poussent des hurlements fort bien imités par les indigènes dans leur musique embryonnaire.
€ 25 février. — Un jeune soko, pris au moment où sa mère a été tuée, m'a été donné par Katoumba. C’est une femelle; elle a sur tout le corps de longs poils noirs qui étaient jolis quand sa mère les soignait. C’est la moins maligne de toutes les créatures simiennes que j'aie rencontrées. Elle parait savoir qu’elle a en moi un ami, et reste tranquillement sur la natte à mon côté. Elle fait usage de ses bras comme de bé-
La
peur
LE GORILLE ET LE CHIMPANZÉ. 17 quilles, pour se soutenir, et se projette entre ses deux supports. Parfois une de ses mains antérieures est posée avant l’autre et alterne avec celles de derrière; ou bien elle marche debout et tend la main pour qu’on la soutienne, Si on refuse la main qu'elle présente, elle baisse la tête, et son visage a les contractions que donnent à la figure humaine les larmes les plus amères. Elle s’entoure de feuilles et d'herbe pour faire son lit, et ne permet pas qu’on touche à sa propriété. C’est la petite créature la plus aimante du monde; elle m'a pris en affection du premier coup, m'a gazouillé un salut, a flairé mes habits et m’a tendu la main. Dès qu’on l’a attachée, elle s’est mise à défaire le nœud de la corde avec ses doigts et en s’y prenant d’une façon tout à fait méthodique. Un homme ayant voulu l’en empêcher, elle lui a lancé des regards furieux et a essayé de le battre. L'homme avait un bâton; elle en a eu peur, est venue s’adosser à moi, et, reprenant confiance, a regardé l’homme en face. Elle tend les bras pour qu'on la porte, absolument comme un enfant gâté; si on n’y fait pas attention, elle pousse un cri de colère qui rappelle celui du milan, se tord les mains comme si elle était au désespoir, et d’une facon toute naturelle. Elle mange de tout, refait son lit tous les jours, se couvre d’une natte pour dormir, et s’essuie le visage avec une feuille. »
Les gorilles ne sont pas aussi doux. Du Chaillu, par exemple, qui le premier vit ces étranges animaux, et qui réussit à en prendre un jeune vivant, remarque que jamais la sauvage petite bête ne s’apprivoisa; elle se lançait avec une telle force contre les barreaux de sa cage, qu’elle parvint une fois à les briser. Elle était toujours prête à mordre et à égratigner.
Les gorilles qu’on parvient à apporter et à garder quelque temps en Europe sont extrêmement rares. Bien peu résistent aux fatigues du voyage et à l’âäpreté de nos climats trop froids et trop brumeux. Aussi les paye-t-on un prix très élevé. Il n’y a pas
longtemps un muséede Berlin en aacheté un pour 25000 francs. LE MONDE ANIMAL. 2
Il ne faut pas juger tous les singes d’après les gorilles : 1l y a de grandes différences entre les nombreuses espèces que l’on a réunies dans l’ordre des primates. Ainsi, au-dessous des anthropomorphes, toutes les espèces portent une queue; chez beaucoup même cette queue est très longue et prenante, c’està-dire que l'animal peut l’enrouler autour d’un objet quelconque, d’une branche par exemple, et s’y suspendre en toute sécurité. Les singes d'Amérique seuls ont la queue prenante.