II. — LES SAUTERELLES
Les sauterelles sont des orthoptères, c’est-à-dire des insectes à ailes droites, demi-membraneuses. Deux de leurs six pattes, placées en arrière des autres, sont très orandes et très fortes et leur permettent de sauter à une grande hauteur ; leurs mandibules leur servent à broyer les matières végétales. Dans les pays chauds, elles sont d’une fécondité prodigieuse. Suivant une légende arabe, une sauterelle dit au prophète Mahomet : « Nous sommes l’armée du grand Dieu; nous pondons quatre-vingt-dix-neuf œufs; si la centaine était complète, nous dévorerions la terre. » Cette sauterelle se vantait sans doute; mais les Arabes sont bien autorisés à lui prêter ce langage, lorsqu'ils les voient engloutir en un jour leurs plus belles récoltes. Dès qu'un champ est envahi par ces animaux destructeurs et que chaque tige en porte une vingtaine, on entend un bruit sinistre, semblable au bruissement du vent qui souffle sur les roseaux, et qui est produit par l’infatigable activité de leurs mandibules, attaquant le chaume immédiatement audessous de lépi; lépi tombe à terre, le chaume est rapidement dévoré de haut en bas jusqu’à la racine, ensuite vient le tour de l’épi.
Quand les sauterelles arrivent dans une contrée, c’est la famine, et souvent, lorsque leurs corps tombent en putréfaction, c’est la peste.
Leurs pays de prédilection sont l'Inde, l'Afrique et autres lieux aussi voisins des tropiques.
Mais, sous empire de certaines circonstances, des envahissements de sauterelles ont pu se produire en Europe. C’est ainsi que de 1831 à 1840 les environs de Liège furent ruinés par ces horribles insectes.
Dans les pays chauds les sauterelles ont un ennemi redoutable dans le martin, oiseau de l’ordre des passereaux; aussi
en raison de son incomparable utilité, les lois protégeaientelles jadis l’existence du martin, au moyen de fortes amendes.
Apporté des îles Philippines aux colonies de Maurice et de Bourbon, le martin y a gardé longtemps le nom de merle des Philippines. Il est cependant plus gros qu’un merle; il a la tête et le cou revêtus de plumes longues, étroites, pointues et d’un beau noir lustré. Tout le dessus du corps est marron; la poitrine et la gorge sont grises, le ventre et la queue couverts de plumes d’un blanc pur; les ailes sont noires.
Le martin n’est point, comme on l'avait pensé un moment, redoutable pour l’agriculture : il ne mange jamais de grains, et s’il déterre parfois le maïs, c’est pour en retirer le ver qui le ronge.
Avant son introduction, les îles Mascareignes, et plus particulièrement Bourbon, surnommé à cette époque le grenier de la France, voyaient fréquemment leurs campagnes réduites en un instant à la plus horrible stérilité par les sauterelles. En 4767, l'ingénieur Poivre, intendant des îles Maurice et de Bourbon, pensa aux martins, dont pendant ses voyages il avait pu apprécier les services. Il en fit plusieurs importations, et le succès le plus complet couronna ses efforts : les sauterelles ont abandonné Maurice etla Réunion.
On ne paye plus l’amende qui était la sauvegarde des marns, car ces oiseaux, en échange de leurs services, ont anéanti bien des espèces d'insectes dans les deux îles. Mais bien des colons de pays exposés aux ravages des sauterelles, instruits
par l’exemple que nous venons de citer, essayent d’acclimater chez eux le martin.