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III: — LE PHYLLOXÉRA

Si l’on faisait une histoire des animaux illustres, le phylloxéra y aurait certes une place d'honneur. Il n’est pas un d’entre vous qui ne connaisse son nom et qui ne sache que plusieurs

LE PHYLLOXÉRA. 173 nations des plus puissantes de l'Europe s’émeuvent de son approche et cherchent à s’en garantir par des précautions extraordinaires.

Or le phylloxéra est de si petite taille que sans un verre grossissant on peut difficilement l’apercevoir. C’est d’ailleurs un simple puceron.

Tout le monde a vu ces pucerons qui recouvrent en bandes serrées les jeunes pousses des rosiers el des sureaux; ils peuvent donner une idée presque exacte de ce qu’estle phylloxéra.

Ils font beaucoup de mal aux arbustes qui les portent. Chaque puceron enfonce dans l'écorce tendre un long bec par lequel il aspire la sève, et lorsque les feuilles, ainsi épuisées, tombent flétries, les voraces bestioles se transportent ailleurs pour continuer leurs ravages.

Si l’on examine l’une de ces colonies, on y aperçoit des fourmis au milieu des pucerons. Les fourmis, très affairées, courent à droite et à gauche, paraissent s'intéresser vivement au sort des pucerons et les caressent fréquemment de leurs longues antennes. On a été bien longtemps avant de comprendre la signification d’une pareille manœuvre. Des observateurs très patients et très perspicaces ont fini par découvrir que le puceron est pour la fourmi une véritable vache laitière, sécrétant un liquide laiteux dont la fourmi est très friande et qu’elle emmagasine avec le plus grand soin. Les caresses n’ont d’autre but que d'amener la sortie de la précieuse liqueur et l’activité des fourmis a pour objet le choix des pucerons bons à traire. On est donc là en présence de vrais éleveurs avec leurs troupeaux, et dans certains cas les fourmis ont même réduit les pucerons à l’état d’esclavage, les enfermant dans leurs cités souterraines et faisant la guerre à des fourmis voisines à seule fin de leur ravir leur bétail à six pattes.

C’est sur des faits de ce genre qu’on peut appuyer l'opinion que les animaux, même les plus éloignés de l’homme, ne sont pas dépourvus d’une sorte d'intelligence rudimentaire,

Parmi les pucerons il en est qui méritent une attention spéciale, en raison de la splendide couleur rouge qu’ils fournissent à l’industrie sous leur propre nom de cochenille. On les rencontre dans les pays chauds, solidement fixés à la surface des grosses feuilles de certains cactus, et on les récolte avec grand soin. Il suffit d’écraser leur corps nour en tirer le carmin.

Ce groupe d'insectes est donc recommandable à certains égards. Pourquoi faut-il que le phylloxéra ne possède que de mauvaises qualités”?

C’est sur la vigne qu'il vit, lui, et, pour vivre, il tue le précieux végétal, dont les produits sont une des principales sources de richesses industrielles de notre beau pays.

Il n'y a pas longtemps que nous en souffrons. En 1872 seuiement l’on reconnut à Roquemaure que la vigne, jusque-là si belle de cette région dépérissait à vue d'œil. Déjà les cépages avaient présenté à maintes reprises des aceidents plus ou moins graves, dont on avait su les guérir. Le plus célèbre est la maladie causée par un petit champignon appelé oidium et qui cède assez aisément à des applications de fleur de soufre. Mais on vit bientôt que le mal était cette fois tout différent.

Les racines présentaient une foule de nodosités et les feuilles flétries et desséchées étaient recouvertes de galles. Sur les racines on trouvait le puceron appelé depuis phylloxéra (ce qui veut dire en grec : flétrisseur des feuilles) et, en ouvrant les galles, on fit sortir des œufs du même insecte.

Il est certain aujourd’hui que le phylloxéra vient d'Amérique, où il vit sur les vignes sauvages, lesquelles ne paraissent pas souffrir de ses attaques autant que nos cépages cultivés.

Malgré des efforts héroïques pour enrayer le mal et pour le détruire, tous les ans la surface de pays atteinte s’est considérablement étendue. Aujourd’hui les départements les plus renommés pour les vins sont cruellement éprouvés et plusieurs sont complètement ruinés. Les vignes malades ont été arrachées

LE PHYLLOXÉRA. 175 et brülées. La grande Champagne, c’est-à-dire la résion des Charentes, a été fortement attaquée, et l’on ne peut considérer sans terreur le terrible insecte s’avançant toujours vers le nord dans des localités non dévastées Jjusqu'ici.

Ce qui explique les ravages énormes d’une si petite bôte, c’est son extrème fécondité. Le phylloxéra pond des milliers d'œufs de chacun desquels sort un petit animal vorace qui se gorge de sève et qui pond à son tour avec la même abondance. Après plusieurs générations de ce genre, qui se succèdent durant tout l'été, on voit LE PHYLLOXÉRA, apparaître des phylloxéras pourvus ""?* FORTEMENT 6R0sst. d'ailes qui vont au loin fonder de nouvelles colonies destructices dans quelque vignoble jusqu'alors épargné. [ls pondent sur les feuilles des œufs spéciaux construits pour passer l’hiver sans subir les atteintes du froid et qui, au printemps, laissent sorlir des pucerons pareils aux premiers et qui n’ont rien de plus pressé que de descendre sur les racines pour y enfoncer leurs suçoirs.

Le phylloxéra constituant une véritable calamité publique, le gouvernement a promis un prix de 100 000 francs à celui qui trouvera un moyen efficace de destruction.

Inutile de dire avec quelle activité on a cherché la solution du problème. Les uns ont proposé d’inornder les vignobles, les autres d’en mêler la terre avec du sable ; ceux-ci veulent v cultiver des plantes vénéneuses comme le tabac, ceux-là pensent que la solution est dans l'importation d’ennemis naturels du phylloxéracomme divers insectes qui s’en nourrissent aux États- Unis.

Mais les remèdes qui ont paru le plus efficaces sont des sels variés, dont le plus recommandé s'appelle sulfocarbonate de potasse, et des corps très volatils, comme le sulfure de carbone, le pétrole et les huiles de houille. Dans plusieurs circonstances ces agents, appliqués avec discernement, ont paru rendre des services, mais aucun ne s’est montré digne de la grande récompense offerte.

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