TÊTE DU VAMPIRE
ont donné lieu aux contes les plus absurdes. Leur nom, emprunté à des fables d'autrefois, rappelle ces êtres fantastiques qui, hommes ou femmes, allaient, disait-on, déterrer la nuit les cadavres pour en boire le sang. Et nos chauves-souris ont été affublées de cette appellation tragique parce qu’on les accusait de profiter du sommeil de l’homme pour le faire mourir en suçant tout son sang. Leur morsure ne causait aucune douleur; bien au contraire, la victime jouissait d’un sommeil délicieux pendant cette opération scélérate, les monstres ayant la précaution de l’éventer doucement de leurs larges ailes.
Mais c’est là une médisance qui touche à la calomnie, et voici ce qu'il y a de vrai sur ces chéiroptères :
Ils ont de vilaines dents canines pointues et développées, — surtout celles du bas, — au point de faire tomber les incisives pour avoir plus de place. Les vampires font de petites morsures très cruelles, qui, sous l’action d’un climat malsain, peuvent fort bien s’envenimer.
La figure du vampire est des plus singulières : elle est surmontée d’une paire d'oreilles énormes; et le nez est entouré d’une feuille membraneuse qui, chez quelques espèces, a l’aspect d’un fer de lance, et ne contribue pas peu à enlaidir lanimal, dont la physionomie est à la fois féroce el comique.
LIT I=ULANTAUPE
La taupe est en Europe le représentant le plus intéressant de l’ordre des insectivores. On a groupé sous ce dernier nom, qui veut dire mangeurs d'insectes, tous les mammifères dont les dents, au nombre de vingt-quatre, sont tranchantes, pointues, dentelées comme des scies, et admirablement propres à déchirer de petites proies.
Nous disons petites, car la taille des insectivores, parmi lesquels se trouvent les plus petits mammifères terrestres (la musaraigne étrusque n’a du museau à la naissance de la queue que 35 millimètres) ne leur permet guère, en général, de manger autre chose que des insectes.
Quelquefois, dans les jardins, on est désagréablement surpris en voyant la terre remuée et de jeunes plantes soulevées et bousculées comme par une bêche malhabile : c’est une taupe qui vient de passer sous le sol. Va-t-on poursuivre et détruire cette bête qui menace de déranger un peu les plates-bandes ? A cette question, le jardinier, s’il est intelligent, se gratte l'oreille et hésite. 11 voit bien que la taupe, dans son travail, peut à Ja vérilé couper quelques racines; mais il sait qu’en revanche elle
pr
LA TAUPE. 21 détruit quantité de vers et autres bêtes nuisibles, et il n’est pas tenté d’imiter ces cultivateurs dont on raconte l’histoire, et que la multiplication désastreuse des vers de hanneton a contraints de rappeler les taupes qu'ils s’élaient trop pressés de bannir.
On a eu beaucoup de préjugés contre la taupe : on a dit qu’elle est aveugle. Destinée à vivre sous terre, elle a les yeux fort petits, mais elle distingue à merveille tout ce qu'il lui 1mporte de voir.
Grande destructrice de racines, elle fut nécessairement accusée de se nourrir de végétaux, par des ignorants qui ne tenaient aucun compte de sa dentilion de carnassier féroce. Gette accusation stupide eut tant de persistance, qu'il fallut que le célèbre professeur Flourens fit, pour convaincre les moins obstinés, les expériences que voici :
JL enferma dans un tonneau deux taupes vivantes, et ne mit avec elles que des racines et des navets. Le lendemain il ne trouva d’une des deux taupes que la peau retournée; le reste avait été mangé par l’autre captive, qui, malgré ce copieux repas, fait sans doute dès le premier moment de l’emprisonnement, se trouvait très inquiète et très affamée : elle n’avait pas touché aux navets. Flourens introduisit alors dans le tonneau un moineau auquel il avait arraché les plumes des ailes *. La taupe le flaira tout autour, en reçut quelques coups de bec, puis se précipita sur lui, lui déchira le ventre, grandit louverture avec ses ongles, et ent en peu de temps dévoré, avec une sorte de rage, la moitié de ce que contenait la peau. Flourens introduisit alors dans le tonneau un verre d’eau complétement plein ; il vit la taupe se dresser contre le verre, se tenir au bord avec ses pieds de devant et boire avec avidité; elle mangea encore un peu du moineau et fut pleinement repue. L’expérimen-
1. Ces expériences sont, comme on le voit, très cruelles. Pour être justifiées, elles doivent être entreprises dans l'intérêt de la science, et considérées comme de véritables sacrifices. Et alors même on ne doit les faire qu'avec la plus grande
réserve. Flourens, qui a martyrisé des milliers d'animaux, aurait probablement pu être plus économe de la vie de bêtes inoffensives.
tateur lui enleva l’eau et les restes de l'oiseau; six heures après elle était déjà affamée, inquiète et affaiblie ; elle flairait continuellement de tous côtés. On lui donna une grenouille, qu’elle mangea immédiatement, en commençant par les intestins. Le surlendemain, pour son repas, on lui présenta un crapaud. Dès qu’elle approcha de celui-ci, 1l se gonfla, et la taupe détourna son museau comme si elle eût éprouvé un dégoût invincible. Alors on ne lui donna que des carottes, des choux et de la salade. Le jour suivant elle était morte de faim sans avoir touché à rien. Trois autres taupes furent réduites à des racines et à des feuilles. Elles moururent de faim toutestrois. Plusieurs, au contraire, nourries de moineaux vivants, de grenouilles, de vers rouges, de cloportes, vécurent très longtemps.
Lorsque les taupes attaquent les racines, c’est qu’elles y trouvent des vers, des insectes, et surtout des larves; la perte n’est pas grande alors pour l’agriculteur.
Un savant professeur de Genève, M. Carl Vogt, a disséqué des taupes, prises dans leur demeure souterraine, et ne leur a jamais trouvé dans l’estomac que des troncons de vers rouges à moitié digérés, des débris de la tête, des pinces et des pattes du ver blanc, des élvtres, des anneaux, des pieds et d’autres débris cornés et indigérables de la carapace des coléoptères, des cuirasses de mille-pieds et autres larves souterraines : pas une fibre de plante, une feuille, un morceau d’écorce ou debois, pas une trace de matières végétales.
En vérité, la taupe n'était-elle pas calomniée, quand on la traitait d’herbivore, elle l’animal féroce, hargneux, insociable, qui livre des combats à mort à toutes les créatures vivantes qu’elle rencontre sur son chemin, voire même à son semblable, et qui passe toute l’année à chasser ?
Mais à quoi ressemble cette taupe do nt nous avons déjà tant parlé, sans rien savoir de son aspect? Elle est de la taille d'un petit rat; nous avons dit qu’elle a de très petits yeux; elle manque d'oreilles externes; son museau est allongé en forme
LA TAUPE. 23 de groin; ses larges pieds sont de véritables pelles ; son corps est épais et vigoureux; sa fourrure fine. On voit tout d’abord que c’est un animal fait pour fouiller.
Les taupes, en effet, exécutent. sous terre des travaux vraiment remarquables. « Le solide fort qu'habite la taupe, dit encore M. Carl Vogt, est un édifice tout particulier et très artiste-