CHAPITRE IX
La période de transition on intermédiaire, ainsi nommée parce qu'elle marque la temps écoulé entre le dépôt des premiers terrains ignés et celni des couches de sédiment non modi&éea qu'on nomme secondaires, comprend les époques Gumbrienne, Silurienne, Dévonienne et Carbonifère, noms qui, — si l'on en excepte le dernier, — ont le tort de ne point caractériser les terrains qa'ila désignent. Le premier, le terrain Cumbrien, tire son nom de la province de Cumberland, en Angleterre, où il se montre A découvert sur une grande étendue ; mais on le rencontre également sur beaucoup d'autres
Joints du globe. Il est composé, en grande partie, e roches schisteuses et de gréa divers. Les couches les plus basses sont composées de schistes bleus luisants, d'ardoises vertes. Au dessus vieanent.des grès siliceux, des roches schisteuses dures, grises, rougeâtres, verdâtres, avec des veines de quarti. Dans le pays de Galles, les schistes de Llamberis fournissent de temps immémorial les ardoises les plus estimées. C'est aussi à cette époque qu'appartiennent les puissantes couches de schistes verts et luisants de l'ouest de la France.
Les schistes du terrain Cumbrien nous offrent les premiers vestiges de l'orgaDisation. Les traces de
véeétanz y sont un peu confuses ; on a pu y recoanaitre cependant des empreintes d'algues ; on y rencontre d'ailleurs de petits amas arautnracite, substance charbonneuse dont l'origine est éridemment végétale. Les rares traces d'animaux que l'on y trouve appartiennent à des mollusques et à des annélides d'une organisation trës- simple. L'un d'eux, qui a laissé son empreinte sur la pierre à laquelle il était sans doute fùé, représente une sorte de tige, articulée de distance en distance, et portant à chaque angle un faisceau de linéaments disposés en éventail. C'était une esi>ëce de sertulariée. Ce sont là les reliques authentiques des plus anciens
PIg. i. — UoUusqoe cunibrleQ. La Nér&U.
animaux connus. Cependant, il ne nous est pas donné de rencontrer le point précis où il a plu a l'Étemel de manifester sa volonté créatrice ; d'autres êtres, d'une organisation encore plus simple, avaient peut-être précédé ceux-ci: des algues, des infusoires. des polypes, dont les téguments mous et gélatineux, ne contenant aucune partie solide, ont ou vivre antérieurement sans laisser de traces. Ici se présente une des questions les plus intéressantes, les plus controversées et les plus difliciles ^ résoudre -, — d'où sont venus ces animaux et ces
Aaioûrd'hui, pour qu'il se produise des élres vi-
t.,on
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vants, il faut des parents, des plantas et des animaux de la même espèce ; maie comment en est-il né à une époque où d'autres ne préexistaient pas? Qn'flBt-ce qui a existé d'abord? la poule ou l'œuf, demandait déjà Pythagore il y a plus de deoz mille ans.
Comme nous l'avons dit, les qoestionsd'origineet de fin ne sont pas du ressort de notre intelligence ; et l'on ne peut trouver la solution de ce probtème qoB dans la volonté et le fiât d'un créateur intelUgent et parfaitement sage.
Sans croire que Dieu ait tout fait de ses deux mains, comme le veulent certains esprits étroits, aui ne s'aperçoivent pas qu'ils amoindrissent ainsi 1 idée qu'on doit se faire de la puissance et de la grandeur de l'Etre suprême ; sans croire, disonsnous, que Dieu soit descendu jusqu'à fabriquer, avec deVargile des modèles déplantes et d'animaux comme un modeleur ses maquettes, il est permis de supposer qu'il a soumis le développement de la vie, comme celui de la matière, A des lois éternelles et permanentes, lois immuables et nécessaires, parce qu'elles sont éminemment sages, et que Dieu est la sagesse même- En répandant à la surface de la terre les êtres organisés, le Tout-Puiasant ne l'a point fait au hasard ; l'étude des fossiles que renferment les couches de la Terre nous fait voir, par la progression gui se montre aussi bien dans l'ensemble de l'organisation que dans le nombre des êtres successivement ajoutés, qu'une formule, qu'un plan suivi, a régi la création depuis son commencement jusqu'à nos jours.
On remarque, en effet, qu'à partir des couches les plus profondes où se manifeste la vie, jusqu'aux
S lus récentes, il se présente dans ta succession des ivers étages, relativement aux formes de la vie animale et végétale, un développement graduel d'organisation, une progression du simple au compose, et comme une série ascendante de systèmes vivants de plus en plus compliqués ou parfaits, de manière que, dans les strates les plus inférieures, prédominent les animaux dont les fonctions sont le moins élevées, mollusques, testacés, zoophytes, et les végétaux de la structure la plus simple, des
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algues marines, des acotylédonee d'une taille démesurée, puis, apparaissent dans les formations suivantes, despDissooa, d'innombrables reptiles aux proportions gigantesques, marina ou amphibies, lampant dans des savanes ou des marécages, au milieu d'une végétation intertropicale composée de fougères, de cycadées, de conifères. EnQn, les terrains tertiaires sont caractérisés par des oiseaux et par des mammifères terrestres, associés à des
Elantes dicotylédones, quatre on cinq fois plus nomreuses que les monocotyîédones , et ces débris organiques offrent, en général, les plus grands rapports avec les genres actuels. Qnant aux dépôts les plus superficiels, diluviens et alln viens, ils renferment les restes des animaux et des plantes qui, pour la plupart, existent maintenant a la surface du gloie.
Ainsi, les formes des animaux et des plantes fossiles s'éloignent d'autant plus des espèces actuelles que l'on descend â uneplus grande profondeur dans les immenses tombeaux où us sont ensevelis, et ils présentent une organisation de plus en plus complexe, â mesure qu'on remonte la série des terrains; bien qu'à tous les étapes on retrouve, malgré de nombreuses modifications, les ordres les plus simples et les plus imparfaits, si, toutefois, Ton peut employer ce dernier mot ; car, en réalité, il n'y a aucune organisation quel'on puisse regarder comme imparfaite, puisque la plus simple atteint avec une merveilleuse aptitude la fin pour laquelle elle a été créée. C'est un point non moins solidement établi dans l'histoire delà vie, que celui de l'extinction, aux diverses époques, d'espèces et de genres nombreux et même de familles entières, remplacés par des espèces, des genres et des famiUes d'un caractère tout différent, comme noua aurons souventroccasion de le remarquer dans la description des fossiles de chaque formation.
(îette successipn de formes organiques, depluses plus perfectionnées qui deviennent plus abondantes a mesure qu'on s'élève dans l'échelle des terrains, a conduit la plupart des géologues à admettra la création d'autant de systèmes particuliers de vie que l'on distingue d'époques géologiques et d'importantes modifications dans les conditions des di-
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vers milieux ambiants, au sein desquels les êtres organisés étaient appelés à se développer. La pro- I)ortion des gaz atmosphériques, l'intensité ou l'activité plus ou moins grande du calorique, de la lumière, de l'électricité, durent, en effet, pendant la longue jeun esEîe delà Terre, eierner sur l'organiame animal et végétal une puissante influence. Cette influence parait ayoir été toujours en diminuant de- Suis l'origine de la vie ; la température s'est grauellement abaissée, depuis le degré de chaleur ul Ira -tropicale qui parait avoir été celui de toute la Terre durant la période de transition, jusqu'à l'ordre de choses actuel.
Ce décroissement progressif de la température à la surface de la Terre est attribué, par les uns, au refroidissement graduel de la croûte du globe, dont l'épaisseur toujours croissante s'oppose de pins en plus à l'influence de la chaleur centrale ; par les autres, à la diminution d'énergie ou d'intensité et d'étendue dans l'action des phénomènes électro-chimigues, qui s'accomplissaient daus les éléments inorganiques de l'enveloppe terrestre. Les deux causesy ont probablement contribué.
Mais comment les nouvelles espèces sont-elles arrivées à la vie 1 Quel est. le principe générateur qui a dirigé leur fornialion ? Comment l'Auteur de toutes choses a-t-il procédé dans ce mystérieux travail ? Ce sont là autant de problèmes insolubles pour l'esprit humain. Sur ce point, la vraie philosophie ne rougit pas de faire l'aveu de son ignorance. La loi des créations organiques, nous eat inconnue- Nous savons seulement quil y a une loi, et que des conditions d'existence et de durée ont été assignées par la Providence divine à chacune des espèces végétales et animales, selon l'ordre de leur apparition.
Parmi les théories qui se sont produites pour expliquer l'apparition de la vie à la surface du globe, est celle delà génération spontanée des êtres, et de la transformation graduelle des espèces. D'après cette théorie, tous les êtres ne seraient que des modiflcalioDs d'une seule espèce primitive, ou auraient été produits successivement par le déve,loppement d'un premier germe, qui, par l'efiet d'une force inhérente à sa nature, et favorisé par les conditions
du milieu ambiant, aurait pu, de métamorphose en métamorphose, atteindre graduellement aux facultés plus élevées des organismes supérieurs. C'est arasi que la moisissure, produite spontanément, se serait transformée en champignon, le champi^on en lichen, le lichen en mousse; celle-ci en fougère, la fougère en palmier, etc.; que le polype, d'abord infusoire, se serait développé jusqu'à devenir mollusque, criistacé, poisson, reptile, oiseau; en un mot, que tout s'est modifié et transformé, jusqu'à ce que, finalement, le singe devint homme; tous les êtres formant ainsi une échelle continue, depuis la pierre jusqu'à l'homme. Mais quelque séduisante que paraisse cette théorie au
ftremier abord, quel que soit le talent déployé par es hommes qui l'ont soutenue, elle ne supporte pas l'eiamen.
Et d'abord, la question des générations spontanéesest loin d'êire résolue en faveur des hétérogénistf S; et quand bien même elle le serait, cela ne prouverait nullement que les premiers êtres vivants aient été produits de toutes pièces, sans l'intervenlion d'un Créateur. De l'aveu même des bétérogénistes, l'apparition des animalcules spontanés exige la présence d'un corps putrescible; on ne les voit naître que dans les infusions de matière organique. Jamais aucun animalcule n'apparaît dans l'eau qui ne contient que des substances minérales. — Mais avant que parussent les premiers végétaux etles premiers animaux, notre globe était exclusivement minéral et ne renfermait aucune trace de matière organique; d'où pouvaient donc
Provenir les animatcuïes spontanés? — tenant à, énergie de la matière, aux forces physico-chimiques, etc., inventées pour les besoins de la cause, ce sont des mots vides de sens. Combinées suivant les afllnités qui leur sont propres, les difiérentea substances élémentaires ne donnent que des composés inertes, à formes régulières et invariables, incapables de mouvement et par conséquent de vie. La vie ne nait q.e de la vie, et il n'en existe d'autre que celle qui a été transmise de corps vivants eu corps vivants par nne succession non interrompue. Les idées les plus étranges se sont produites à ce Bujet : Puhamel ne voit dans l'homme qu'un pois-
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SOU perfectionné; Oken va plus loin, il le fait naître spontanément, sans le secours d'une mère, au sein de l'onde, â l'instar d'un infusoire ; un naturaliste allemand, Schmitz, nous fait assister aux transformations sucressÎTes d'une plante en animal et d'un animal en un autre animal. D'après lui,
Îiar exemple, la tulipe n'est proprement que la orme originaire du cygne ! Mais laissons de cdté ces excentricités scientinquea.
Lamarck, qui a soutenu avec le plus d'éclat ces étranges théories, part de cette idée, assurément juste, dans une certaine limite, que l'exercice ou le non exercice d'un organe contribue à en augmenter le volume ou â l'amomdrir, et il voit dans le cban-
{;ement d'habitude des animaux la cause de tous eurs changements d'organisation; mais, poussant jusqu'aux dernières conséquences les principes
S[u'il a posés, il tombe dans des exagérations tout à ait en dehors de la science.
Suivant lui, les circonstances extérieures font tout, elles modifient profondément les êtres. Lea besoins modifient les habitudes et par suite les organes; ils en créent même de nouveaux. Ainsi, les oiseaux échassiers ne doivent leurs longues jainhes qu'aux efforts qu'ils ont fait pour marcher dans des eaux plus profondes- Si quelques oiseaux qui nagent, dit -il, ont de longs cous, comme le cygne et l'oie, cela vient de leur habitude de plonger la tête dans l'eau pour pécher. — Mais pourquoi, nourrait-on lui demander, la même habitude n'a-^elle pas produit le même effet dans les canards et une foule d'autres oiseaux aquatiques?— Les serpents, ajoute- t-il, ayant pris l'habitude de ramper sur la terre et de se cacher dans les herbes, leur corps, par suite d'efforts toujours répétés pour s'allonger, atln de passer dans des espaces étroits, a acquis une longueur considérable. La girafe, habitant un sol aride et sans herbage se trouve obligée de brouter les feuilles des arbres; de cette habitude, soutenue depuis longtemps dans tous lea individus de sa race, il est re- Bultè que les jambes de devant ont acquis plus de longueur que celles de derrière, et que le cou s'est prodigieusement allongé. Qu'un animal, pour satisfaire à ses besoins, fasse des efforts répétés pour allonger la langue, elle acquerra une longueur con-
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BidéraMe, comme dans le founnilier et le pic Tert ; qu'il ait besoin de saisir quelque chose avec le même organe, alors sa langue se divisera et deviendra fourchue. L'habitude de rester debout sur les quatre pieds a fait naître une corne épaisse qui enveloppe les doigta chez les Bolipèdes. Chez certains herbivores, dans leurs accès de colère, qui sont fréquents, leur sentiment intérieur, par ses efforts, dirige plus fortement les fluides vers le sommet de Ja tête, où il se fait ainsi une sécrétion de matière cornée ou osseuse gui produit les bois et les cornes. {Philosophie zoologtque).
J'en passe et des meilleurs.
Dans cesdemiers temps une nouvelle théorie,pTO< cédant de celle de Lamarck et du perfectiormement des êtres, celle du naturaliste anglais Darwin, a fait beaucoup de bruit, sous le titre de loi de la sélection naturelle.
Darwin affirme de prime abord que tout organisme est susceptible de transformation. Ce prmcipe 'une fois admis, il s'en sert comme base de tout Bon système. Chaque organisme, dit-il, ne conserve l'existence qu'au prix d'une lutte continuelle. Dans cette lutte, il subit une transformation qui lui est favorable ou défavorable. Dans ce dernier cas il pént ou retourne à sa forme originelle. Dans le premier, la transformation subsiste et se perpétue. Tel serait, par exemple, un cerf( qui serait transféré d'un lieu où l'herbe et les buissons ne manquent pas, dans un autre endroit où la nourriture est également abondante, mais où il lui faudrait l'arracher des arbres eu tendant le cou et la langue pour atteindre aux branches. Dans cet exercice continuel son cou s'allongera. Cet allongement se transmettra à ses enfants ; une deuxième génération aura, en outre, les jambes de devant plus hautes, jusqu'à ce qu'enfin le cerf soit devenu girafe.
Notre auteur affirme donc, avec une persuasion profonde, que de chaque créature en particulier peuvent sortir des variétés. 8i ces variétés prennent consistance elles peuvent se répéter à l'inlini ; si, au contraire, elles s'écartent d'elles-mêmes, elles vont en s 'éteignant.
En poursuivant de cette façon son raisonnement jusque dans ses dernières limites, Darwin arrive à-
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cette conclnsioD hardie qu'il n'a existé, dans le principe, que -quatre ou cinq typea pour les animaux et autant pour lea plantes, dont un pour les mollusques, un pour les insectes, un autre pour les reptiles, uu quatrième pour lea oiseaux, et un cinquième enfin pour les mammifères. Mais bientôt il trouve qu'il accorde trop ; et se ravisant : » Qa'ai-je encore besoin, s'écrie-t-il, de types originaux poor lesgpandesespÈcesd'animaux et déplantes? Tous ne sortent- ils pas de ceUuJes"* L'alvéole n'est-eUe pas le eerroe, la forme originelle de tout ce qui a é\é crée, du fétu de paille avec son épi, comme de l'éléphant avec sa trompe et ses défenses ? » L'alvéole ou la cellule est donc le premier organisme qui ait existé ; de là sont sortis tous lea animaux et toutes les plantes.
Une foule d'objections s'élèvent contre ce système.
D'abord, l'expérience prouve que l'espèce est fixe et ne se transforme pas en une autre. Les variations qui résultent des circonstances extérieures, ainsi que celles qui proviennent du croisement des espèces voisines sont très-limitées dans la nature; elles sont, il est vrai, beaucoup plus grandes dans les animaux domestiques; mais elles sont toujours superficielles. D'autre part, les variations qui résultent du croisement des espèces voisines ne sont pas continues. Si les métis s'unissent entre eux, ils deviennent inféconds dès la seconde ou la troisième génération, et s'ils s'unissent à l'une des deux espèces primitives, ils retournent à l'espèce. On n'apu encore obtenir une seule preuve du contraire.
■''Egypte nous a consei-vé, dans ses catacombes, des chats, des chiens, des singes, des têtes de bœufe, des ibis, des oiseaux de proie, des crocodiles; et bien que ces animaux datent d'au moins quatre mille ans. ils n'ofl'rent aucune différence avec le type des espèces actuelles. Que si l'on objecte que quarante ou cinquante siècles sont une période de temps infiniment trop courte, et qu'il a fallu des milliers de siècles pour amener des modifications dans les êtres vivants aussi bien que dans l'écorce terrestre pour-
3uoi la terre ne nous a-t-elle pas conservé les traces e ces modifications ? Pourquoi ne découvre-t-on pas les formes intermédiaires entre le cerf et la girafe.