CHAPITRE XV
PÉRIODE C0NTBUPOHA1HB. — fiPDQDE QDATERMÂHUE
ties commotions qui mirent aa jour le dernier étage de l'époque tertiaire et qui produisirent des Boulèvementa tels que lea chaînes de la Corse et de la Sardaigne, celles des Alpes, de l'Himalaya, des Andes, durent entraloerle déplacement de masses d'eau énormes. On peut se faire une idée des perturbations que devaient occasionner ces épouvantables inondations. Les eaux, se précipitant dans les parties basses, balayant tout sur leur passage, emportaient les terrains meubles et friables en traçant d'énormes sillons, et couvraient le sol tantàt' de galets et de débris de roches, comme dans les plaines de la Camargue et de la Crau, tantôt d'argile et de terre végétale, comme dans la vallée du nnOne.
Ces alluvions anciennes se rencontrent en tous lieux, surtout dans les vallées actuelles ; et les rivières qui les sillonnent ne seraient que les restes des grands courantsdiluviens qui ont creusé ces vallées et formé ces dépôts, auxquels on a donné le nom de diluviwm.
Ces déluges immenses durent en effet avoir lieu sur presque tous les pointa du globe, et, sans doute, l'homme primitif fut à la fois spectateur et victime du dernier de ces cataclysmes, dont tous les peuples semblent avoir conserve l'effrayant souvenir.
Le diluvium est on terrain de transport composé
de matières arrachées aux couchée antérieure» et
sous-jacentes, remaniées et hrisées par les courants et par les eaus. Il se subdivise en trois assises distinctes, quant à leur âge et à leur compusition, et que l'on peut considérer comme marquant trois époques successives de la même période: l^Iedilnvium gris, 2° le loess, 3° le diluvium rouge.
Le diluvium gris existe habituellement dans les vallées, où sa puissance moyenne est de 10 à 15 mètres. Il est composé de graviers, de sables, de fragments de roches arrachés aux collines environnantes, le plus souvent mêlés en désordre. Ge terrain de transport existe dans toutes les contrées du globe ; les éléments qui le composent sont naturellement différents suivant la nature des couches enviroanantes, mais le mode de déposition et les fossiles sont exclusivement propres a l'époque quaternaire ; la plupart des espèces n'existent plus actuellement, elles n'existaient pas antérieurement.
Au dessus du diluvium gris est une couche argilosableuse à grains très-fins ou un limon pulvérulent de couleur jauucLtre. G'esile loess. Sa puissance est parfois très-grande el peut aller jusqu'à une centaine de mètres. On y trouve un très-grand nombre de coquilles terrestres et Qnviatiles dont la plupart existent encore de nos jours. Il doit évidemment son origine à des dépôts d'eau douce, formés tran-
S[uillement d'une manière analogue à la vase qui se orme au fond des lacs, des marais, des cours d'eau douce.
Dans un très-grand nombre de localités on voit au dessus du loess une formation composée de cailloux, de gros graviers empâtés dans de l'argile rouge. Elle repose soit sur le diluvium gris, soit sur le loess, c'est le dilumimi rouge; il est étendu d'une manière générale sur le fond et sur le flanc des vallées déjà en partie comblées. Ces caractères généraux se retrouvent dans toutes les "contrées du giobe, d'une manière à peu près constante.
Ces dépôts diluviens sont due. tantôt à un envahissement momentané des plaines basses par les eaux de la mer, tantôt à l'irruption des eaux douces, jusque là retenues dans des lacs alpestres dont les digues sont brisées. Enûn plusieurs de ces effets et des plus considérables, peut-être, sont dus à cette
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156 1£ KOHItE ATAHT LE DÏLtICB
EbasedadituTinm k laqnetleles géolognes ont donné ! nom d'époqae glaciaire, dont nous parlerons plus loin-
Toutes les vallées que recouvre le dilnvium sont trèsrii^Gs en fossiles et surtout en ossements de mammifères. En certains endroits on rencontre de véritables nécropoles de ces étre« disparus. On dirait qce tous â li fois se sont enfuis devant un ennemi commun, surpris sans doute par l'inondation ou entr^nés par les eaux qui les ont tous atteints, enveloppés et Usés sar place. Les animaux dont on retrouve le plus abondamment les restes sont le mammouth, son tldète compagnon le rhinocéros i narines cloisonnées, l'hippopotame, Pauroch, te hntile, le cheval, le cerf, un grand castor. Uélés à ces débris et surtout dans les cavernes, se trouvait des ossements de carnassiers : panthère, hyène, ours, loup, renard, etc. Toutes ces espèces sont plus grandes que leurs congénères actuelles et on rencontre partout leurs débris accumulés. Ce qui ajoute & l'intérêt de ces dépôts c'est que quel' ques-uns offrent la trace évidenie de l'existence de rhomme.
C'est A M. Boucher de Perthes que revient l'honneur d'avoir fait le premier cette importante découverte, qui a produit une si vive sensation dans le monde savant. Il découvrit dans le diluvium gris aux environs d'Abheville et d'Amiens des silex taillés de main d'homme et des ossements de mammifères, sur lesquels on reconnaît la trace de l'industrie humaine. Ce fait qui s'est reproduit depuis, dans un grand nombre de localités, et surtout dans les cavernes à ossements, prouve d'abord la contemporanéitédu diluviam et de ce limon des cavernes; il prouve en outre que l'existence de l'homme est antérieure à la formation du diluvium.
Les cavernes sont des cavités souterraines se prolongeantplus généralement dans le sens horizontal que dans le sens vertical, et se partageant en un'
glus ou moins grand nombre de chamores ou coutirs alternatifs, et souvent â des niveaux différents. Le sol et les parois de ces cavernes sont recouverts de plusieurs sortes dedëpOts ; les uns sont les effets d'une cristallisation aqueuse, les autres sont des sédiments, d'autres enlin, consistent dans des amas
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Kig. 85. — Les Elalaelites de la grotte d'Antiparoa.
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de cori» fossiles, paiticulièremeat en OBsements de mammifères.
L'eau, traversant les roches calcaires poreuses, a la propriété de dissoudre du carbonate de chaux et de le déposer te long des parois ou à la voûte des
frottes et des cavernes, sous forme de stalactites et e stalagmites <i c'est surtout dans les grottes et
formes bizarres qu'elles affectent souvent, que ces grottes doivent leur célébrité. La couche stalagmiuque qui recouvre le sol de ces cavernes est quelt^efois très-épaisse, selon l'abondance des iumtrations A travers la roche calcaire.
Au dessous de cette couche de stalagmites se trouvent des limons, des sables, des graviers, des cailloux roulés et des débris fragmentaires des roches dans lesquelles les cavernes BontcreuBées.Xe qui rend surtout remarquables les cavernes â ossements, c'est l'abondance et la belle conservation des fossiles que l'on y rencontre. Les espèces de mammifères y sont complètement analogues ou identiques A celles que Ion trouve dans le diluvium; on peut donc regarder ces deux efiets comme corrélatifs. Les cavernes et les grottes préexistantes furent envahies par les eaux diluviennes qui y laissèrent les graviers, les timons, et les ossements diluviens. Dans d'autres cas, les animaux d'espèces diilérentes. fuyant les ûots envahissants, ont pu se . réfugier pêle-mêle dans ces mêmes cavernes, où les eaux les submergèrent. Ainsi, l'on voit accolés et entassés les uns près des autres des os de rongeurs et des ossements de grands carnassiers avec des débris de pachydermes et de ruminants.
Dims ces mêmes cavernes, on a découvert des silex taillés de main d'bomme, des ossements bumains et q^uelquefois des objets de l'indlistrie humaine primitive. Tous ces objets selrouventenfouis dans le limon des cavernes avec les restes d'ours,
■ Ou namme ittlactUei Ibb tlguilles oa eOne« auspendus i 11
mAea par l'âcaulemEDl de l'eiu chargée decirbonate le lung des BUlactUeB. A. la longue, et, par Buila ds leur ace rois seoi eut coDtinu l'uDO Ters l'ïutra, ces aiRuitleî ne rejoignent el farment d'énormag s quJdâcoraDtm^MtaeuMmentleagiotleaatlef cavetoM
160 LE lONBE AVANT LE DÉLOGE
d'éléphants, de rhinocéros, d'hyènea^ de cberanx, de rummanta, et sur un grand nombre de ce3 ossements on a déconvert des traces d'instruments tranchants qui ne peuvent provenir que de la main de l'homme. Ces faits sont plus que sufllsants pour témoigner de la contemporanéite de l'homme avec les espèces d'animaux dont les ossements se trouvent enfouis à côté des siens dans les cavernes osseuses. Toutes les parties du monde ont offert des cavernes à ossements et dans un grand nombre d'entre elles on a reconnu des traces ae l'homme primitif.
Pendant la période guaternaire,ta terre commence A prétienter l'aspect qu'elle oQïe aujourd'hui, mais
Fig. 8S. — Hammoath.
dans toute sa beauté vierge et sauvage, car la main de l'homme ne l'a pas encore dégradée.
Les fleuves qui n ont pas encore creusé leurs lits actuels coulent en larges nappes sur de vastes es-
Ïiacea et souvent forment des lacs ou des étangs imités par des obstacles que leurs eaux détruiront plus tard. Sur leui's bords croissent des peupliers et des saules; dans les bois s'élèvent deschénes, des ormes, des frênes, des bouleaux, en général tous les végétaux qui aujourd'hui couvrent la terre ou an moins des espèces analogues. De vertes graminées tapissent les prairies émaillées de fleurs sur lesquelles butinent une foule d'insectes.
D,ni:ii"invG0(V^ic
LB MONDE AVANT LB DÉLUfiE 161
A cette épcK^ue. de véritables éléphants ont rem-
Elacé les mastodontes ; Sis existent en troupes nom- . reuaes et foulent deJeura larges pieds les diverses contrées de l'Europe. Ces animaux étaient ai nombreux dans certaines contrées du Nord, qu'on y trouve leurs ossements en quantité prodigieuse et que leurs dëfeiisea sont depuis des siècles l'objet rt*un commerce important entre la Sibérie et la Chine. L'espèce prmcipale — car on en diatinj^e plusieurfl — est VElephas pHmigenius. connu sous le nom de mammouth ; il dépassait en grandeur les plus forts éléphants. Ses formes générales étaient à. peu près celles de l'éléphant de l'Inde, mais son rorps était plus lourd et plus trapu ; surson cou flottait une longue crinière noire se prolongeant sur l'épine du dos et son corps était couvert d'une fourrure de laine touliue et rouss&tre qui devait le garantir du froid. Ses défenses beaucoup plus longuea que celles de nos éléphants — quelques-unes atteignaient quatre mètres — se dirigaient en dehors et se recourbaient en dessus.
En 1800, on trouva sur les bord? de l'Alasœia, près de l'Océan Glacial, le cadavre d'un mammouth enseveli dans la glace et dans un état de conaervattoa aussi parfaite que celui du rhinocéros velu dont noua avons parlé plus haut, et dont les ossements se trouvent souvent mêlés avec les siens.
Ce sont ces os de grands mammifères, qui, pris pour des ossements numains, ont donné lieu aux
§ rétendues découvertes de tombeaux de géants ont parlent les auteurs de l'antiquité et dumoyenâge.
Le cheval, rare encore â l'époque tertiaire, s'est conaidérablementmnltiplié comme te prouve l'abondance de ses oaaements dans tous les terrains quaternaires de l'Ënrope et même de l'Amérique. Une espèce perdue, l'Hippotherion, qui ressemble à un petit &ne, est beaucoup plus rare, on n'a encore retrouvé son squelette que dans les plaines diluviennes de l'Allemagne.
L'auroch et l'urns, ancêtres de nos bœnfa domestiques, vivaient en troupes nombreuses sur le sol de la France. Une espèce de bœuf musqué se rencontre A l'état fossile dans le nord de l'Europe. Cet animal est aujourd'hui conûné dans l'Amérique
septentrioiiale. Son chanfrein fortement busqué, l'absence de muûe, ses deux sortes de poils, le rapprochent des moutons, et il forme ainsi le passage entre ceux-ci et les bœufs auxquels il appartient par son organisation sënérale.
Le renne, confiné aujourd'hui dans les régions boréales, vivait jadis dans des pays beaucoup plus méridionaux; on a retrouvé ses restes en Allemagne et jusque dans ta vallée de la Somme. L'élan et le daim existent également à l'état fossile.
Fig.ST.- Gerrgjant.
Un des plus beaux animaux de cette époque a dû être le cerfgéanl dont les débris se trouvent fréquemment dans les dépûts diluviens et les tourbières de l'Irlande. Ses bois qui ont de l'analogie avec ceux de l'élan ont jusqu'à deux mètres de longueur et ils sont tellement divergents, que, mesurés d'une extrémité à l'autre, ils présentent un écarteraent de 3 1/2 â 4 mètres. Le crâne avec les bois pèse de 35 â 40 kilogrammes. Les puissantes articulations du talon indinuent que le cerf géant était conformé pour s'é-
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LE lONDE AVANT LE DËLDGE 163
lancer par bonds prodigieux. Quel beau gibier pour l'homme qui était son contemporain ! car on a trouvé dans une tourbière, près de Dublin, une peau de cet animal, sans le squelette, et l'on voit dans le musée de cette ville une de ses c6te9 transpercée par une flèche.
A câté de ces grands mammifères vivaient de petits rongeurs, entre autres une souris dont les ossements se tronvect en certains points par masses considérables; des brèches osseuses en sont complètement remplies. Le tagomys ou lièvre-rat, qui vit actuellement dans la Sibérie, a laissé ses restes en abondance dans les terrains qui bordent la Méditerranée, circonstance singulière puisque ce petit
Fig. 8S. - MegalheTium.
animal ne dépasse pas aujourd'hui la limite de la région des neiges.
Mais c'est dans l'Amérique du Sud qu'on a trouvé les derniers survivants de ces races éteintes de l'ancien monde, regardées à tort comme imparfaites et comme les ébauches des créations plus perfectionnées gui les ont suivies. Parfaites à leur époque et parlaitement appropriées aux conditions phjsiques au milieu desquelles elles vivaient, elles durent périr quand elles ne se trouvèrent plus en harmonie avec le milieu qu'elles avaient à habiter. Tels eont ces gigantesques tatous et ce colossal megatherium dont on a retrouvé les ossements au milieu de» gables diluviens du Paraguay.
Le Megatherium se rapprochait beaucoup des
164 LB HfSmZ AViKT lE BÉLOGE
Bradypes ou PareBsenx, qui vivent encore BuiouT" djbni en Amérique et dont la Bingulière ot^aalsatfon les distingue de tous les autres inainmiffere& ' Leuira membres antérieure ont aa moins deux fois la longueur des membres postérieurs; la conformation de leur baBsin, qui ne leur permet pas de rapprocher les genoux, et le mode désavantaeeuz de l'articulation de ieur pied avec lajambe, sur laquelle ce pied tourne comme une girouette sur son
givot, entravent leur marche à tel point qu'ils se ralnentpéniblement à terresur les coudes, et ne pourraient faire cent pas en un jour, de là le nom de paresseux ; ils sont cependant beaucoup plus agiles sur les arbres, où ils passent une partie de leur - ' vie. Privés d'incisives et de canines, sans moyeu d'attaque ni de défense, ils sont appelés à disparaître de la liste des êtres actuels.
Le megatherium ressemblait donc au paresseux sous certains rapports, mais il était beaucoup mieux partagé que lui. D'abord sa taille égalait celle de réiéphanl, et bien que, comme le paresseux, il n'etit ni incisives ni canmes, ilétait solidement armé défensivement et ofiensivemeut. 11 avait la tête des bradypes, mais plus allongée et terminée par une espèce de courte trompe comme le tapir; la mâchoire inférieure, très développée, logeait d'énormes mo- ' laires très propres â broyer les racines ou les branchages dont il faisait sa nourriture. Hes membres, moins disproportionnés que ceux du paresseux, étaient énormes et irès-écartés entre eux, de manière à pouvoir soutenir son corps colossal qui était, au dire de quelques savants, revêtu d'ime cuirasse écaillense comme celui du tatou, ijes pieds avaient près d'un mètre de long, et ils étaient armés d'ongles gigantesques. Sa queue énorme était égaleroentcouverte d'une armure et assez longue pour lui servir de point d'appui.
Ainsi grossièrement construit et pesamment armé, il ne pouvait ni courir, ni sauter, ni grimper, ni se crenser un terrier sous le soi; et, dans tousses mou' vements il devait être nécessairement d'une lenteur extrême. Mais il n'avait besoin ni d'une locomotion, rapide puisque, ne se nourrissant que de racines, il était à peu prés stationnaire, ni d'agilité pour fuir ses ennemis, puisque son corps était enfermé comme
LE MOUfDE ATANT LE DÉLUGE 165
danu «ne cuirasse et que d'un seul coup de son pied ou de aa gueiie, il pouvait aasommer le jaguar ou le crocodile. Quel ennemi eut osé attaquer ce Léviatban des Pampas?
Le Megalonyx était un ^rand tatou de la taillé d'un bœuf. Bien qu'il Técût de racines, comme le megatberium, ses dents indiquent qu'il s'accommodait très-bien par occasion d'une nourriture animale, comme les tatous, et il est probable qu'en fouissant pour chercher des racines charnues, s'il Tenaitàdéterrer quelque reptile, il ne manquait pas
fig. 89. — Mylodon.
d'en faire sa proie. Son nom de megalonyï lui Tient de la longueur de ses ongles qui recourfiës en dessous, comme dans le paresseux, devaient le forcer & marcher en s'appuyant sur la tranche extérieure du pied.
L histoire de cet antique animal offre cette particularisé curieuse qu'il a été décrit d'abord par Jefler- Bou, l'ancien Président des Etats Unis, qui fut averti desadécouvertepar Washington. Onaime à retrouver dans les sciences le nom de ces hommes qui ont joué un si beau rôle dans l'histoire de leur pays.
lia Mylodon, ainsi nommé à. cause de ses dents en
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forme de meules, était encore un êdenté, un paresseux eigantesque ; sa taille égalait celle da rhinocéros. Gomme les précédents il se nonrrissait de snbstancesTéeétales. Un laiTumoirgéantaés^ement laissé ses débris dans les plaîDes diluvieimes du BrésU.
Cnvier a décrit, d'après gnelqnes ossements, le pangolin dn inonde primitif comme un animal de ît mètres de long, tandis que les espèces vivantes atteignent tout au plus le dixième de cette taille.
C'est dans les dépots lacustres du diluvium qu'ont été découverts les restesde cette curieuse salamandre, longtemps regardée comme un fossile huoiain, etaecrite parle médecin Schenchser comme un homme témoin du déluge. * C'est une des reliques les plus rares, dit-il, de cette race maudite qui fût ensevelie sous les eaux. •
L'eiamen de cette empreinte fort incomplète suffit àCuvier pour juger, avec ce coup d'œil du génie, que leprëtenauhommefoBsile n'était qu'une salamandre gigantesque d'espèce inconnue. Pourconfirmer cette opmion, il dessinale squelette de l'animal. Le résultat justifia ses prévisions d'une manière éclatante. Aî;ant eu plus tard lafaculté de creuser dans la pierre qui contenait ce vieux témoin du déluge, ii retrouva en présence de plusieurs savants distingués une partie des os que son dessin avait annoncés d'avance. Cette salamandre fossile parait se rapprocher de la grande salamandre [megatriton) qui habiteactuellementleseauxduJapon, et qui acquiert un mètre de long.
A cette époque encore on doit rapporter l'existence
nombre consi déraille.
L'aptérix, dont l'espèce offre encore aujourd'hui de très-rares échantillons réduits A la taille d'une poule, égalait l'autruche en hauteur. Rien de bizarre comme l'aspect de cet oiseau : point de queue, des rudiments d'ailes impropres au vol, un plumage ressemblant plutôt à une fourrure et un long bec ; le tout posé sur de grosses et courtes pattes de gallinacé.
Le diQornis, dont on a retrouvé dee squelettes complets, était un oiseau întermédiaiie entîe le ca-
Dinliii-invGotV^ic
80ar et l'aptériz ; sa taille atteignait quatre mètres, et, pendant pIuBieurs années, on voulut voir dans se»
os les restes de quelque grand ruminant.
L'épiornis, autre oiseau colossal, a laissé ses traces dans l'île de Madagascar où l'on trouve parfois ses œufs, d'une capacité de neuf à dix litresi entre les mains des indigènes qui les emploient comme ustensiles de ménage.
EoQn rile de France a révélé le dronte, oiseau lourd et gros, incapable de voler, caractérisé sur-
Fig-9a. — SiuoruU-
tout par un énorme bec recourbé occupant presque toute la tête.
Dès le commencement de l'époque tertiaire, noua avons signalé une diU'érence dans les climats de la surface du globe. Ce changement s'est de plus en plus fait sentir, et à l'époque quaternaire Ion dislingue comme aujourd'nui des régions polaireset des régions équatorjal'es habitées par des végétaux et par des animaux d'espèces difiërentea.
Les paresseux gigantesques et les pangolins que
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l'on trouve àl'étatfûssilen'onthabîté que l'Amérique où vivent encore aujourd'hui leura descendants dégénérés ; — les grandes espèces eont perdues. — Les marsupiaux fossiles de cette époque ne se trouvent non plus que dans les contrées qui produisent les espèces vivantes, dans l'Amérique et l'Australie. Si l'on voit encore des rhinocéros et des éléphants dans les contrées septentrionales, ils sont revêtus
velis dans la glace, des débris de branches de pin et des graines de blé noir qui nous révèlent un climat rigoureux.
Les polypiers nous fournissent un moyen facile autant que curieux de nous rendre compte de la marche successive du refroidissement de la surface terrestre. De nos jours, les polypes créent encore incessament des récifs madréporiques dans les mers équinosîales : mais là seulement ils peuvent vivre, parce qu'une haute température est indispensable à leur existence. Dans les premiers terrains où s'est manifestée la vie, on trouve des polypiers dans les régions polaires comme dane les autres contrées du globe. Plus tard ils s'éloignent du pôle ; à l'époque crétacée, ils ne dépassent pas la zone qu'occupe aujourd'hui te Danemarck; et dans les époques suivantes, ils sont de plus en plus concentres entre les tropiques, d'où aujourd'hui ils ne peuvent pins s'écarter.
L'époque du diluvium présente un phénomène très-singulier, c'est celui des blocs erratiques. Ce sont des rochers épara, d'un volume souvent considérable, que l'on voit disséminés en grand nombre dans toutes les contrées du nord, le plus souvent accumulés sur de grandes plaines ou dispersés en longues traînées sur les pentes des collines ou des montagnes. Ces hlocs erratiques sont étrangers au sol eur leqtie! ils reposent, et, généralement, à une distance considérable du lieu de leur gisement primitif.
Il a évidemment fallu, pour effectuer ces trana- ' ports, des causes différentes et beaucoup plus puissantes que celles qui agisseot aujourd'hui. Quelquesuns de ces blocs mesurent plusieurs centaines de ' mètres cubes et doivent peser plus de trois cents
l^.OO'^IC
• mille kilogrammes. Leurs dimensions augmentent, généralement, à mesure qu'on avance vers le nonl. Il est facile de reconnaître le lieu d'où proviennent ces roches, non-seulement par leur nature minérale,
- mais encore parce qu'elles ont été déposées à diflérentes distances dans la même direction. Cette direction est constante, du nord au sud, ou dévie lé-
Fig. 91. — Rochas striées.
gèrement au sud-ouest ou au sud-est, et ces hlocs, souvent distants de phisieurscenlaines de kilomètres de leur point de départ, ont dû presque toujours traverser des vallées profondes ou des bras de mer. En outre, ils ont laissé la trace de leur passage en glissant le long des roches, lorsque celles-ci étaient assez dures pour conserver longtemps les marques imprimées â leur surface ; ce sont des stries paral-
^.oogk
lèles, des sillons, des traces polies, dont la direction correspond toujours avec celle qu'ont suivie dans leur marche les gros blocs erratiques On a pu constater ainsi, que les énormes roches granitiques Oui couvrent le Danemarck et la Prusse provenaient des montagnes Scandinaves, et que celles qui se trouvent dans le nord de la Bussie, jusqu'à Moscou fit aux Monts Ourals, viennent de la Finlande et de la Laponie.
Toute la partie septentrionale de l'Amérique dn Nord est semée de ces blocs erratiques. Ils sont tous au sud et au sud-est des montagnes d'où ils proviennent.
Ils jonchent les plaines et les plateaux de l'ancien et du nouveau monde. Partout les hauteurs les ont arrêtés et ils ont échoué sur les ûancs septentrionaux des montagnes, tandis que lesteiTesouvertes et basses leur ont livré passage. D'immenses terrains de transport lormés de saoles, de graviers, de cailloux, de limon, de détritus de toutes sortes, et dans lesquels se trouvent incrustés les blocs erratiques, recouvrent de vastes contrées, et forment, tantôt de grandes plaines horizontales, tantôt des collines allongées du nord un sud. Les steppes delà Russie, les sables de la Campine, la couche argileuse et sableuse qui recouvre la Hollande sur une épaisseur de 150 à 200 mètres apparLiennent à. ce dépôt.
Le mode de transport de ces blocs énormes et de ces masses de cailloux roulés, qui couvrent surtout les parties septentrionales de l'hémisphère boréal ont fait le sujet de grandes discussions. Quelques géologues ont pensé que ces blocs ont pu être charriés par un énorme courant, dont la puissance était accrue par la masse de matières terreuses qu'il tenait en suspension. D'autres pensent que ces énormes rochers n'ont pu être transportés que par des bancs déglaces détachés des glaciers et poussa vers le sud.
On ne peut admettre, en effet, que ce transport soit dû àla seule action des eauxj quelque violente
3u'on la suppose, elle n'aurait pu déterminer la prouction de ces stries et de ces sillons treusés dans le roc. Elle n'expliquerait pas le parallélisme et la direction de ces nlocs. En outre la plupart d'entre
iiniiii-invGoO'^lt:
partie; ce qui prouve suffisamment qu'ils n'ont pas été roulés par Jes flots à la place qu'ils occupent, car, dans ce cas, leurs angles seraient nécessairement arrondis. Le système qui attribue le transport des blocs erratiques à des montagnes de glace détachées du glacier polaire est le plus admissible et le plus généralement adopté aujourd'hui. Suivant toute apparence, le glacier polaire arctique s'est avancé â une époque bien au-delà de ses limites actuelles, et a recouvert d'un épais manteau de glace la presqu'île Scandinave, la Finlande et la Laponie. Ces [lays devaient subir les mêmes phénomènes glaciaires
Fig. 9-!. — TraDsport ùes blocs erratiques.
auxquels est soumis maintenant le Groenland, qui, comme on sait, est un vaste continent inconnu, enseveli sous une masse continue et colossale de glace, qui s'avance constamment en descendant vers la baie de Balïln.
Au fond des fiords ou baios qui échancrent la côte, on voit la glace s'élever presque â pic du niveau de la mer à une hauteur deôOO mètres, au delà de laquelle la glace de l'intérieur monte d'une façon continue aussi loin que l'œil peut la suivre. C'est par ces flords que la glace s'avance en blocs énormes de plusieurs kilomètres de large et de 3 â 40U mètres de hauteur ou d'épaisseur. Quand ces masses atteignent le fond des baies, elles ne se foulent pas
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LE MONDE AVANT LE DfiLtIGE
et ne se brisent pas en fragments, mais elles continuent leur course et pénètrent dans l'eau salée en restant solides et raclant le fond qu'elles doivent polir et entailler. A la longue, guano elles plongent assez pour flotter, il s'en ilétache d'énormes morceaux qui remplissent la baie de Baflln de juontafnes de glace, qui contiennent souvent des pierres, u sable et de la boue. Tous les navigateurs en ont rencontré, et quelquefois tellement mêlées de tene et de pierres et surchargées'de rochers, que la glau en devenait presque invisible.
RéuDion de pliuloim
Ce serait donc des phénomènes analogues à ceuï qui ont lieu actuellement,— quoique sur une plus petite échelle, — dans nos glaciers modernes, qui auraient produit If s ellets grandioses île l'Epoque glaciaire. Des radeaux de glace porteurs de bloc* erratiques, ont dû traverser la Baltique, — ou plutôt la vaste mer qui occupait toute la région septentrionale — comme ceux qui partant du pôle, viennent encore aujourd'hui échouer sur les côtes de l'Amérique et de l'Islande.
Quant âceux que l'on trouve autour des Alpes et des autres grandes chaînes de montaenes et dont 1* direction semble en opposition avec celles des blocs