CHAPITRE IV
L BHFAHCE DB U TBB8E.
La Terre fat donc dans le principe une masse incandescente de matière liquéfiée, qui prit, sons la double puissance de l'attraction centrale et de la force centrifuge, la forme sphéroïdale que nous lui connaissons.
Pendant cette période d'incandescence, l'eaa, ainsi que toutes les matières qui se volatilisent à la simple chaleur de nos foumeaui, étaient naturellementà l'état gazeux, et réunies aox fluides élastiques d'une atmosphère brûlante qui s'étendait dans l'espace bien au delà des limites qu'elle occupe aujourd'hui. Trop épaisse pour laisser pénétrer les rayons du Soleil, elle était éclairée par les feux d'en bas, et la Terre ne connaissait pas les altematlTes du jour et de la nuit.
Ainsi lancé dans le vide, ce globe incandescent dut obéir aux lois du rayonnement, et perdre par degrés dans l'espace une partie de son calorique.
En vertu de ce refroidissement incessant, la surface du globe se coagula, et il se forma une première KeUicnle solide; mais, briaéeet disloquée bientôt par 9S perpétaelles tempêtes auxquelles donnaieot heu les mille réactions chimiques qui devaient s'opérer auseio de cette mer de feu,cette première enveloppe forma de ses débris ces vastes blocs de matières cristallines, brisés, redressés, confondus et soudés
IX MONDE AYANT LE SÉLtGE 2S
les uns avec les aiitres, que l'on rencontre partout où le noyau de la planète est à nu. Cette première croûte toute rugueuse et hérissée comme la surface d'un fleuve envahi par les glaces, dut bien qu'avec lenteur, s'épaissir de plus en plus. Klle finit par constituer une enveloppe continue, isolant alors la masse interne restée uuide et incandescente de la masse externe à l'état de gaz et de vapeurs, qui devaient plus tard servir i constituer les enveloppes liquide et atmosphérique.
Avec le temps, les molécules les plus voisines de la partie déjà figée durent se rapprocher et cristalliser successivement, et cette cnstallisation, si visible dans les roches primordiales, put sans cesse s'opérer intérieurement par suite de l'abaissement continu de la température.
Des ouraeans prodigieux devaient agiter la masse des airs, de puissantes combinaisons chimiques donnaient lieu â un énorme développement d'elec- ' tricité qui devait se manifester par de flamboyantes aurores boréales et d'eflroyabies roulements de tonnerre. La masse en fusion, soumise à l'action attractive du Soleil çt de la Lune, éprouvait sans doute un ilux et un reflux comme aujourd'hui les mers. La croûte encore mince nepouvait résister A ces ébranlements ; des eflbndrements et des crevasses se formaient^ par lesquels s'ëpandaient des torrents de matière ignée, roulant sur ces roches incandescentes, les liquéflant de nouveau ou s*; aiôalgamant tour a tour.
Pendant que notre globe roulait ainsi dans l'espace, emportant avec lui son immense atmosphère impropre à la vie et que nul rayon de soleil ne pou- ' vait encore traverser, quelques matières gazéittées dans l'atmosphère se condensaient et se précipitaient à la surface de la Terre.
Dès que la température se fut sufQsamment abaieeée pour permettre à la vapeur d'eau de ae condenser, les premières pluies toaabèrent ; mais, mises en ébullition par la chaleur qui régnait encore à la surface du globe, elles remontaiefU dans l'air envapeurs épaisses, ae condensaient danouveau et donnaient naissance a de nouvelles combinaisons chimiques et à une immense oxydation.
CepNidant, la croûte solide continuaDt à B'épaUsir
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dans les deux sens, de haut en bas par le refroidissement, et de bas en haut par l'accumulation.
des détritus résultant de l'action de tous les attenta ërosifs combinés, cette croûte dut euQn former un écran assez épais pour tempérer l'influence de la cbaleur intérieure. Le refroidÎBsementdesieDt sensible. La masse des eaux suspendue jusque là dans l'atmosphère se précipite alors en pluies diluviennes qui, par suilfi de l'abaissement de la température,
Îieuvent se réunir en masses étendues, puis enfin ormer une vaate mer qui a dû couvrir tout le globe terrestre. Celui-ci, n'ayant encore perdu que peu de chose de sa sphéricité primitive, a peine quelques éminences se dessinent-elles au dessus des Qots de ce grand Océan, dont nos eaux thermales représentent encore la constitution et la chaleur. Enveloppée d'une atmosphère épaisse et chargée de vapeurs gui ne devait pas laisser pénétrer les rayons du Soleil, la Terre devait être en effet telle que nous la re- Jrésente le deuxième verset de la Genèse: ■ La terre tait informe et toute nue ; les ténèbres couvraient la surface de l'abîme , et l'esprit de Dieu était porté sur les eaux. •
Toutes les substances solubles dans l'aau bouillante durent y rester en suspension et sans se déposer, à cause de sa haute température et de son tourbillonnement continuel, et ce ne fut que lorsgua ses propriétés dissolvantes diminuèrent avec la (iialeur que les corps dissous purent se déposer.
Les parties sableuses et argileuses arrachées aux granit par ce déluge de plusieurs siècles durent former alors une masse très-considérable d'ailu- Tiens, qui fut la première terre meuble et la base de tous les terrains qui, plus tard, furent formés au sein des eaux. Ces couches d'argile sableuse, déposées sur des roches encore brillantes, y éprouvèrent une sorte de fusion lento ou de vitrification qui leur donna celte structure feuiileléa qu'on remarque eneftet dans les différentes espèces d« roches scliisteuBes. C'est ainsi que durent se former les premières couches miuéraiespac l'intermédiaire de reau, et que commença cette longue série découches sédimentaires stratifiées qui se coutiniient encore de nos jours, 11 n'y- avait guère alors de c&lme ni dans les eaux
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jii dans les airs, ainsi que l'attestent les couches bouleversées et les amas de débris triturés et roulés qui appartienoent à. cet âge. A mesure que la soiidlûcatian intérieure de l'épiderme terrestre avait lieu, la volume de la masse fluide interne dinii' nuait par suite de sou refroidissement successif. La croûte enveloppante devait alors éprouver un retrait, se contracter, et par suite, opérer des preasions énormes sur la masse fluide. Les gazelles matières en fusion comprimées durent soulever sur quelques points les énormes couches séditnentaires encore tendres et plastiques, qui émergeaient ainsi du sein des flots et formaient des 11^, premiers jalons des continents futurs. Ces mêmes matières ignées s'échappaient au dehors par les points les plus faibles et par les fissures préexistantes. Delà des tremblements de terre, des érup> lions sous-marines, des ouragans, des inondations qui devaient dépasser en violence tout ce que nous voyons de nos jours.
Quelques géologues de l'école moderne veulent que les causes lentes gui, actuellement encore, modiflent la surface de la terre, aient seules présidé aux transformations du globe, et ils repoussent complètement l'intervention des révolutions brus-
Sues, de cataclysmes soudains et imprévus. C'est tre trop exclusif, pensons-nous, et, tout en admettant que les causes lentes qui agissent de nos jours ont existé autrefois et produit les mêmes effets, nous croyons que certains phéjiomônea du monde aucien, tels que les grandes dislocations, les sou* lèvements des montagnes, l'envahissement des mers, ont dû nécessairement entraîner d'immenses perturbations géologiques. Les preuves en sont écrites dans les archives du monde piimitif, nous les retrouvons à chaque pas dans 16s moulines, et il nous semble difficile de contester la vérité de ces bouleversements terribles.
L'origine des filons métalliques paraît sa liw directement à la réaction de la matièrt; intérieure en fusion contre l'enveloppe solide du globe. On conçoit, en effet, que lorsque la matière ignée et à àemi piteuse se faisait jour â travers le sol, ■ il devait en résulter une multitude de feules, denssures, qui livraient passage â. des gaz de diJïéreiites na-
tnree, et, probablement aussi, à âiverses substances métalliques vaporisées. Or, une grande gartie de ces fissures a pu se remplir de bas en ant, soit par la matière en fusion elle-même, soit Sar la condensation d'émanations minérales parties u foyer central, qui venaient Buccessiveœent tapisser les parois des fissures, selon les lois de la cristatlisation. Telle doit être l'origine des filone d'oxide de cuivre, d'étain, de plomb, d'or et d'argent, gui tous se trouvent dans les terrains anciens. A mesure que la formation de la Terre se poursuit dans la suite des siècles, les soulèvements s'ajoutent les uns aux autres; à des Iles isolées succèdent dee arcbipels; ceux-ci se rattachent par des langues de terre et finissent par former un continent. Ces sommets émergés ne représentaient pas encore les montagnes que nous observons aujourd'hui. Ces montagnes se sont formées beaucoup plus tard, ainsi que l'on en a la preuve évidente pa^ la nature des terrains qui les forment, et dont nous parlerons plus tard.
La mer, concentrée dans les parties les pins basses, gagne en profondeur ce qu'elle perd en étendue ; elle travaille sans relâche à la configuration des côtes, tandis gue le sol, délivré de l'action des vagues, se raffermit et accomplit le cours régulier de ses transformations sous Pinflueace de l'atmosplière. L'eau s'empare de tout cb qu'elle peut dissoudre; le chlorure de sodium et les sels oe magnésie donnent l'eau de mer. Celle-ci s'évaporant sans cesse, et les sels ne pouvant s'évaporer, il se produit de l'eau douce qui, condensée dans les régions élevées sous forme de nuages, retombe en pluies ' abondantes, se creuse un lit et forme des sources, des ruisseaux, des rivières, étabhssant un réseau de fleuves et de lacs qui préparent le Bol et rendent par degrés la Terre habitable.
Après la formation des enveloppes solide et liquide, la composition de l'atmosphère ne devait jKis difiërer beaucoup de cequ'elle est actuellement, quant à ses éléments, c'eat-a-dire qu'elle était composée d'azote, d'oxigène, de gaz acide carbonique etde vapeur d'eau à l'eut de mélange. "Toutefois, si l'on considère la quantité de carbone coateuue
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dans la houille, l'anthracite, les MtumeB, la tourbe et les calcaires eédimentaires, gui n'existaient pas encore à cette époque, il faut supposer que 1 air contenait alors une proportioti considérable de gaz acide carboniqiie. Dans l'atmosphère actuelle la proportion de ce gaz est évaluée à six dix millionièmes; mais elle pouvait être de six à huit centièmes avant l'apparition de ta houille. C'est de cet immense et intarissable réservoir que les premiers fermes de vie semés par le Créateur sur la surface e la Terre tirèrent les éléments matériels de leur développement. Tout l'azote qui peut se dégager des chairs des animaux, tout le carbone qui peut se tirer du tronc des plantes provient de l'air.
Combien de tenùia a-t-il fallu pour opérer ces transformations? C'est là un problème insoluble; mais ta géométrie et la physique nous donnent sur ce point des aperçus généraux qui nous doivent sufllre. Le calcul établit qu'un boulet de la même dimension que la terre, chauffé au rouge etabao donné ensuite au refroidissement dans des condi* tions analogues, emploierait plusieurs millions d'années pour arriver à un degré de température qui permit le développement de la vie.
Ici âoit l'histoire du premier âge de, ta terre, histoire hypothétique, dont les détails sont conformes toutefois aux lois de la nature, bien qu'ils ne nous apparaissent qu'à travers un voile plus ou moins épais. Dorénavant, quittant le champ des suppositions, nous allons entrer sur le terrain des faite révélés par l'observation et ne plus te quitter.
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