I. AGEIClTi.TUnK KT H TENURK DES TERRES
tablement venue. Le Chu-King la mentioaue 2204 ans avant notre ère, et le Wei-Ki allribue à Houang-Ti l'invention du tissage de la soie, 400 ans environ avant celte épo(fue. L'introduction de ce produit en Europe date probablement de la conquête de la Perse par Alexandrele-Grand. La soie y était apportée dès tora par lea cai'avanes de l'Asie centrale. Mais, pendant des siècles, on crut en Occident qu'elle était directement tisaée avec la fibre des feuilles, comme en témoigne le vers bien connu tes Georgiques :
Velleraque ut folila depectant tenuia Seres.
La soie était alors si chère, qne l'empereur Anrélien
refusait d'en acheter de quoi faire une robe à sa femme.
Les pi-emiers œufs de bombyx furent importés à Constan-
tinople par les moines nestoriens de la Perse, sous le
\ règne de Justinien.
Presque toutes las fermes de l'Empire du Milieu ont C leur magnanerie, où la sélection des meilleures « graines » B vers à soie et l'élève des cocons sont l'objet dos soins [-les plus assidus. Ces établissements ont été fort bien liétudiés, en 1841, par la commission technique envoyée k la Chine par le gouvernement français, et dont les f travaux furent, en 1848, l'origine d'une exposition spé- Piàale, ouverte à Saint-Etienne. Depuis cette époque, l'élève des vers il soie et surtout le dévidage des cocons ont fait en France des progrès qui placent notre industrie séricicole fort au-dessus de celle des Chinois, JJais I jios agriculteurs et nos tisseurs ne sauraient oublier que, fsur ce point, les Fils de Han furent leurs maîtres,
EnKiiae, comme chez nous, il n'est pas rare t\w&\g&
cultures de niilrier soient entièrement distinctes des magnaneries, et les vers à soie élevés dans des proportions modestes par des personnes qui achètent la feuille nécessaire.
La culture du cotonnier, actuellement très répandue dans l'Empii'e du Jlilieu, n'en est pas originaire. Elle Lparaît lui èlre venue, au xi° siècle de l'ère présente, de ■ Klioten, dans le Turkestan, où la plante pousse a l'état sauvage. La légende veut que son introduction ait été principalement due à une dame Kouang, qui aurait fait de grands efforts pour mettre cette culture à la mode dans la province de Kiang-Sou, ot y aurait pleinement réussi, comme Parmentier parvint chez nous à acclimater la pomme de terre,
La maison rustique du Chinois, comme celle de l'Européen, a sa hasse-cour, qui comprend les oies, les poules et les canards. Le porc y joue aussi un rùle d'autant plus important qu'avec la volaille et le riz il forme la base de l'alimentation du grand nombre. Mais, de plus que nous, les Chinois ont le poisson domestique ou kia-you. Ce poisson, qui compte de nombreuses variétés, appartient au genre cyprin et se retrouve dans les viviers de toutes les fermes de l'empire. 11 est herbivore, grossit rapidement, atteint en quelques mois des dimensions considérables, peut itre, se développer et se reproduire dans les eaux lantes; sa chair est des plus agréables; il joue un V très important dans l'alimentation de toutes les ïsea. En France, Dahry de Thiersant et Soubeyran i ont étudié l'élevage dans un beau livre. Ce n'est pas Heurs uniquement à ces espèces domestiques que
L AGRICOLTURE ET I
les Chinois donnent leurs soins : depuis la plus haute
antiquité, ils prati(juent le repeuplement des fleuves et
rivières par la pisciculture; comme ils sont aussi les
inventeurs de Vaquicullure, c'est-à-dire de l'art de faire
produire à l'eau tout ce qu'elle peut fournir d'utile ou de
profitable à l'homme. L'incubation artificielle, spéciale-
K ment celle des œufs de canard, est connue dans l'Empire
rdu Milieu de temps immémorial et très largement pra-
rtiquée en des établissements spéciaux. On y connaît
l .aussi un art qui nous manque, celui de préparer les
t œufs de conserve. Il est vrai que nous n'avons ni le bam-
I bon ni le cèdre, qui jouent un rôle important dans cette
r opération de chimie domestique. Les pigeons de toute
I espèce abondent en Chine et sont employés au transport
[ des messages commerciaux et maritimes.
La tenure du sol a passé en Chine, au cours de
piatre ou cinq mille ans, par les ti'ansformations les
plus diverses. Il n'y a, pour ainsi dire, pas de système
d'appropriation que les Pils de Han n'aient expérimenté,
depuis le communisme pur et la nationalisation du sol
jusqu'au régime de la propriété parcellaire. Ces l'évolu-
tions, qui oil'rent le champ d'études le plus fécond à la
I physiologie de la propriété foncière, ont été analysées
k^avec le plus grand soin par Syrsbi. On peut les résumer
Bfiomme suit:
■ i" période. — La terre est la propriété des « cent RfemiUes. » Tout homme valideetparticipanl àia dtjfense fccommune a droit h une part du sol labourable. m 2' période. — Vers le xn" siècle avant J.-C, VEmpe- Kîeur et les grands s'approprient le soi en apanages et ^&tf, mais chaque homme,, valide garde soa dxQv^L ^"Ss^
46 LE MONDl! CHINOIS.
culture (le la parcelle nécessaire à son entretien, et en beaucoup de cas, des étendues de sol restent indivises pour chaque groupe de huit familles. C'est l'ère « communale » analogue à celle du mir en Russie; on en trouve des traces partout en Chine, mais spécialement en Coi-ée.
3= période. — Vers le iV siècle avant J.-C. les groupes de huit familles ayant multiplié dans des proportions inégales, la répartition du sol n'est plus satisfaisante ; certaines communes n'ont pas assez de terres, d'autres en ont trop. Par une transformation insensible, la commune disparaît en miîme temps que le régime féodal; le paysan devient propi-ictain% échange et vend sa terre, la transmet par héritage. (C'est la transformation que les économistes promettent h la Russie contemporaine.)
4" période. — Les riches rachètent les terres et forment de vastes domaines ; le paysan ne peut plus vivi-e et se transforme en esclave. Jacqueries et guerres serviles, qui durent plus de dis .siècles. Tantôt la dynastie s'appuie sur les classes laborieuses, tantôt sur les riches. Au ix° siècle de l'ère actuelle Wang-Mang promulgue un édit aux termes duquel le sol tout entier et désormais propriété impériale, et nul ne pourra détenir plus d'un tsin, (un peu plus de cinq hectares) ou occuper plus de huit esclaves ; les excédents feront retour à la couronne 9t seront transmis aux communes selon leurs besoins; la vente des terres est interdite.
5° période, — Les riches reprennent le dessus; la l^grande propriété se reconstitue. Alors surgit, au
' siècle, sous l'empereur Tchent-Soung, un réformasocialiste, Ouan-Gantch, qui, devenu premier mi-
nistre, abolit la propriété individuelle (1069 après J.-C).
L'État est le seul maître du sol et le répartit entre les travailleurs selon leurs besoins; les industries ellesmêmes doivent fairo retour à l'État et les capitalistes lui faire remise de leurs fonds dans le délai de cinq années. En dépit d'une opposition formidable, ce régime s'établit et dure pendant quinze ans. Mais Tchent-Soung meurt, et aussitôt les choses reprennent leur ancien cours.
6' période. — Invasion mongole : nne nouvelle féodalité s'établit. Non seulement les ilongols s'emparent des terres, mais ils prétendent substituer partout les pâturages aux cultures et refouler les Chinois vers la Sud. Cette tentative même soulève les populations agricoles, qui repoussent les Mongols au delà de la Grande Muraille et reprennent possession du sol.
7° période. — C'est la présente. Régime de la petite propriété, très souvent indivise sous la dictature des aînés entre les membres d'une môme famille ou d'un village. Traces du régime communal ; quelijues grands domaines cultivés à demi-profus pav des métayers. Dans les provinces du littoral, les plus fertiles, la moyenne des propriétés n'est guère que d'un hectare. Le détenteur a le droit de la vendre ou de la céder : à sa nioit les fils ont le droit d'en réclamer le partage. Si la terre reste en jachère trois ans de suite, elle fail^tour à l'Etat. Les communes, les temples, les écoles, les hôpitaux ont des propriétés qui leur sont aCFectées. L'État en a aussi, pour ses colonies pénitentiaires. La couronne n'en possède guère que dans les provincea extérieures.
Le cadastre de l'Empire du Milieu est fort cK.ac.to
Les industries proprcmenl: dites qui occupent le plua fïrand nombre de bras sont celles de la soie et des cotonnades, des métaux, des poteries d'art et communes, la briqueterie, l'ameublemetit en bambou, la papeterie: t;nfin, la pèche fluviale et maritime. La condition de l'ouvrier cliinois, prise eu géuéral, ne paraît pas malheureuse. Ses besoins sont des plus miuimes ; il vit avec ijuatre sous par jour et en gagne aisément plus de vingt. " En dépit de ses terribles e.ïigences, dit Thompson, le travail, môme pour le plus pauvre ouvrier, a des moments d'interruption. Alors, assis sur un banc ou tout simplement par terre, il fiuuc et cause tranquillement avec son voisin, sans être le moins du monde troublé par la présence de son excellent patron, qui semble trouver dans les sourires et dans l'heureux caractère de ses ouvriers des éléments de richesse et de prospérité... La plupart des ateliers sont aussi, pour les ouvriers qui les occupent, une cuisine, une salle à manfjer et une chambre à coucher. C'est là que sur leurs banc5 les ouvriers déjeunent; c'est là et sur les mômes
ifiS que, la nuit venue, ils s'étendent pour dormir.
^^J^S que,
I, INDtJSTRIE.
•Cest là aussi que se trouve tout ce qu'ils possèdent : Fuoe jaquette de rechange, une pipe, quelques ornements I qu'ils portent à tour de rôle et une paire de petits bâtons
de bois ou d'i [ précieux qu'
Ljjonne provia 3 dit de
voire. Mais, de tous leurs trésors, le plu; .!s portent avec eux consiste dans une on de santé et un cœur satisfait. » Herbert cùté : a Un, séjour de huit années en
Ihine m'a appris que les Chinois sont un peuple heureux :parce qu'il est sohre et infatigable au travail. Le nombre êtres humains qui souffrent du froid et de la faim relativement bien moindre qu'en Angleterre. La condition des femmes dans les classes déshéritées y est aussi bien meilleure que celle de leurs sœurs d'Europe. Les maris qui battent leur compagne sont inconnus en Chine; jamais elle n'est soumise à de mauvais traitements et jamais on ne la voit outragée de paroles gvos- Bières, comme elle l'est trop souvent dans les p.iys occiintaux, n
A cûté de ces tableaux riants de la coniiilion deâ laborieuses dans l'Empire du Milieu, on regrette constater que l'esclavage y subsiste encore, et dans formes les plus hideuses. Il n'est guère de famille ;che ou simplement aisée qui ne possède une vingd'esclaves, quoiqu'il soit très facile do se procurer 'excellents domestiques libres- Le prix d'un esclave varie naturellement suivan t son âge, sa force et sa beauté. En temps de paix et de prospérité, ce prix monte jusqu'à cinq ou six cents francs et au dessus; mais, en temps de guerre ou de famine, les familles surchargées d'enfants vendent leurs fils et leurs filles pom- une poignée de riz. Gray cite des bandes de maraudwis'à
qu'il a vues de ses yeux offrir des jeunes filles en vente à raison de vingt francs par iO-Xc. Il a vu aussi à Canton un père qui s'était ruiné au jeu vendre ses deux garçons au prix de quatre cent vingt-cinq francs. En général. avant de consommer Tachât, on prend l'esclave à l'essai pendant un mois. Ce qu'on tient sui'tout à savoir avec certitude, c'est qu'il n'est pas atteint de la lèpre, et dans ce but on le soumet toujours à une épreuve particulière: l'esclave esl conduit dans une chambre noire et une flamme bleue est promenée devant sa face. Si sa peau prend alors un reflet verdàtre, on en conclut que sa santé est bonne : si le reflet est plutôt rouge, on estime qu'il est atteint de la terrible maladie.
L'esclavage est perpétuel et héréditaire. Les misérables tombés dans cette affreuse condition n'ont même pas le droit de décider du sort de leurs enfants, et c'est seulement à la seconde génération que l'affranchissement est de droit, si l'esclave a pu amasser de gucH racheter sa liberté. Ils ne peuvent pas non plus ester en justice. Enfin le maître a sur eus droit de vie et de mort, &l l'on peut dire tous les di'oits, même celui de livrer son esclave à la prostitution publique. L'esclave est hors la loi.
Il arrive fréquemment qu'il prend la fuite. Il est alors signalé de tous eûtes par des placards indiquant son âge, sa ligure, son costume, l'adresse de son maître et la récompense promise à qui le ramènera au logis. Ces placards se voient à tout instant sur les murs des villes chinoises ou sur la poitrine des crieurs publics qui les promènent à la façon des sandwich-men de Londres et de Paris.