L INDUSTRIE
r D'autre part, ta condition de l'ouvrier libre prise en (énéral et en temps normal, peut être plus heureuse rjue elle du. salarié européen, par la raison que son outillage ^t encore rudimentaire et qu'il en possède presque tou- «irs la propriété. Mais, comme en Occident avant la (évolution française, d'autres obstacles se dressent de- Jit lui. Les corps de métiers sont fermés et n'admettent 8 d'intrus. Les travailleurs de chaque profession for- B véritable caste, jalouse de son monopole, into- ■ante et dure. Les crises amenées soit par les famines 1 li'oubles civils, soit par la surabondance do la population, sont fréquentes. Enfin, la loi de l'offre et de la demande est aussi impitoyable en Chine qu'ailleurs, et les premières nécessités de la vie ont beau coûter seulement quelques sapèques, il n'est pas toujours possible de gagner ce pauvre salaire- La grève est un argument suprême auquel l'ouvrier chinois a pai'fois recours. 11 y ■ports alors son obstination caractéristique, son point Ihonneur spécial, son mépris de la mort, et il se laisse • de faim plutùt que de céder. Dans un ordre idées analogue, on voit parfois le débiteur, harcelé, I par le créancier, aller se pendre à sa porte, i manière de vengeance raffinée et de suprême protes-
' Au premier rang des industries nationales, il faut metti-e celle de la soie. Elle occupe un très grand nombre de bras, toutes les classes riches ou aisées n'employant que ce tissu pour leurs vûtemenls. L'importance de la consommation qu'en fait la Chine pourra être jugée par ce seul fait qu'une exportation annuelle de 400 millions a francs en soies grèges ou manufacturées, n'a pour
ainsi dire pas d'influence appréciable sur les prix de l'iolérieur. Dans toutes les gi-andes villes il y a un marché aux cocons, et les tisseurs Ae soie se trouvent partout. ' Mais lo grand centre de l'industrie est à Canton, C'est là que se tissent les plus belles soieries, spécialement les étoffes brochées et les satins, les i-uhaas dont les élégantes du Royaume-Fleuri se servent en guise de bas, et aussi les soies mélangées ou pungee et sen-chaou. jjea gazes de soie ou grenadines les plus renommées se font à Fang-Yang, sur le Grand Canal. Le métier h tisser deâ^. Chinois ressemble beaucoup à celti dont se servait tout l'Occident avant le perfectionnement de Jacquai'd. Il est ' rais en mouvement par deux hommes, dont l'un lance la navette, tandis que l'auti-o, assis sur le haut de la macliiae, manœuvre les tiroirs. Ordinairement ce métier est la propriété de l'ouvrier, qui se fait aider par un apprenti. En certains cas, il appartient à un petit fabricant qui en possède cinq ou six, et les dispose sur ua, des côtés de sa boutique : l'autre côlé est occupé par un comptoir, où il vend en personne ses produits.
L'industrie des cotons de la Chine, longtemps célèbres dans le monde sous le nom de nankins, est aujourd'hui en décadence. Le tisseur indigène ne peut pas lutter contre le bas prix des cotonnades anglaises. Aussi désarme-t-il graduellement. Ce seul fait suffirait à montrer quelle doit être la politique commerciale de l'Europe vis-à-vis de l'Empire du Milieu : elle consiste uniquement à lui offrir des produits de première nécessité, à un bon marché qui défie îa concurrence. Or, pour atteindre ce résultat, il ne suffit pas de s'ouvrir les proviuces cbinoisea : il s'agit avant tout de réduire au minimum les
prix de revient par des abaissements d'impôt, de frais de transport et de droits d'entrée.
LaJaino et le cuir ne jouent qu'un rôle des plus, restreints dans l'écononHC domestique du Fils de Han. 11 emploie la toison de ses rares troupeaux à la fabrication des feutres pour aamelles ; il tisse des lapis de poil de chameau : avec la peau du hœuf, du veau, de la chèvre et du mouton, il double ses souliers, et parfois (dans le Nord) ses habits ; il manufacture des harnais, des selles, ifles brides, des fourreaux de sabre, des chapeaux de mariniers. Parmi leSijfitites industries populaires, il faut mentionner le rapetasseur ambulant, qui promène un panier à ouvrage contenant des morceaux de cuir, de soie et de coton. Il s'arrGtc dans la rue auprès des barbiers en plein vent, el, tandis que le passant se fait raser la tète, il lui pose pour quelques sapèques une pièce au coude, un bout de peau au soulier.
L'art du potier est un des plus anciens delà Chioe. Stanislas Julien a établi qu'en 2697 avant l'ère chi'étionne, sous le régne d'Houang-Ti, il y avait déjà à la cour un surintendant général des poteries impériales. Le tour à façonner l'argile, inventé vers cette époque par Kouen-Oa, ne semble pas avoir été perfectionné depuis cinq mille ans : il se compose, dans la province de Kouan-Toang, d'un disque horizontal en bois, porté sur un pivot vertical, et qu'un enfant, suspendu par les mains au plafond de l'ateliei", fait tourner avec ses pieds. Le four du potier est chauffé, selon les districts, soit avec des biïches, soit avec des fagots de petit bois ou de roscaus, soit môme avec des molles d'herbe sêcbée ei comprimée.
La briqueterie occupe un grand nombre d'hommes, les constmctiona en pierre étant tout à fait esceptionnelles. Les briques chinoises sont faites à la main, dans des moules variés, par les mCmes procédés qui servent en Europe; elles sècbent sous des hangars do bois et de nattes, parfois sous de simples amas de paille, puis sont soumises à la cuisson en des fours plus ou moins perfectionnés, suivant la province. Plusieurs centres de production profitent d'une juste célébrité pour les briques à jour, ies briques cellulaires et les chaimantes tuiles vernies destinées aux toitures.
C'est assez récemment que les Chinois ont appris à souffler le verre. Pendant quelques années, il se sont adonnés à cet art nouveau avec une ardeur si grande, qu'une bonne partie du verre cassé de l'Europe passait Ji la refonte dans leurs fourneaux ; mais cette importation a cessé d'être rémunératrice depuis que les vitres sont produites à bas prix dans le monde entier, et l'industrie du verrier cantoaais sa réduit maintenant à souffler des bouteilles et de menus objets de pacotille. Les lunettes, connues et usitées de fort longue date par les Fils de Han, ne sont pas faites de verre, mais taillées dans le cristal de roche ou le « quartz fumé » , que les Chinois appellent B pierre de thé. » Ils se servent pour cette taille d'un tour et d'un archet à fil métallique. Ces besicles, de forme circulaire et d" aspect caractéristique, sont maintenues en place par un cordon noué derrière la tûle et qui les presse sur l'arcade orbilaire. Elles coûtent naturellement assez cher. Aussi tendent-elles à disparaître devant les lunettes importées d'Europe, quoique les Chinois pensent avec raison que le cristal de roche est préfé-
ifé- I
ible, pour les usages opligues, au verre le plus pur. Ils connaissent la taille des pierres précieuses, mais la watiqueiit rarement. Le diamant, peu estimé des dames Jiinoises, sert surtout pour percer des trous dans le frçrre et la porcelaine ; car le raccommodage des poteries tfit fort usité dans le Royaume- Fleuri, et par des artisans lîi pourraient lutter avec les plus habiles ouvriers l'Europe,
^ Tous les travaux du Iiois sont esiScutés dans la perfec- ^n par les Chinois. Les agencements de charpentes, S constructions navres, la fabrication des grillages et jalousies, celle des balustrades et ornements, enfin et surtout celledes meubles, ne laissent rien à désirer. La menuiserie d'art est si belle qu'elle a servi de modèle, dès son introduction en Europe, aux ébénistes français et hollandais du xvui" siècle. Elle est toujours florissante, et les meubles usuels de la maison chinoise, qu'ils soient faits de bois durs ou de pin, do hêtre, d'ormeau, de camphrier, révolent toujours un ouvrier rompu aux secrets du métier. Quant aux laques de Chine, leur éloge n'est d^ua à faire.
f 11 en est de mOme des vases martelés ou ciselés en or, ., cuivre et bronze, des filigranes, des émaux clolmnés ; dans un ordre moins relevé, des clous, vis, gonds it serrures de l'Empire du Milieu, En général, les artistes inois entendent admirablement le traitement des mé- , quoique leur outillage soit encore primitif, par une (nséquence naturelle de leur ignorance en physique et a chimie. L'extraction des minerais de fer, de cuivre, e plomb et de zinc s'opère chez eiL\ par les mêmes proies que les Grecs et les Romains mettaient en œuvre.
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L*or ne sert guère en joaillerie et paraît presque inconnu dans certaines provinces, quoique on Tanploie à profusion dans d'autres, sous forme de dorure. Un alliage connu sous le nom de peh-tung ou argentan^ sert à fabriquer une multitude d'objets pour les usages domestiques ou religieux : il se compose de cuivre, de zinc, de nickel, de fer et parfois d'une.faible quantité d'argent. Le métal des gongs est aussi un alliage exclusivement propre à la Chine et qui comprend 80 p. 100 de cuivre fondu et battu, avec 20 p. 100 d'étain.
Les. richesses minières de la Chine sont immenses. Le sel, les métaux, la houille sont répandus à profusion dans son sous-sol. Avec les quatre à cinq millions de tonnes d'anthracite ou de houille qu'elle produit actuellement, en dépit de TaménagemenL élémentaire de ses exploitations, elle occupe déjà le sixième rang dans cette industrie. Elle arrivera aisément au premier, le jour où elle aura adopté les procédés européens pour l'extraction de ces richesses souterraines. On évalue à deux cent cinquante mille kilomètres carrés l'étendue du bassin houiller du Szé-Tchouen: celui du Hou-Nan est presque aussi considérable et celui du Ghan-Si méridional, où la houille se trouve à fleur de terre, est aussi d'une grande importance. Von Richtofen a calculé qu'en supposant toutes les mines d'Europe et d'Amérique épuisées, l'Empire du Milieu pourrait encore suffire à approvisionner le monde d'anthracite pendant des milliers d'années. Encore est-on autorisé à penser que d'immenses gisements sont restés inconnus jusqu'à ce jour. Les procédés européens d'extraction ont tout récemment été introduits à Formose et dans le Peh-Tchi-Li. Partout
■ I. [NDITSTIIIK.
f ailleurs, le mineur chinois atteint !os c ' talion par le moyen de puits à, étages, i
sept mètres par des écljelles de liamboi
de ces puits descendent à. des profondeur
Les galeries sont soutenues en certai
(ouvrages en hois, mais plua sou-vent piliers de bouille ménages dans la ce L'eiilùvemeut des pn
de bambou, guidés pa .„ — „re.
L'imprimerie, telle rju'elle est usitée en Chine de temps immémorial, se résoud en une véritable gravure sur bois, — <juoii]ne les caractères mobiles aient été inventés par le foi'gei'on Pi-Cbing plus de cinq cents ans avant Gutenberg. Il les modelait en terre plastique, les durcissait au grand feu, puis les fixait sur des plaques de fer avec un ciment particulier. Ce procédé n'est jamais devenu populaire, et c'est aussi très exceptionnellement que l'empereur Kang-Hi, et plus tard Kien- Loung, ont fait fondre des types do cuivre ou de plomii pour les publications officielles. Le mode d'impression ordinaire, celui qui sert pour les classiques, les encyclopédies et les innombrables ouvrages h bus prix répandus dans toute la Chine, consiste en trois ordres d'opérations successives. On commence par tracer k l'encre et au pinceau, sur une feuille de papier mince et comme un manuscrit ordinaire, le modèle de la pai;e d'impression. Gela fait, on la retourne et on applique la face manuscrite sur un bloc de poirier ou de prunici' bien uni. La feuille sécbéo, on l'enlève graduellement par friction avec le doigt mouillé ; les caractères seuls restent marqués en noir sur le buis. On les isole au
moyen du ciseau, et l'on obtient une planche en relief sur laquelle on peut tii-er à la brosse autant d'^preuvOÇ qu'on le juge à propos. Les pages ainsi obtenues sont réunies, cousues, brochées ou cartonnées et livrées au libraire. Ce procédé n'est pratique qu'en Chine, oii l'usage exige qu'on imprime une seule face de la feuille; et où chaque caractère représente un ou plusieurs moWJ Mais il donne des éditions invariables, faciles à lire,' très peu coûteuses, et au total est parfaitement approprié à sa destination. Un volume de cent pages, représentant la valeur de trois ou quatre cents pages européennes, se vend en Chine de vingt à trente centimes. On peut avoir les neuf classiques pour deu.\ à trois francs, le grand dictionnaire de K.ang-Hi, en 21 volumes in-S°, pour ijuinze à vingt, l'Histoire des Trois Etats, en 21 volumes in-i2, pour cent sous.
Le meilleur papier de Chine est fait de Bbres de bambou trempées, pilées au mortier, réduites en pulpe et mises au moule. Les papiers inférieurs contiennent une plus ou moins forte proportion de coton, ou miîme en sont entièrement composés. Dans les provinces du Nord, où l'on n'a ni bambou ni coton, on remplace les matières premières par l'écorce d'une espèce de mûrier, pour fabriquer un gros papier d'emballage qui sert aussi pour garnir les fenêtres en guise de vitres. Mais le papier translucide de Corée est généralement préféré pour cet usage, que l'introduction du verre européen tend d'ailleurs de plus en plus à faire disparaître.
Des millions de Chinois vivent de l'industrie des transports par eau et de la pèche fluviale ou maritime. Les procédés qu'ils mettent en œuvre pour prendre et
couservur le poisson sont absolument les mêmes qu'en Eui'ope; mais il en est un qui leur est spécial : il consiste à se servir, en guise d'auxiliaires, de cormorans privés qui plongent sur un signal, saisissent leur proie et ia rapportent au maître. Chaque pécheur de rivière ou de lac en emploie généralement cinq ou six, qui l'accompagnent sur un radeau remorqué par sa barque. Il a soin de leur metij-e au col un anneau qui les empûche d'avaler le poisson et qu'il retire seulement pour leur permettre de prendre leur dioer, quand les pauvres bèlQS l'ont gagné par un ti-avail de plusieurs heures. Les pêcheurs du littoral maritime sont organisés par décuriea et centuries solidaires et soumis à des règlements très étroits; le tonnage de leurs baleaus, la quantité de sel qu'ils peuvent emporter pour saler le poisson, le nombre de jours consécutifs qu'ils ont le droit de passer à la mer, — tout est prévu par la loi. Chaque patron doit avoir son nom lisiblement écrit sur ses voiles ; il doit J'aii'e renouveler sa licence tous les six mois et reconnaître un chef responsable. Toutes ces précautions n'empêchent pas la piraterie et la contrebande de fleurir sur les eûtes de Chine; elles ont seulement pour effet do rempUr les poches des mandai-ios qui s'en font les complices.
n faut dire qu'ils ne sont peut-être pas les auteurs de ces règlements, tout en en profitant. L'association domine la vie induslricUe des Chinois. ELte se retrouve partout, et sous, les formes les plus imprévues. Non seulement les métiers se constituent toujours en véritables guildes, et il n'y a pas un maçon, un charpentier, ua tisseur, un forgeron, un médecin, un profosseufi
63 t-r MONDE CHINOIS.
— voire UD mendiant, — qui ne se rattache à une corporation Uiatincto et n'en reconnaisse l'autorité; mais dans la vie ordinaire, soit à la ville, soit aux champs, les Chinois s'associent constamment, d'une manière déûnitive ou provisoire, pour travailler, pour s'amuser, pour acheter et pour vendre, pour produire et pour consommer. Tantôt il s'agit de se procurer tin meuble, une vache ou un bateau; lanlùt, d'ouvrir un comptoir, de s'assurer contre le chômage ou la maladie, de se prémunir d'un beau cercueil, de se grouper en vue d'une mesure de police ou pour résister à un fonctionnaii'c puissant... Aussitôt une association se forme; elle choisit ses chefs; elle adopte ses règlements et les observe. Nulle part, l'esprit de coalition, en vue d'un but commun, n'est plus répandu, et nulle part la liberté d'association n'est plus complète,-
Le gouvernement chinois ne demande qu'une chose à, ces sociétés, c'est de n'être pas secrètes et de pas avoii' de visées politiques. Encore ne se montre-t-il sévère que s'il s'agit des deux puissantes associations connues sous le nom de la Triade et des Brûleurs d'encens. La première de ces sociétés secrètes a joué un grand rôle dans l'insurrection des Taï-Pinget dans divers autres mouvements survenus depuis le commencement du siècle. Répandue par toute la Chine, connue dans le Nord sous le nom de Sociélé du Nénuphar, dans les provinces maritimes et dans l'archipel indien sous celui de Société de la Triade, ailleurs sous d'autres noms encore, la Ligiie du Thé pur, l'alliance des Trois Précieux, le Ciel, la Terra eli'Bomme, etc., elle paraît avoir été principalement dirigée contre la domination Mandchoue, tout en
l'industhfe. 63
f inscrivant sur son programme diverses réformes religieuses ou sociales. Des mesures 1res rigoureuses ont été portées contre elle au répertoire des lois de l'empire, en 1845 d'abord, puis en 1868, après l'écrasement définitif des-Taïping. Aussi, depuis cette époque, n'a-t-on guère L entendu parler de la redoutable société. Mais son orga- [ nisation étail si forte, et le nombre de ses adhérents si Lgrand, que selon toute apparence elle, subsiste encore, fprobablement sous des noms multiples et sous des t dehors variés. L'aasocialion secrète des Brûleurs d'eiieens, où l'on a voulu reconnaître une branche de la Franc-Maçonnerie, à cause de quelques analogies de procédure et d'esprit, est plus paciflgue dans ses visées que celle de la Triade. Elle est également composée 1 d'adversaires de la dynastio Mandchoue, et très mal [ vue du monde officiel. On ne lui permet ni d'élever des temples ou des lieux de réunion, ni de se produire en corps dans les rues ou d'exhiber ses insignes. Mais en dépit de ces restrictions, elle se maintient vivace au cœur de la société chinoise et peut-ûtre y jouera-t-elle quelque jour un rôle important, dans le sens du progrès et des réformes.
LE MONDE CKIN(
- L'éducation et les sciences.
L cducation d'un petit Chinois commence à six ou sept ans sous un maître élémentaire. Il est rare que le père se charge de ce soin; guMit à la mère, elle ne pourrait même pas le plus souveiit lui apprendre à lire. Cette éducation ne se compose pas seulement des premiers éléments de l'instruction, elle inculque à l'enfant des principes parfaitement définis de morale, de propreté personnelle, de politesse, et s'applique surtout à lui donner des habitudes de travail méthodique. L'école est ordinairement une salle fort simple que le mattre prend à loyer pour cet usage, et où il réunit une vingtaine d'élèves. La rétribution qu'ils lui payent varie de 2 à 5 fr. par mois, selon sa réputation. Il arrive aussi que cinq ou sis familles aisées, habitant le même quartier, se réunissent pom' assurer à leurs enfants l'attention exclusive d'un précepteur. Ces maîtres élémentaires sont eu général des candidats malheureux qui n'ont pu réussir à obLenir au concours l'accès des fonctions publiques, et qui se rejettent sur l'enseignement public ■comme sur une ressource suprême. Dans les villages, la rétribution scolaire ne dépasse pas 5 ou 6 îi: par an, mais elle se complète alors d'offrandes en nature.
l"édcc4tion et les sciences. 65
Quand le chois d'un maître a été arrêté, l'étiquette chinoise, respectueuse des droits de la science, esigo que les conditions pécuniaires soient traitées et arrêtées entre la famille et l'instituteur par l'intermédiaire d'un ami commun. On signe alors un contrat, et cet événement capital dans la vie de l'enfaut est cêléhré par un grand dîner, suivi dans les maisons aisées d'une représentation théâtrale. L'élève se présente alors à l'école muni d'un présent en argent pour le maître et d'une carte de visite signée par son père ou son tuleur. Il commence par saluer l'autel de Confucius qui préside à toutes les études, puia^vance vers le maître et lui offre son hommage avec s'a carte de visite et son présent. Enfin il prend place au pupitre qui lui a été réservé. L'anniversaire de la mort et de l'inhumalion de Confucius, celui de la mort et de l'inhumation de Tsong-Kit, l'inventeur des lettres chinoises, sont des jours de congé, avec quelques auli'es fêtes nationales : comme chez nous, il y a des vacances à l'occasion du premier jour de l'an et en automne. La férule est fort en honneur dans les écoles chinoises ; elle est en bambou et le maître s'en sert avec une grande libéralité.
La méthode suivie dans ces classes ressemble beaucoup à celle qui est en usjige chez les Arabes. Elle consiste essentiellement à faire répéter à haute voix et en chœur à tous les élèves deux ou trois versets du rudiment, jusqu'à ce qu'ils les sachent sans faute. Cerudimcnt ou B Trimètre classique n se compose de mille soixantehuit mots et de cinq cent trente-quatre caractères aiTangés sur cent soixante-dix-huit Hgnes doubles. Il enseigne que l'homme est naturellemeuV. \iûîi. -ïïVMa
n6 LE MONDE CHINOIS.
fatalement vouii à devenir mauvais s'il ne s'applique pas à l'étude, fait ressortir rimportancc des devoirs filiaux et fraternels, et conclut par une sorte de programme des matières dont la connaissance est indispensaMe, accompagné d'une liste des lirres nécessaires et d'un résumé de l'histoire nationale.
Quand l'élève s'est bien assimilé ce rudiment, il aborde de la môme manière l'étude du t Livre àes noms f qui le familiarise avec les désignations de clan ou famille les plus répandues, et en m()me temps avec quatre cent cinquante-quatre substantifs d'un usage fréqugnt et qu'il importe de distâguer, dans l'écriture, (le tous leurs analogues phonétiques, Enfin il an^ve au « Millénaire classique h, ou « Livre des mille mcW, » ([ui l'inilie à la connaissance de mille caractères d'écriture, ayant tous un signe distinctif et une signification spéciale. Chacun de ces livres s'attache à puiser ses commentah'es ou ses exi'mples dans l'histoire nationale et à esciter l'émulation do l'enfaiil, en lui montrant toujours l'homme studieux arrivé par le travail aux plus hautes fonctions de l'État.
Quelques exemples pourront donner une idée du Thsien-Tsen-cn ou Livre det mille mou :
o 1 à 4. Thi'en, ciel; hîouen, bleu; t'i, terre; hoang, jaune. Le ciel est bleu, la terre est jaune.
« 5 <i 8. Tu'lcheou, l'univers; hong , vaste; hoang, désert. Au commencement du monde, l'univers était vaste et désert.
« 9 à 12. Ji, soleil; youeï, lune; ing, plein; tse, décliner. Quand le soleila dépassé le point de midi, il décline
L EDUCATION ET LES SCIE^CËS. t>7
Evers le couchant; quand la lune est dans son plein, elle
f décroît.
1 !3 à'16. Chin. mansions (solaires ei lunaires); sieoii, constellations; lie, ranger; tchang. étendre. Les mansions célestes ont une place marquée; les constellations sont répandues dans le ciel.
■ « 249 à 252. Uiao, doué de piété filiale; ian^, il faut; kie, épuiser; li, force. Un fils, doué de piété filiale, doit faire tous ses efforts pour servir ses parenls.
u 401 à 408. Kien, ferme; tcki, tenir; yn, droit: thsao, résolution; hao, beau; ihsio, fonction publiijue; iseu, de s(^-méme; mi, lier. Si vous tenez fermement une résolution droite (c'est-à-dire si tous persévérez dans une conduite vertueuse), de brillantes charges vous arriveront d'elles-mômes.
1 905 à 90S. Tchou, tuer; tchan, décapiter; ise, brijgand; lao, voleur. On tue et l'on décapite les brigands t les voleurs.
i 997 à 1000. Yen, particule finale; Isaî, particule de [doute ou d'admiration; hou, particule interrogative; IP, sorte de point ilna!.
1 Explication des noms propres :
< Li. beau, gracieux; kiang , fort; she, encre; hoa. Heur ; kouang, grand, vaste ; khi,- soie mince ; tsin, dompter; /ia«, margelle d'un piiits;T/en, oie;f/n', pierre; kiu, grand; kiun, juste, etc., etc... »
Julvant les a nnales des Liang, Tcheou-Hi&t^-Sfift.,
l'auteur du Livre des mille mois, était surnommé Sae- Houan. Il était né à Hiang, dans l'arrondissement de Tchin. L'empereur ayant choisi mille caractères différents dans l'ouvrage de Wang-I, célèbre cailigraphe, ordonna à Hing-SHe'de les classer de manière à en faire un texte suivi et de les mettre en vers, Apri'a avoir pris connaissance de ce travail, il en fut extrêmement satisfait et récompensa Hing-Sse en lui donnant de l'or et des pièces de soie.
On lit d'autre part dans le Thaï-Ping-KouatiQ-Ki ou Encyclopédie chinoise :
a L'empereur Wou-Ti de la dynastie des Liang (503-549 de notre ère), enseignait lui-môme à écrire aux jeunes princes de sa famille. Il ordonna à In-Tie-Ghi de calquer dans l'ouvrage de Ta-Wang (le même que "Wang-II, mille mots différents sur autant de morceaux de papier séparés, puis de faire disparaître leur disposition primitive, en les brouillant pèle-mèle. Après quoi, l'empereur appela Hing-Sse et lui dit :
« — Excellence, comme voua avez du talent et de l'imagination, je vous prie de mettre en vers ces mille caractères.
« Hing-Sse s'acquitta de ce travail en une seule nuit, mais tous ses cheveux devinrent blancs. L'empereur lui accorda de riches présents. »
Cet ouvrag n'a pas cessé, .depuis douze cents ans, d'être le premier livre élémentaire qu'on met aux mains des petits Chinois, Il leur sert pour apprendre en môme temps à lire et à écrire.
D'autres livres qui parlent par des illustrations sont dans toutes les mains. Tel est le Cheng-V-Siang-chaï ou
L EDUCATION ET LES SCIENCES, bg
Livre des saints préceptes impériaux. Ces préceptes sont tirés d'un ouvrage publié par ordre de Kang-Hi, le second souverain de !a présente dynastie : il se rapportent à l'Amour filial, à l'Amour fraternel, à la Paix avec les voisins, aux Travaux agricoles, à rÉconomie, à lïraportance de l'Instruction, au Devoir de payer les Taxes, etc.
Voici, pris au hasard, quelques-uns des sujets illus-
— Tun-Fou, se repentant après une vie de désordres, demande à un prêtre comment it pourrait faire pour voir le Bouddha face Ji face. Le prêtre lui dit : a Retournez chez vous, et vous le verrez sous la forme d'une personne en pantoufles et vieux manteau. » Yun-Fou revint chez lui et aperçut aa mère dans le costume susdit. Dès lors il fut un modèle de piété filiale.
— L'empereur Ming, de la dynastie des Tang, met le le feu à sa barbe en préparant une potion pour son frère malade; en dépit des prières de ses serviteurs, il persiste à achever l'opération,
— La belle et vertueuse veuve Chan, après avoir coupé ses cheveux pour se débarrasser de rimportunilé des prétendants, finit pai se couper le nez pour atteindre plus sili'ement ce résultat.
— Liang-Hong témoigne le plus grand respect et la plus tendre affection à sa femme Woung-Kouang, devenue vieille et laide,
— Un fils dévoué, arrivé aux plus hautes dignités dp l'Etat, lave en personne le linge de son vieux père,
— Le prince Woun-Wan (de la dynastie des Ghaout .
nliiil un si bon lîls, qu'il ne manquait pas d'aller diaque jrmr à la porte examiner les prOTisions de bouche deslinées à son pcre, avant de les laisser entrer.
— Pang-Yuen sert sa belie-mère (preinière épouse de son père), avec plus do respect encore que sa propre mrre (seconde épouse).
L'éducation primaire se complète par la lecture du Riao-King ou « Canon du devoir filial «, qui est un abrégé des conversations de Confucius avec son disciple Tsang-Tsan, et du Siao-Hiok, qui traite des devoirs j;énéraux et rappelle les dires et les préceptes des plus f:rands sages de la Chine.
Ces préceptes, le flla de Han les retrouve à chaque pas, au cours de sa vie, sous îbrrae de tablettes, de devises accrochées, suspendues, affichées partout où il y a un mur, une place vide, un plafond à décorer. L'Empire du Milieu devient ainsi une vaste bibliothèque yi'atuile, un ctdpssal musée d'inscriptions publiques, comme devraient l'être tous les pays civilisés. Et le respect naturel du Chinois pour la parole écrite est si grand que co respect s'étend jusqu'au papier imprimé, le lui fait traiter avec soin, presque avec religion, partout où il le rencontre.
C'est seulement après avoir suivi ce cours d'études élémentaires que l'enfant destiné à une éducation plus complète peut entrer dans un collège. On en trouve dans la plupart des villes. Ces établissements peuvent hahituellement donner place à deux cents élèves, instruits par ti'ois ou quati'e professeurs. On y apprend l'art de la l'omposition et pai'-dessus tout celui de la calligraphie, ijxlraordinairement important dans une langue où des
Lnnric*Ti3N et les sciencf.s. -t
milliers de nuances inesp rimailles de vive voix trouvent leur espression dans l'écriture.
Il y a six écritures chinoises différentes : la plus élégante et la plus usuelle porte le nom de kiai-ekou; les autres sont l'écriture primitive, dirertement dérivée de r hiéroglyphique; l'écriture ofScielle ou (c chou ; l'écriture cursive, employée pour les notes et billets sans importance; le imou-lzé, qui est une sorte de sténographie rudimcntaire; cnQn !e sung-li, qui sert seulement en imprimerie. L'importance que les Chinois donnent à l'écriturc! s'explique dans une certaine mesure par les difficultés mâmea de cet art, qui devient sous leur pinceau un véritaLle dessin graphique; il s'explique aussi par li's intentions et les unauces qu'ils mettent dans leur calli-
raphie. A tort ou àTaison, le sens de ces nuancfis raprimées par un trait ou un accent, nous manque ffltièrement. Il y a là un développement esthétique at oriental, et que le lettré de la Revue des Deux-
mdes, Tcheng-Ki-Tong, a fort bieif^ expUqué. C'est le, pour le dire en passant, à peu près la seule partit! de son apologie qu'il soit possible d'accepter sansréserves. Après avoir résumé les règles minutieuses que les callî graphes chinois donnent h leurs élèves pour leur apprendi'e à tracer les pleins et les déliés, il ajoute : a Ll's traits qui se croisent en tous sens.,., toutes ces lignes droites, courbes, expriment et représeatent les tour.î multiples de la pensée avec tout le fini d'une œuvre artistique, 11 y a daus cette méthode d'écriture un avantage qu'on ne peut constater en Occident que pour les langues parlées. Aux yeux des Européens, la beauté d'uui; langue l'éside dans le sou, et il n'eat pas rare d'entendre
^2 LE MONDE CHlNOrS,
vanter l'harmonie d'un mot ou même d'une phrase. Mail ces manières d'être des mots ne se représentent pas p^ l'écriture. Les mots sont muets et n'ont que des relationsorthographiques. L'énergie ou la douceur des lettres ne modiflei-a en rien le sens d'un mot : il aura toujours la même valeur, ot, s'il en change jamais, ce sera par ua artihce de style... Si iid auteur parvient, à force d'habileté et de bonheur, à trouver un tour particulier qui satisfera l'esprit, il emporte avec lui son secret, et quiconque voudi'a s'en servir ne sera qu'un plagiaire. Nous, nous ne perdons pas ainsi nos trésors ; nous les coasef-. vons ; ils vivent dans nos caractères, et, une fois cvéési , ils font leur tour de Chine... L'orateur est au-dessus de' l'écrivain : Pourquoi? Parce que la vie est dans le son. Eh bien ! c'est cette vie qui réside dans les signes de notre écriture : ils ont non seulement un corps, mais une âme qui peut leur donner la chaleur et le mouvement. » On s'expUque, après avoir lu ces lignes, que le letti-é chinois soit avant tout nn caUigraphe et quG dans la littérature romanesque des Fils de Han, le héros soit toujours un jeune docteur possédant le talent d'écrire en caractère impeccables, avec la rapidité de la pensée. Si, chez nous, le style c'est l'homme même, chez les Chinois, c'est l'écriture qiii est le style.
Dans quelle proportion les Chinois des diverses classes participent-ils à. l'éducation primaire et classique? C'est ce qu'il est à peu près impossible de savoir. Les témoignages sur ce point varient absolument selon les milieux où se sont portées les recherches. Il est certain que dans les villes l'instruction élémentaire est beaucoup plus n^paDâue que dans les campagnes-, mais il n'çat pas
l'éducation et les SCIKNCES. yS
moins certain que, là comme ailleiu'S, des millions de Chinois sont absolument illettrés. A Macao, il paraît que la moitié des habitants sait lire; ailleurs, c'est à peine si la proportion des hommes qui ont reçu l'instmctioa primaire est de vingt, de dix, et même de cing et de deux pour cent. Il est assez cui-ieux que nulle part l'enseignement élémentaire ne comprenne ni arithmétique, ni géographie, ni sciences naturelles. Cela montre bien la priorité que !e législatetu- chinois a toujom's donnée, dans l'éducation, à la morale pratitfue. Quand un jeune homme se destine au commerce ou k tout autre profession nécessitant la connaissance des nombres et de leurs propriétés, il a recours à un répétiteur qui lui explique ces mystères.
11 va sans dire que la préparation ans examens et concoui's qui ouvrent l'accès des fonctions publiques nécessite des études spéciales. Ces études se font, soit sous la direction de maîtres particuliers, soit dans les écoles supérieui'es étabhes à cet efîet aux principaux chefs-lieus.Ilya quatre degrés universitaires qui confèrent (les droits et privilèges à celui qui les a obtenus. Celui de siou-tsai ou « talent dans sa fleur », qui est le premier et répond à notre baccalauréat, exempte son détenteur de toute peine corporelle el lui donne accès aux concours triennaux du second degré. De tout temps on a pu s'en procurer le diplôme au pris d'un miUier de fraacs, et, dans les dernières années, le prix est tombé à deux ou trois cents. Le concours pour le second degi'é ouftu-jin, qui a lieu simultanémeut tous les trois ans dans les dix-huit capitales de province, est biia.\i.ç.Q\x\, p,lua«éiieux et suppose chez ceux qm ea îOï\«ft\ ^^œ.-
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queurs une réelle culture. 11 répond, si !'on veut, à notre licence. Le troisième degré, de tsin-zê ou docteur, s'obtient également au concours, mais seulement à Pékinj. où la lutte s'ouvre tous les trois ans entre les licencièB." EnflD, le degré supérieur, de /ian-/m ou académicioa^ i est plutôt un offlce, car ceux qui l'atteignent, toujourfij au concours, ont une fonction définie dans l'État et reçoivent un salaire à ce titre- Tous ces concours portent d'ailleurs exclusiveméci^ sur les Uvï^s moraux que le lettré chinois lit et reKt sans cesse, dont il approfondit le sens et qu'il se met en élat de réciter ou d'écrire de mémoire : La grande étude, l'Invariable milieu, le Livre de l'obéissance filiale. Il est exactement, à cet égard, dans l'état mental des lettrés occidentaux du moyen âge, qui no sortaient pas d'Aria- „tote.
Ed. Bipt a porté sur l'ensemile de l'instruction publique en Chine, un jugement des plus justes ; « L'enseignement chinois, dit-il, est h. la vérité fondé en principe Bur la lecture et l'explication d'un petit nombre de textes anciens, et, en cela, il est proprement littéraire. J[ais il a, en outre, un caractère intellectuel, résultant de ce que ces. textes sont considérés comme contenant tous 1( les documents essentiels delà morale, de la philosophie ot de la législation, en un mot l'ensemble des droits et des devoirs. Sans doute, le choix d'une pareille étude, comme épreuve des esprits, a de quoi surprendre, lorsqu'on voit que lesonvrages qui en sont l'objet sont écrits,' dans une langue différente de l'usuelle, sans caractères alphabétiques, d'une structure imparfaite, dénuée i formes grammaticales rigoureusement définies, et, par
r. FDt'CATlON F.T I
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cet ensemble de circonstances, peu accessible à la masse de la population. Aussi la compréhension complète de CBB textes classiques ne s'acquiert-elle que par de longs Torts dont peu d'individus sont capables. Mais la double 'Acuité qu'il faut vaincre pour les lire et pour en bien 'ÎJénétrer le sens ou les applications est supposée exercer au plus baut degré los div6i"ses facultés de l'esprit chez ceux qui les étudient. Aussi l'inégalité de leur succès, constatée par des concours réguliers, sert-elle comme une sorte de caractèra spécifique pour marquer la portée de leur intelligence et désigner le rang que chacun peut légitimement atteindre daiis los emplois publics, pour l'utïlité de l'État. . . Cette adoption du savoir classique comme critérium universel de la capacité des candidats... a substitué les droits viagers de la classe lettrée aux privilèges héréditaires des lamillcs nobles, qui ont eu aussi leur époijue de puissance exclusive en Chine, comme dans notre Europe et dans tous les autres pays du monde. Elle a eu pour effet, ou au moins pour but, de grouper les plus fortes intelligences autour du souverain. »
La tournuro d'esprit toute pratique des Chinois leur inspire un profond dédain dos sciences abstraite*,- et, par une conséquence naturelle de ce dédain, ils ont fait peu de progros dans les sciences appliquées. C'est surtout ea comparant leur civilisation à la nfttre qu'on peut se rendi'e compte de l'importance des méthodes fondamentales et de l'immense service que les penseurs de notre dix-septième siècle ont rendu à l'humanité.
Le système d'arithmétique des Chinois est le décimal. Mais, comme leurs chiffres ont une valeur absolue et non
Ipoin serv a-t-( ou Si mol) rése:
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point relative à leur place, il est fort difficile de s'en Bervii" pour marquer les pJiases d'une solution. Aussi a-t-on le plus souvent recours à une machiue à compter, ou soMaw-pan,composée d'un cadre daus iequel des lialles mobiles glissent sur des tringles. Une de ces tringles est réservée ans unités, l'autre aux dizaines, la troisième aux ceutaines, etc. L'usage de cet appareil est assez commode pour les calcula très simples, mais ne peut guère être d'un grand secoui-s aux savants. 11 semble pourtant que les Chinois s'en soient contentés jusqu'à l'époque où ils ont été initiés aux chiffres et aux méthodes que les Européens tiennent des Arabes. Il y a maintenant en Chine des traités complets sur toutes les branches des mathémati({ues. La géométrie y était connue dès la plus h^pte antiquité. L'algèbre est venue de l'Inde. Les beaux travaux de Schlegel ont établi, il y ii dix ans déjà, que l'astronomie primitive est bien originaire de la Chine, et qu'elle a été empruntée par les anciens peuples occidentaux à la sphère chinoise.
L'année de l'Empire du Milieu est lunaire, mais le commencement en estréglé par le soleil. Les astronomes qui l'ont déterminée divisent le zodiaque, ou fioute Jaune, en vingt-huit constellations, ou u domiciles lunaires », dont les signes n'occupent pas des espaces égaux, mais des "lots inégaux de 1 à 31 degrés. Il semble que la connaissance des cieux, au lieu d'avancer en Chine depuis les temps préhistoriques, n'ait fait que réti-ograder; car les Fils de Han de nos jours se font sur ce sujet les idées les plus puériles. Il» croient que la terre est une surface plane, mesurant en tous sens mille cinq cents milles, et qu'autour d'elle le .soleil, Lt lune