L'EDUCATION ET LES SCIENCES. S
viscères. Des théories diverses ont cours sur ia nutrition et les fonctions générales ; mais elles se rattachent toutes à des rapporta plus ou moins bien définis de ces fonctions avec les cincj métaux, les couleurs, les saveurs et les planètes, sans oublier le yin et le yang, ou principe mâle et principe femelle, qui dominent la philosophie naturelle des Chinois.
^a médecine, c'est le pouls, tâté à différentes places, qui règle tout. On croit qu'il peut indiquer jusqu'au sexe d'un enfant à naître. Les pulsations du poignet gauche, par exemple, révèlent à une main exercée l'état de l'intestin; celles du coude, l'état des reins; celles du poignet droit, l'état du poumon et de l'estomac, etc.. La maladie est toujours due à l'état d'hostilité des deux principes yin et yang, à la présence des humeurs peccantes ou à l'influence des mauvais esprits. Pour combattre ces causes, il importe d'appliquer le remède à l'endroit particulier de la peau qui leur correspond; aussi la sui-face du corps est-elle décrite avec le plus gi'and soin et les instructions thérapeutiques sont-elles ijours très minutieuses.
Comme toujours, d'ailleurs, les Chinois sont beaucoup plus avancés daus la pratique médicale que dans la théorie. Leurs traités contiennent sur ce point, à cûté d'un fatras de prescription.s cabalistiques, une masse imposante de faits expérimentaux où nos savants ■mêmes pourraient trouver à glaner.
Lockhart a traduit un traité chinois d'obstré trique qu'il considère comme un véritable chef-d'œuvre. D'autres travaux pathologiques, signalés ou analysés par Dabrr. dénotent une grande flnease d'observation et
parfois une véritable éi'udition. Il semble que l'art de guérir soit en pleine décadence dans le Céleste-Empire depuis que le collège médical de Pékin ne fonctionne plus comme corps enseignant. Ses membres, qui étaient jadis désignés au concours, achètent maintenant à beaux deniers comptants leurs privilèges et distinctions. Aussi la pratique de la médecine est-elle tombée aux mains des prêtres et des empiriques de toute catégorie. Les classes pauvres ne connaissent comme guérisseurs que les charlatans de la place publique. Quant aux familles riches, elles s'adressent naturellement aux médecins en renom, mais ces médecins ne sont guère, pour la réalité des connaissances, au-dessus de leurs humhles confrères. Ils ont au moins-,' paraît-il, la franchise d'avouer leur impuissance quand le cas leur semble désespéré : il n'est pas rare alors de les voir oïanjiner avec l& famille assemblée, en présence du malade même, s'il ne conviendrait pas de consacrer à l'achat d'un beau cercueil le prix des médicaments jugés inutiles.
L'art de la pharmacie est en effet très florissant, autant qu'il peutffiStre du moins chez un peuple sans aucuue notion de xmysique ou de chimie, et la matière médic^de est assez riche, Debeaux, gui l'a étudiée sur place, dit que l'apothicaire tend de plus en plus à remplacer le médecin dans le Céleste-Empire. La tenue irréprochable de l'ofiicine, la prévenance et l'empressomeiit du chef de la maison, les soins minutieux ajiportés dans la préparation des médicaments, enfin le bon état des di'ogues et des plantes usuelles sont des motifs plus que suffisants pour expliquer la foule des clients qui se pressent dans les pharmacies de Chang-Haï et de Tien-Tsin. Les Chinois
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admet tout comme base de leiu' thérapeutiijue un pi'iiicipe
qu'ils appliquent à tout, c'est qu'il n'y à rien d'iiiulile à
l'homme dans la nature. Aussi recherchent-ils toutes
sortes de matières organiques, même les plus dégoù-
, iantea.pom'encomposerdes médicaments. Les minéraux,
I. les ossements fossiles, les détritus de tout ordi'e, entrent
pdans leur pharmacopée. Mais, par une conséquence lo-
I gique de cet empirisme éclectique, ils donnent beaucoup
I de soins à la cueillette des simples et obtiennent souvent
d'excellents effets de leur emploi.
Au total, on peut dire sans inj nstice que si les Chinois
r sont des lettrés, ce ne sont pas des savants, au sens
moderne. Leur antique civilisation a pu rassembler de
prodigieux catalogues de faits, inventer et perfectionner
) presque tous les arts, arriver dans la pratique à des
f résultats parfois surprenauts. Elle n'a jamais su s'élever
I Jusqu'à la généralisation et former le corps de doctrine
V scientifique d'où sont déjà nées en Occident tant d'ad-
l mirables applications, et d'où tant' d'autres, encore in-
fc'eonniies, doivent nécessairement sortir. ^