‹ Le monde chinoisChapitre 16 sur 49 · LA RENAISSANCE PRESENTE · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE PRESENTE

tion européenne constituait pour leurs flis une véritable fortune. Tout candidat qui avait la moindre teinture des arts occidentaux obtenait rapidement un emploi lucratif ci voyait grandir sa position sociale. La mode se répandit d'envoyer les jeunes gens en France, en Angleterre ou en Amérique pour s'initier à ces arts. Le gouvernement chinois favorisa ce mouvement en accordant deé bourses de voyage et d'études à l'étranger. Un premier détachement do trente élèves fut envoyé en septembre 1872 ans États-Unis; de nouveaux contingents de même force suivirent le premier d'année en année. Tous ces jeunes gens passaient guatre ana en Amérique, de manière à maintenir constamment à l'effectif de cent vingt le nombre des boui'siers que le gouvernement chinois y entretenait. Us étaient répartis entre les principales villes du Connecticut et du Massachusetts, oii ils suivaient d'abord des cours d'arithmétique, d'algéhre, de géographie,, de dessin, d'histoire, de grec, de latin et d'anglais; puis ils entraient dans les écoles techniques ou les universités pour y poursuivre leurs études. Des contingents égaux ,ou même supérieurs de boursiers chinois étaient envctyés à Paris, à Londres et plus tard à Berlin. Mais bicntùt on reconnut les inconvénients de ce système. Les jeunes gens qui en bénéficiaient étaient naturellement portés à négliger l'étude de lecr langue maternelle; ils se trouvaient comme étrangers dansleur pays quand ils y revenaient et se voyaient débordés dans les concours par les concurrents sédentaires. Aussi y a-t-il maintenant une réaction en faveur d'une éducation européenne reçue en Chine même. Sans cesser d'envoyer des boursiers aa dehors, le

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gouvernement de l'Empire de Milieu a institué des écoles supijrieures ou techniques à Pékin, à Chang-Haï, à Canton et à Fou-Tcheou. Chacune de ces écoles compte , une quarantaine d'élèves. Le collège impérial de Pékin, placé sous la direction d'un anglais, le docteur W.-A.-P. Martin, en compte cent, tous hoursiers de l'Etat et destinés à son service. Le corps enseignant se compose de onze professeurs, dont sept étrangers et quatre chinois.

Pour donner une idée de l'activité qui y règne, il suffira de dire que le collège possède sis presses, constamment occupées à impi-imer les traductions de Uvres de science français, anglais et allemands, ausquellesmaîtres etélèves consacrent une partie de leur temps. Il n'est pas douteux que, sous l'iûûuence de cette diffusion des idées occidentales, les collèges d'examinateurs des départements et districts ne se transforment très rapidement en véritables facultés enseignantes. C'est une question de temps, et il suffira pour accomplir cette révolution ' que les élôves-d'aujourd'hui soient à leur tour devenus . des maîtres.

Le système du concours pour l'admission aux fonctions puhliques semble destiné à produire tous ses fruits quand l'influence grandissante de la science occidentale l'aura déflnitivcmentpénétré et animé d'un nouvel esprit. Nous verrons alors un million d'étudiants chinois s'appliquer aux études scientifiques avec l'ai deur qu'ils apportent actueliement h leurs travaux littéraires.

Enl875, le vice-roi dii Fo-Kien, présentement membre du cabinet impérial, proposa d'instituer un concours en mathématiques. Sa proposition ne fut las adoptée;

LA HENÂISSANCE PHÉSENTK. Sy

mais, quelques jours plus lard, elle fut reprise sous une forme nouvelle c'est-à-dire avec l'adjonction des sciences physiques, par Li-Hong-Tchang, le gouverneur de la province métropolitaine. Quand cette innovation sera définitivement entrée dans les mœurs, elle ne tardera pas à opérer un changement profond à la hase môme du système, et les conséquences de celte révolution inlellectuelle ne sauraient être mesurées à l'avance.

Un des organes les pins actifs de cette rénovation est l'office de traductions établi à l'ai'senal Ki-Nay-Nan, à Chang-Haï, sous la direction de M. John Fryers. Depuis sept ou huit ans, cet office a déjà traduit en chinois la plupart des livres européens d'une importance réelle. G'esi ainsi qu'en mars 1881 M. Fryers pouvait annoncer à Tyndall que ses a Notes sur la lumière i- venaient d'être livrées à l'impression et que les jeunes traducteuîB chinois étaient déjà à l'œuvre sur » La chaleur, mode Se mouvement t et sui' les « Notes on électricité ji. L'arsenal de Chang-Haï, dont relève ce 'bureau de traw duction, est un grand établissement pour la construc- (tion des navires de guerre, la fonte des canons et la Imbrication des armes. Il emploie environ 1500 ouvriers, tous chinois, à l'exception d'une demi-douzaine de directeurs et de spécialistes. Cet établissement s'est très rapiîeroent développé et parait destiné à conserver longtemps l'appui et la protection du gouvernement. Un rapport officiel du Ministre des États-Unis à Pékin, adressé au cabinet de Washington, donnait à ce sujet, il y a M B^uatre ans, les détails que voici ; V

^ft « Je savais qu'une école d@ sciences et un départe- ■ ^HSQCiit des li-aductioQS faisaient partie du plan général ■

de cetLo institution; mais j'étais loin de penser que les travaux de ces traducteurs étaient déjà poussés aussi activement. Il résulta des notes de il. Fryers qii'Tin nombre considérable d'ouvrages techniques ont déjà été traduits et que le zèle des Chinois employés à ces travaux donne de grandes promesses pour l'avenir. Je veux seulement faire remarquer à ce propos l'activité présente déployée par les Chinois pour se mettre au courant de nos sciences. Voua savez qu'environ 120 jeunes gens sont actuellement entretenus aux frais du gouvernement de Pékin dans les collèges et universités des Etats-Unis ; près de 200 autres sent au même titre en Europe, A Pékin même, le collège fondé par le docteur Martin fait de très grands progrès. A Fou-Tcheou, il y a une école -des sciences dépendant de l'ai-senal, et une autre à Canton. Tous ces établissements sont subventionnés par le gouvernement. »

Rien n'est mieux fait assurément pour donner aux Chinois une juste idée de la culture occidentale que ces traductions d'ouvrages scientifiques, entreprises sous la direction de M. Fryers. Sous ce rapport, son œuvre est probablement la meilleure qu'on pût entreprendre. Il l'a complétée parla fondation d'un journal scientifique, le Chinese scientific Magazine, qui compte déjà, paraît-il, plus d'un millier d'abonnés. Ce n'est pas la seule publication qui se soit fondée en Chine sous l'influence des idées européennes: Deux grands journaux politiques, le CÀun-Pao et le ffii-Pao, sans compter quatre ou cinq autres Se moindre importance, s'impriment actuellement en chinois sur le littoral et commencent à pénétrer dans ^nlérieur. Le Chun-Pao a publié pendant toute la durée

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