‹ Le monde chinoisChapitre 18 sur 49 · VIII. — L'histoire · texte numérisé non relu

VIII. — L'histoire

Que sait-on communément eu Europe de l'histoire de i Chine, et qu'en apprend-on dans nos écoles? Rien ou resque rien. Le fait est d'autant plus surprenant, — et

Loi

d'un Niebuhr, et y tiendra le môme rôle que la langue mandarine occupe déjà dans la linguistique:

Cette hisLoii'e du Royaume-Fleuri, comme celle de tous les peuples, a sa période fabuleuse, sa période légendaire et sa période positive.

■ I>a première se confond avec la cosmogonie chinoise et avec Ibs migrations de races, probablement venues de la mer Caspieane, qui formèrent sur le Qeuve JauSe le noyau de l'Empire. Le personnage central de cette ère est le ûls unique du Chaos, Pouan-Kou. Armé d'un ciseau et d'un maillet, ce Titan sculpte le relief du monde sublunaire et lui donne sa physionomie présente. Il travaille dis-huit raille ans à cette œuvre colossale, et à mesure qu'elle avance, son propre corps grandit de sis pieds par jour. Il linit par s'absorber dans sa création. Sa tôte se transforme en montagnes, ses muscles en champs labourableSj sa barbe en étoiles, ses oa en métaux, et la vermine dont il est couvert donne naissance aux hommes. Dès lors, l'histoire suit son cours.

La période légendaire s'ouvre avec Fou-Hî, dont le règne commence 167 ans avant le déluge biblique, 872 avant la première dynastie égyptienne, 1022 avant l'établissement de l'empii-e assyrien, 3322 avant l'ère chrétienne (Legge). Fou-Hi occupe le trône pendant cent quinze ans, selon la coutume des patriarches de ce temps. 11 a sept successeurs, élus au suffrage restreint hommes les plus sages de la nation, Chin-Noung, qui règne cent quarante ans, Houang-Ti, Chaou-Aou, Chouen-Ou, Kou, Yao et Choun, qui régnent de cinquante à cent deux ans.

Avec Yao et surtout avec Chouu, qui. aïïWti a.\i. \,\^fv«.

en 2255 avant Jésus-Christ (cent deus ans avant la naissance d'Abraham), nous entrons dans la période positive. Le plus ancien livre de la Chine, le Chu-king, donne à la biographie do ces deus souverains, les derniers soplis de l'élection, une place considérable. Mais c'est avec YQ-le-Grand, fondateur de la première dynastie, eu 2205 avant Jésus-Chrisl, que commencent les va»ilables anna^ de l'Empire. Ces annales traitent à peu près exclusivement des faits et gestes de l'empereui', sans donner aucun détail sur la condition des peuples, mais n'en constituent pas moins un trésor inestimable. Elles furent résumées pour la preaiière fois par Szma-Tsien, au deuxième siècle avant Jésus-Chrisl, d'après leaiAret de Bambou et le Livre des Souvenirs. On possède l^ataiogue, di-essé alors par Pan-Kou, de treize mille deux 1 cent dix-neuf de ces ouvrages. Gomme le remai-que Pauthier, que no donneraient pas les historiens et les philologues de l'Europe pour avoir un document pareil sur la littérature grecque ou romaine !

La liste des empereurs chinois, de Yli-le-Grand au présent empereur -enfant, E.ouang-SUj couronné eu 1875, donne 238 titulaires du trône, appartenant à 35 dynasties successives. C'est une durée iuinten-ompue de près de 5000 ans, la plus longue de beaucoup que le monde ait jamais connue à aucun établissement politique. Si l'on remonte à Fou-Hi, celte durée s'élève à 5,207 ans, c'est-à-dire à la tolahté des temps iuventoiiés. ' Seule au monde, la nation chinoise peut donc se targuer d'une noblesse dont les racines plongent directement dans les âges préhistoriques. Elle est l'unique lien qui rattache l'espèce humaine, par une flhation continue et

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notoire, à ces âges lointains où elle ne connaissait pas encore les métaux. « Fou-Hi » disent les chroniqueui-s chinois, «faisaiides armes en bois; celles de Chin-Noung étaienten pierre ; celles de Tu en métal; mais les riverains du Hoaug-Ho et du Yaiig-Tse-Kiang lui apportaient encore un tribut de fer, d'argent et de i&les de flèches en pierre. » Bn 495 avant notre ère, Coiifucius étant ^la cour de Tchin, un oiseau percé d'une de ces flèches tomba aux pieds du roi, sur la terrasse du palais. Etonné d'une telle arme, lo souverain demanda au philosophe d'où elle pouvait venii'. Confucius lui répondit qu'elle était pareille à celle dont l'empereur Wan-Wang avait fait préB©lt à son ancêtre, en créant pour lui le royaume de Tchin. Et le roi. ayant cherché dans le trésor de ses reliques de famiUc, y découvrit en effet une tète de llèche en pierre.

L'histoii-e très abrégée de la première dynastie chinoise, d'après le résumé qu'en a fait Hugh Murray sur les textes populaires, peut donner une idée de celle des vingt-quatre autres.

Tu-le-Grand, fondateur de la dynastie, avait été le ministre principal de Tao et de Choun. Cest lui qui fit construire les premières digues pour contenir les eaux du Yang-Tsé-Kiang, On lui eut si bon gré de ces travaux iiu'il fut élevé au trùne, en dépit de son grand âge, à la mort de Choun. Quand il mourut, après un règne de sept ans, ses officiers voulaient couronner son premier ministi'e Pi-ïî, mais Pi-Yi lui-même insista pour que leur choix se portât sur Kî, le flls îilné de lu et sou portrait vivant. C'est ainsi que la dignité souveraine devint hérédiWire. Taï-Kong, QVs cl siitcc'&ï.tNv; fe^'.

lie lui ressemblait pas. Il ne songeait qu'il lioire, à s'amuser, à se livrer aux plaisirs de la chasse et de l'amour. Ses sujets le subirent pendant vingt-neuf ans, puis ils le détrùDèront et mirent à saplane son frère cadet, Chouang-Kang, lequel après treize ans de règne eut, pour successeur Siang, son Qls aiué. Siang eut lo tort d'accorder une confiance exagérée à son ministre Yoh, (]ui couspira contre lui et le renversa pour se mettre à sa place. Yclt régna sept ans, puis fut iissiL-ssino par les soins du monarque déchu. Siang réunit alors tous ses adhérents dans un effort suprême pour regagner lo trône; mais i! fut hattu par Han-Tsou, son ancien ministi'e, devenu celui de Yeh, puis le tuteur du fils mineur de l'usurpateur. A la suite de cette défaite, où Siang perdit la vie, Han-Tsou fit massacrer tous les princes de la race de Yti et se flatta de l'avoir exterminée. L'impératrice Min avait pu s'échapper de la capitale et se réfugier sous un nom d'emprunt dans un village éloigné. Elle y donna naissance à un fils qui reçut le nom de Chaou-Kang, et pour mieux cacher son origine royale, le fit élever comme un berger. En dépit do ces précautions, Han-Tsou appritl'existence du jeuneprince; il envoya des émissaires avec l'ordre de l'ameiior mort ou vif; l'impératrice, avertie à temps, put encore sauver son fUs et le placer comme aide- cuisinier dans la maison du gouverneur de la province. Là le jeune garçon sa ' distingua par une si vive intelligence et des manières i supérieures à sa condition, que son maftre soupçonna 1 la vérité, l'interrogea, obtint l'aveu de son nom et de sa |naiasaace. Ce gouverneur était resté attac^ié à la race de Ijon seulement il ne trahit pas la cââBânce de son

jeune cuisinier, mais désormais il travailla avec ardeuià lui faire des adhérents pour le rétablir sur le trône. Ce ne fut pas l'œuvre d'un jour : Cliaou-Kang avait près Je trente ans quand see partisans jugèrent le moment venu de tenter un effort décisif. Ils marchèrent sur la capitale, s'en emparèrent après avoir défait Han-Tsou et rétablirent Chaou-Kang sur le Irùne. Il régna dès lors paisiblement et eut son fils pour successeur. Les souverains de même race qui suivirent s'abandonnèrent à l'indolence et n'ont pas laissé d'autre souvenir dans les annales de l'empire que celui de leur nom. On pourrait appeler période des rois fainéants de la Chine l'espace de deux cent vingt ans qUi va de 2040 à 1S18 avant Jésus-Christ. Enfin la mesure fut comblée par Kieh- Kouei et sa femme Mei-hî, dont l'unique occupation paraît avoir été de se livrer à des ripailles sans fin. Entre autre manières de se divertir, ces deux épicuriens couronnés avaient imaginé de faire creuser un lac artificiel et de 1« remplir de vin. On dressait des tables somptueuses sur l'un des bords du lac, puis trois mille [lersonnes étaient invitées b, venir se régaler ; mais, pour arriver aux tables, il fallait se melti^e à la nage daûs le vin et en boire jusqu'à ivresse complète. Ce spectacle faisait la joie du couple impérial. Il était loin de faire celle d^ peuples, qui finirent par se lasser. Une révolution de palais renversa Kieh-Kouei en 1766 avant Jésus-Christ, pour mettre le premier ministre Ching-Taug il sa place. Ainsi finit la dynastie des Hia.

Les aunales, mÉme très abrégées, des vingt-quati'e dynasties suivantes ne sauraient trouver ici leur place. E faut se coal^iler d'en donner le tableau. e,'n\îi\i(\ii>i>.'-s;?isi.

et de signaler, dans cette longue suite de sièclfiB, les caractères essentiels des périodes les plus tranchées.

Lisle des vinyi-cinq dijnastks chiiwises :

Hia. .

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