XXV. Tsins
[dynastie rÈgnanfe.)
Les dynasties des Hia et des Chang répondent à ce qu'on pourrait appeler la preraière période féodale de l'enipiffl chinois, trois mille ans avant la pùriode analoguD en Eni'ope. Les empereurs sont constamment en
lutte avec leurs grands vassaux, et occupés à comprini(!i' des révoltes. C'est à ces dynasties que se rattachent les noms les plus exécrables des annales de l'Eaipii-e, ceux de Wu-Yî, le Caligula chinois, de Ki-Eh et de sa femme Mi-Hi, qu'on a comparés l'un à Néron, l'autre à Messalino, celui de Chaou-Sin, qui, voyant de pauvres femmes ramasser des coquillages au bord de la mer, les jamhes nues, un jour de gelée rigoureuse, ijiventa la vivisection en leur faisant ouvrir les os, pour voir si elles avaient la motiUe faite de façon exceptionnelle.
A la dynastie des Chaou, avec son chef le sage Wan- Wang et son fi-ère Chaou, répond au contraire une ère de civilisation et d'organisation légale. Les dii'es et préceptes de CCS deux princes philosophes occupent une grande -partie du Cku-King , le plus ancifiS des tivrea sacrés. Cinq cents ans après eux^ Confucius aimait à se proclamer leur disciple et à les donner en exemgie à . leurs successeurs. Wu-Wang, un des princes de celte race, transporta la capitale de l'Empire de la province de Ho-Nan, qu'elle occupait jusqu'alors, à Sin-Gan, dans le Chin-Si, où elle fut longtemps fixée. Mais il commit la faute d'exagérer encore les vices naturels du régime féodal, en divisant l'Empire en une multitude de petits états dont la turbulence devait se manifester au cours dos siècles Mii va nts par de continuelles dissensions civiles. C'est à Ta dynastie des Chaou que se rattachent la vie et les enseignements des trois hommes qui ont e\i l'action la plus décisive sur le caractère, la morale et ^a législa-
Ition des chinois, — Confucius, Menoius et Lao-Tseu. Conpucius, né en 551 ay. J.-C, soos le règne de l'em-
d'un magistrat de district qui le laissa orphelin à l'âge lie trois ans. Il fut élevé avec le plus grand soin par aa' more, et se livra de bonne heure à l'étude des anciens monuments de la sagesse nationale. Peu à peu il acquit une grande réputation comme professeur et philosophe et se vit entouré de nombreux disciples. Sa renommée détermina Ting, son jeune roi, à lui confier le poste dé premier ministre. H le remplit pendant trois années avec tant d'éclat que les petits souverains du voisinage commencèrent à s'en alarmer. L'un d'eux, le roi de Tsi, eut recours, pour ruiner l'influence du sage, à un moyen ■ qui lui réussit. Il envoya en présent au jeune Ting, avec toutes les raretés de sa province, ti'ente chcvau;^ richement caparaçonnés et trente courtisanes plus séduisantes les unes que les auti-es. Le pauvre Ting n'y résista pas. Il s'abandonna sans frein à ses passions et donna bientôt à sa cour le spectacle de telles débauches, que Confucius se démit de son poste et rentra dans la vie privée. Suivi d'un grand nombre de disciples, il entreprit alors de voyager dans tous les états voisins, pour prêcher la bonne parole et le retour à la sagesse des anciens. Parfois il était accueilli avec enthousiasme ; d'autres fois il était traité avec opprobre et l'audace de ses doctrines lui faisait même courir de graves dangere. Gomme devait faire Diogène plus d'un siècle après lui, il se qualifiait volontiore de .Cynique. « J'ai la fidélité du chien, disaitil, et ne suis guère micLix traité que lui. Mais que m'importe l'ingratitude des hommes? Ils ne m'empêcheront pas d'accomplir ma tâche en proclamant la vérité. Si je succombe à la peine, du moins aurai-je conscience d'.iroh- fait mon devoir. j> Comme Jésus le fit cinq cents
(ans pluft tard, il aimait h lirer une mocalité des plus -petits évéaements et des moindres rencontres- Un jour qu'il passait devant la boutique d'un marchand d'oiseaux, il remarqua qu'on y voyait seulement des jeunes. « D'où vient cela ? deraanda-t-il au marchand, n'en prenez-vous donc jamais de viens ?» — u Rarement, répondit l'autre. Les jeunes seuls tombent dans nos pièges. S'il arrive qu'un vieil oiseau se laisse prendre, c'est pour avoir suivi ses petits. » — u Vous avez entendu l'oiseleur? reprit le sage en se tournanl vors ses disciples. Rappelez-vous la leçon qu'il vous donne. Ce qu'il dit des L jeunes oiseaux s'appliqua égalementau.\ jeunes hommes. I C'est parce qu'il n'écoutent pas les vieillards qu'ils ' tombent dans tous les pièges. La prêsompûon, l'imprudence et l'inattention sont leurs défauts naturels. Quant aux vieillards assez insensés pour suivre et imiter les jeunes hommes, il doivent s'attendre aussi à récoUer le fruit de leur folie. » Au terme de cet apostolat, Confncius rentra dans son pays, à la requête de Ping dont il redevint le conseiller. Mais il continua do donner la plus grande partie de son temps ji commenter les livres sacrés et à instruire ses disciples. C'est dans ces paisililes occupations qu'il mourut en i78, à l'âge do soi.vanto-trcizo ans. Il étail tenu en telle vénération [larses élèves et par tous ceux qui avaient profité de ses enseignements, que sa mémoire resta pour eux et a toujours été depuis lors l'objet d'nn culte vécilable. Il avaiL conscience dii celle
sorte d'aatelj et offrir au ciel ses actions de grâces, après a^oir accompli ce prodigieux travail. On l'entendit aussi s'écrier, quelques jours avant sa mort : « La grande montagne s'écroule ! La poutre maîtresse se rompt!... Le sage s'est fané comme uneûeur!... » Néanmoins, on ne saurait dire qu'il y ait eu dans son attitude la moindre affectation surhumaine. II ne se prétendit jamais investi d'une mission divine, ne fit pas de miracles et ne prédit pas l'avenir. II se contenta d'exposer les devoirs des hommes et les voiesdubonheur terrestre, comme il les concevait. L'imagerie chinoise le représente toujours en méditation sous un rayon de lumière céleste qui vient frapper ses livres, entouré de disciples respectueux et fervents. Dans les temples consacrés à sa mémoire, on chante un hymne où se trouve ce verset :
a Confucius ! Gonfucius!...queCoiifuciusest grand!,.. Avant Confucius, il n'y eut jamais de Confucius!... après Confucius, il n'y a plus eu de Confucius... Confucius !... Confucius !.,. que Confucius est grand ! »
Le titre qu'on lui donne au Rituel est celui de « Très saint et très ancien maître Koung-Fou-Tsé ' a. Sa famille, la plus vieille à coup sûr du monde entier, comptait déjà, lors de l'établissement de la présente dynastie, — Il y a deux siècles et demi, — onze mille mâlea vivants, descendus en ligne directe du sage, par son unique petit-flls,
Mencius ou Jlang-Tsé, postérieur 4'un siècle à Confucius, se rattache directement à son école, mais se recom-
''ou-Taé signifie prup rem en t maitre, professcu