IX. ~ Philosophie
Presque toutes les religions du globe ont, à un moment ou à l'autre, pénétré en Chine et s'y retrouvent avec des modifications diverses. Aucune, excepté le BouddMsme, n'y a jamais pria de profondes racines. Les croyances importées d'Europe, en particulier, ont toujours été impuissantes à satisfaire les aspirations mentales des Fils de Hau.
Il y a des Jnifs en Chine depuis les temps les plus reculés : une colonie Israélite y vint, probablement de la Cbaldée, sous la dynastie dos Han, et s'y est toujours perpétuée depuis cette époque, avec ses rites', ses coutumes et SCS caractères ethnographiques bien marqués. Elle a peu prospéré, et n'a jamais fait da prosélytes, quoique son existence soit a.ssez notoire pour que le judaïsme ait toujours été compté par les statisticiens chinois au nombre des religions de l'Empire. Le docteur Martin, directeur du collège Européen de Pékin, a visité vers 1866 les Juifs de Kaï-Foung. 11 a constaté que par ^ une dérogation peut-être uniijue aux goûts et aux apti- ' tudes de leur race, ces Israélites ne se livrent ni au commerce, ni à la banque et sont pour la plupart dans une granilo misère. Leur chiffra total, d'a.ç>;4i% Vtî'i';*
propres dires, ne dépasse pas trois ou quatre cent mille.
Le Mahomélisme a péniîtré de bonne heure au ûathay avec les caravanes de l'Asie centrale ; il n'y a jamais fait de prosélytes, peut-èlie parce qu'il n'a pas atteint la classe des lettrés, le Coran ne pouvant pas ôti'e traduit par ses sectateurs, et les Chinois étant jusqu'à ces derniers temps restés étrangers aux langues du dehoi compte pourtant qu'il y a dans l'Empire du. Milieu dix k ilouze millions de musulmans ; à Pékin seulement, il y eu a deux cent mille.
Le Glu'istianisme a été inli-oduit pour la première fois h la Giiine pai' les moines nestoriens de la Perse, vers la i lin du T' siècle. Il n'y laissa alors aucune impression, et la seule ti'ace qui soit restée du passage de ces moinetf , est la célèbre inscription syriaque, découverte en 162^' iï Si-Ngan-Fou, dans le Chen-Si, L'église grecque fit pj»-" sieurs autres tentatives, du vni" au xii= siècle, pour. s'implanter en Tartane et en Chine, mais s iippréciahlea. Depuis le m' siècle jusqu'à nos jours, l'égliie romaine n*a pas cessé d'envoyer des missionaaii'es aux Fils de Han. Sous l'empereur Kang-Hi, le8> jésuites parvinrent même à conquérir à sa cour l'in^ lluence la plus marquée. Au cours des deux dernier»,, siècles, les efforts du catholicisme poLu- prendre racine^ dans l'Empire du Milieu, ont été constants et parfôia'. héroïques. Les églises protestantes ne se sont pas moti-' trées moins actives. On n'a épargné dans cette croisade;' ni l'ai'gent ni le sang européen. Pourtant, les résultat» acquis sont à peu prés nuls, et les missionnaires â^ toute dénomination en conviennent eux-mêmes. Ce; ' ' tieiue s'il y a présentement en Ciiine, après cinq s:
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d'apostolat, vingt ou trente mille chrétiens, sur quatre cents millions d'habitants.
L'abbé Hue, en constatant cette a désolante stérilité n, en cherche la raison et la donne avec une louable franchise, « Ce n'est pas, écrit-il, que le gouvernement chinois soit de sa nature intolérant ou persécuteur : (7 ne l'esi pas fe moins du monde. En matière de religion son indifférence est complète. Quoiqu'il admette, poulies fonctionnaires publics, un culte officiel qui se borne à quelques cérémonies extérieures, il es[ profondément sceptique et laisse le peuple parfaitement libre d'avoir les idées religieuses qu'il lui plaira; il Clnvile même, de temps en temps, à ne croire à aucune religion. L'empereur Taou-Kouang, quelques mois après son avènement au trône (en 1820), adressa au peuple une proclamation dans laquelle il passait en revue toutes les rcliginns connues dans l'empire, y compris même le christianisme, et finit par conclure que toutes étaient fausses et que l'on ferait bien de les mépriser toutes indistinctement. Le gouvernement chinois voit exclusivement dans les petites communautés chrétiennes, ajoute l'abbé Hue, des sociétés secrètes organisées pour le reuversemontdc la dynastie : s'il les entoure de soupçons et de défiances, c'est uniquement à ce litre, o
Co que le missionnaire Hue disait là du gouvernement chinois, il aurait pu le dire de toute la nation et mêmti de ses prêtres. Il n'y a pas sous le soleil de peuple aussi tolérant que les Fils de Han. Leur langue n'a même pas de mot signifiant « religion ». Le son Kiao, qui se rapproche le plus de ce sens; exprime seulement un « enseignement >), une « doctrine n. (ïft?S. Vven ix^râ^
qu'ils considèrent les divers cultes établis dans lenj pays, sans leur accorder aucun caractère de râvélatîoj surnaturelle. Pour eux, ce sont des vues diverses sur t nature des choses, des tln^ories dont on peut prendre 0( laisser ce qu'on veut, selon sou tempérament propre 61 ses goûts personnels. Leur panthéisme vague et flottan' admet côte à côte ie Bouddhisme, d'origine hindoue, l< Confucianisme et le Taoïsme, d'origine indigène, grefff sur le tout une espèce de culte politique dont l'Empereur est à la fois le grand prêtre et le dieu principal, au demeurant n'éprouve ni amour ni haine pour lef importations religieuses plus récentes: ce sont d'autiçi théories qui s'oQi'ent à l'électisme et à la curiosité d'i vrai lettré, — rien de plus.
Il est toujours difficile de déterminer les vérîtablet croyances religieuses d'un peuple. Qui oserait entre prendre de définir celles des Français pris en généra! La différence des pratiques locales et individuelles, ; variété des dogmes acceptés par l'un, repousses p! l'autre, la part de convenu et de superflcie! qu'il y toujours en pareille affaire, rendent presque impossible d'arriver à des conclusions rigoureuses. En Chine, la difficulté se comphque d'habitudes de penser et d' entièrement différentes des nôtres. Il faut donc se coq tenter de décrire sommairement les principaux cultei pratiqués par les Chinois, sans prétendre en peser exactement l'importance très variable selon les lieux, les rangs et les personnes. Constatons seulement deux caractères bien tranchés, qui distinguent ces cultes de tous les autres : c'est d'abord qu'ils ne donnent aucune ^yaceài'eifusiondusang ni au sacrifice des vi(
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soil réel, soit flgui'é; c'est ensuite qu'ils ne s'imposent jamais comme un devoir éti'oit, ou pouvant exercer ime action quelconque sur. le par-delà de la mort. On leur accorde précisément le degré d'intérêt que peut avoir pour un rhéteur de profession telle forme de raisonnement, pour un maître à danser telle manièi'e do saluer. Au sommet du panthéisme chinois, on trouve la Religion d'État, ou déification du pouvoir central, dans la personne de l'Empereur. Kul doute que ce culte n'ait été dans le passé un puissant moyen de gouvernement. 11 semble avoir perdu de son efficacité ; mais les rites n'en ont pas varié et se sont perpétués à travers les âges. La simplicité de ces rites est pleine de grandeur et frappe tous ceux qui en ont été témoins dans le ■ Temple Impérial, à Pékin. Us comprennent trois ordres de cérémonies, dites grandes, moyennes et inférieures. Les premières s'adi'Bssent aux Cieux et à la Terre, qui forment avec l'Empereur lui-même une véritable Trinité, — aux anciîtres de la dynastie régnante .et aux dieux protecteurs des moissons. Les secondes ont pour objets le Soleil, la Lune, les mânes des anciennes dynasties, ceux de Coafucius, les dieux de la soie et des diverses cultures, ceux du cycle astronomique, Les dernières s'adressent aux mânes de tous les grands hommes et bienfaiteurs de l'humanité, aux cinq illustres montagnes, aus quatre fleuves, aux quatre mers, aux dieux du vent, de la pluie, des nuages et du tonnerre, à ceux des canons, des fortoresseSj des drapeaux, des deux pûles, etc. C'est l'Empereur en personne qui officie, à l'époque des solstices, vêtu de bleu à l'autel des Cieux, da Jaune à l'autel de la Tei're, de raugiâ à.
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celui du Soleil, de blanc à celui de la Lune. Pontife- Dieu de ce cuUe, et l'égal des puissances physiques qu'il honore, il ne leur accorde point lo Ko-Tao, mais de simples révérences. Pas un prt'tre ne l'accompagne ; il n'en est pas qui puisse avoir de rûle dans cetLe communion du Fils du Ciel avec toute la Nature, source et sœur de son pouvoir. Seuls, les membres de la famille impériale et du Conseil des Rites l'assistent dans sa fonction, qui se termine par un banquet où il est supposé s'asseoir en compagnie des Forces célestes ou terrestres et des mânes de ses prédécesseurs. La peine de mort est réservée à quiconque aurait l'audace do sa joindre, fut-ce par la pensée, à ces rites impériaux, et de s'adresser directement aux puissances cosmiques, représentées pour le commun des hommes par le Fil^ du. Ciel. En mêma temps que la Dieu et le Pape, il est. Funique Adepte de ce culte d'État, destiné à le placei-, hors cadre, au-dessus do l'humanité vivante, parmi le^j constellations et les éclairs.
A ce culte impérial se rattache directement le Confu-Î cianisme, qui est celui des lettrés et par conséquent des fonctionnaires. Son essence est un attachement d'antiquaire aux formes traditionnelles de l'étiquette, règle et sanr.tion de la morale sociale, l'absence de toute notion surnaturelle, le culte du génie humain, associé à tout un système de gouvernement. K,oung-Fou-Tsé, on n'en saurait douter, était un athée qui croyait devoir ménager les opinions historiques et les dires des anciens sages, en tant qu'il était possible de les rattacher à ea doctrine. Il savait le rùle que l'habitude joue dans les actions humaines et se donnait sinon pour but, ainsi,