‹ Le monde chinoisChapitre 26 sur 49 · L ÉCRITURE · texte numérisé non relu

L ÉCRITURE

pénétré jusqu'aux CUnois, peut-âtre les eussent-ils adoptées, comme le firent les Egyptiens, qui avaient débulé enx aussi par une écriture idéographique. Et alors, sans doute, la rivalité des divers états féodaux aurait abouti en Chine, do même qu'en Europe, à la formation de plusieurs langues distinctes. L'unité et l'originalité d'écriture ont eu pour effet de maintenir la cohésion nationale, et au lieu de langues diverses, cette masse énorme d'hommes, répandue sur un immense territoire, n'a produit que des dialectes provinciaux. Au point de vue du matériel phonétique, la langue chinoise possède toutes les voyelles, un grand nombre de de diphtongues et mGme certains sons inconnus à tous les idiomes européens, et qu'on est obhgé d'appeler des voyelles imparfaites, comme ftm, hn, s:. Toutes les consonnes, sauf IV, se retrouvent dans l'un ou l'autre des dialectes chinois; il y en a, en outre, beaucoup d'autres qui nous sont inconnues, telles qu bw, chw, gw, j'm, Iw, nw, mtv. Un mot chinois sur sis se termine par un son nasal qui s'exprime en français par ng, comme dans Kiang, Toung, mais qui est en réalité une simple aifairc de prononciation de la voyelle ou diphtonguo finale.

En dépit de cette richesse phonétique, le vocabulaire est restreint par le caractère monosyllabique de la langue. 11 s'ensuit que le môme son sert à exprimer jusqu'à vingt et trente idées difTérentes. Ces idées différentes, comment les distinguer? Les Chinois y parviennent grâce à deux expédients. Le premier consiste à accoupler deux mots différents, mais pouvant exprimer le niiîme sens. Par exemple, lao ai^aS&a fe. Va. îssa ^^f-

peau, froment, mener, chemin, couvrir, ravir, atteindre; lu signifie véhicule, rosée, pierre précieuse, chemin^ forger, détourner : pour exprimer le sens de chemin, on dira îao-lu. Fu signifie père, mu mère : fu-mu exprimera parents. Yuan éloigné, kiu près, donneront yuan-kiu, distance, etc. Le second expédient consiste à accentuer de façons variées, par des intonations spéciales, le son qui correspond à plusieurs idées différentes. Cet accent est ce qu'on appelle le ching ou ton. Il n'a point d'analogue dans les langues européennes, au moins comme mode distinctif d'un sens déterminé. On compte quatre ching ou intonations principales, selon que la voix se maintient au niveau moyen, monte, descend ou s'arrête court. La succession de ces tons, qui n'indiquent point comme chez nous le sentiment de celui qui parle, mais simplement l'emploi particulier du mot, donne à la langue chinoise une allure chantante et comme rhythmée, en laissant néanmoins une impression de monotonie, car après tout ce rhythme est toujours le môme. Il n'est pas aisé de s'en faire une idée approchée, autrement qu^en notant les différences d'intonations qu'il y a par exemple en français dans une phrase comme celle-ci :

— (c Je l'ai invité à me dire s'il avait pris ce livre... — Non! m'a-t-il répondu. Pouvez-vous m'en croire capable?.. »

Mais dans cette exemple, l'intonation moyenne, coupée,

descendante, ascendante du son porte sur des membres

de phrase, pour exprimer des sentiments : dans la

langue chinoise, elle porte sur chaque mot, pour lui

imprimer un sens distinct. Ces nuancer ^Yè^e,\\teiit de

LA LANGUB ET LECHITtîHE. \y'i

grandes difflcultés aux étningei-s : elles sont Ltiiitcs simples pour les Fils de Han, habitués dès l'enrance à les pratiifuer eL à les reconnaftre.

La langue chinoise proprement dite est celle que nous appelons la langue mandarine ou officielle, qui se pîirlij à Pékin et qu'emploient les lettrés et fonctionu aires dans toutes les parties de l'empire. Elle se caractérise par sa douceur et sa sonorité, par la prédominance des consonnes liquides et labiales, par l'absence des terminaisons dures ou râpeuses. Les ChinoiH donnent à cette langue le nom do kouan-hoiia ou « langue de la cour. » Elle est usitée dans toutes les provinces du nord et spécialement dans le Ho-Nan, le Cban-Toung, le Nganlloui. A l'est du Cheb-Kiang et du Kian-Sou elle commence à devenir phis guttui-ale et les consonnes iiiiliaKs sonl itu adoucies ou modiflées.

Cette tendance à n'attribuer d'importance qu'aux voyelles, et à modifier arbitrairement les consonnes, se i-elrouve dans les innombrables dialectes ou tou-lan des provinces, véi-itables patois locaux qui nécessitent le ministère d'interprètes attitrés auprès des yanicii officiels. Ainsi les ;\spirées Anales des mats loli, hitili. pih, tels qu'on les prononce k Pékin, deviennent à Canton k, p, t, et donnent Mi, kiap, pit. Wells Willianiis, qui fournit ces exemples, en indique de plus développés dans les deux phrases suivantes, où presque toutes les consonnes et quelques-unes des voyelles ont siiM des

a Ce riz conlient du sable, n so dit :

« A Pékin : Na ko mi yu cha Iszé.

-. A Canton : Ko tik mai yau cha Isoi noi. »

Une autre particularité plus curieuse encore, c'est que dans chacun de ces dialectes on trouve des sons qui n'ont pas de représentation graphique, quoiqu'ils soient en usage constant, de telle sorte qu'une même phrase se prononce de manière difTcrente, selon qu'elle est lue, ou simplement dile dans la conversation courante. Tout cela ne contrilme pas à rendre l'étude des dialectes chinois chose facile. Cependant la tiche n'a pas rebuté les lexicographes, et il existe maintenant, à côté des grands dictionnaires européens consacrés à la langue mandarine, d'excellents vocabulaires des principaux patois, notamment de ceux de Fou-Tchéou, de ■ Soua-Téou, de Canton, de Chang-Tcheou, etc.. Nous sommes déjà loin du temps oii il n'y avait à la Bibliothèque Royale de Paris qu'un dictionnaire manuscrit de langue chinoise, et où Abel Hémusat ne pouvait même pas en obtenir communication.

D' après ies annalistes chinois, l'inventeur de l'écriture fut un certain Tsong-Kieh, qui vivait 2700 ans avant j l'ère présente. Ayant remarqué la trace laissée sur le ' sable humide par une écaille de tortue, il imagina d'es- .^rismer l'idée de tortue par une image identique à cette trace, puis étendit sa découverte à d'autres objets. Authentique ou non, cette histoire répond en tout cas au caractère sj-mbolique qu'a incontestablement revêtu i l'écriture chinoise à ses débuts. Plus tard, ces images élémentaires, par lesquelles un certain nombre d'objets \ f'isuels étaient sommairement reprès(;n\.fes,sti î,<iû\, ^i.V\ft-

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