‹ Le monde chinoisChapitre 28 sur 49 · LANGUE ET L ECRITURE · texte numérisé non relu

LANGUE ET L ECRITURE

La sixième, nommée liang, saisir, prendre par force, indique la manière d'écrire sept groupes de traits horizontaux.

La septième, Icho, becqueter, forme trois groupes composés de petits coups de pinceau. ' La huitième, enfin, tsc, fcndi'c, a neuf groupes composés de traits irréguliers.

■Chacun des soixante quinze groupes compris dansées huit règles a un nom particulier pris de sa forme ou de son rapport avec quelque objet connu, comme la. dent de tigre, l'homme de bois, les roseaux, le croc de pierre précieuse, etc.

Ce sont ces éléments qui servent à écrire la prodigieuse variété de caractères dont les Chinois disent pro- [ Terbialement qu'ils sont aussi nombreux que les poils de la Ipeaii d'une vache.

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Gomme on peut s'y attendre chez un peuple giiiii) compte au moins soixante siècles d'existence nationale, ., et qui connaît l'écriture depuis cinq mille ans, la littérature chinoise est la plus vaste, la plus complète qu'il y ait jamais eu. Après deux cent cin^ante ans de tra-, vaux assidus, les sinologues européensne peuvent encore se flatter d'en avoir déchiffré qu'une faible partie. Morale, philosophie, religions, histoire, philologie, poésie, roman, géométrie, astronomie, médecine, botanique, • agriculture, art militaire, pédagogie, mécanique, technologie, — les Fils de Han n'ont rien négligé ; ils ont exploré tous les domaines intellectuels, en des milliers ou des millions de livres. Leurs encyclopédies seules constituent des monuments prodigieux de rechercheset d'érudition. Leurs répertoires de matériaux historiques sont les plus riches du monde. Le catalogue des livres admis dans les a Quatre Bibliothèques » impériales, et qui forme 11 2 volumes in-8% donne la liste de 78,000 ouvrages. 11 y en a 93,242 autres en diverses collections. Encore n'y trouvet-on portés ni les romans et récits populaires, ni les traducdons i)ouddhistes, ni les publications des deux der-

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médité, même quand il est véniel. S'il y a doute sur L culpabilité, tu te montres dément. S'il y a doute sur If mérite, tu choisis l'estimation la plus haute. Plutôt ijue de frapper l'innocent, tu te laisserais accuser de fai- Wesae. Les vertus dont ta vie entière est le modJjle ont pénétré le cœur des peuples : jamais on ne vit moins de, délits appeler la répression... » Ce ne sont pas là de vaines paroles; toute l'histoire de Yn répond à et les conseils qu'il donne à son petit-fils sont dignes de ses exemples :

« Par dessus tout, sois prudent! sois-le, môme s'il n'y a pas de motif apparent d'inquiétude... Respecte les lois. Ne l'ahandonne jamais à la paresse. Evite l'excès des plaisirs... Emploie les plus dignes, sans prendre d'intci-médiaires... N'attends jamais le succès du hasard ou de la bonne fortune, en t'arrêtant à des' plans douteux... Adapte toutes tes décisions à celles de la raison... Ne cherche pas à gagner la faveur du peuplei pat- des actes déraisonnables ; mais ne résiste jamais ses vœux poursuivre tes goûts personnels,... i.

Avec l'histoire des origines de l'Empire, le Livre des Souvenirs contient les éléments de ses lois, de ses coutumes et de ses connaissances générales. Le positivisme confucien et toute la philosophie chinoise sont en quelque sorte le développement de la sagesse expérimentale des siècles antérieurs, telle qu'elle s'y trouve recueillie. On s'esplique la popularité de celte bible nationale et purement civile, sortie des entrailles du pays, inaugurant ses annales, reflétant d'un bout à J 'autre son génie propre'. Il ne s'agit pas là des aventures exotiques d'une peuplaie lointain^ étrangère h

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* la race et à ses traditions, au climat, aux mœurs, au milieu. C'est le testament même des premiers ancêtres de la plus vieille des nations, écrit dans la langue qu'elle parle encore, vécu aux lieux qu'elle n'a pas cessé d'habiter, l'entretenant des intérêts qui sont toujours m 'les siens.

!■ Le Chi-King ou Livre des Odes tient dans l'imagioal^^on chinoise la place que l'Iliade et l'Odyssée ont dû occuper dans l'estimation de la Grèce antique. C'est le recueil des poésies nationales du vingtième au si.xième siècle avant notre ère. Il comprenait au temps desChaou trois mille poèmes, dont le plus grand nombre a disparu dans les vicissitudes de l'Empire : les trois cent onze pièces détachées qui ont survécu se classent aujourd'iuii en quatre sections. Parmi ces chants, les uns sont des ballades historiques, les autres des cantates destinées à accompagner les cérémonies du culte des ancôtres ; la plupart sont simplement les manifestations spontanées du sentiment littéraire de la race, appliqué à des sujets de tout ordre. L'ensemble forme le plus riche trésor de la vie populaire qu'aucune nation vivante puisse montrer.

Le 7i-King ou Livre des Changements complète la trilogie des bibles chinoises les plus vénérables par leur antiquité. Une étude approfondie de cet ouvrage a été donnée par le professeur Legge, de l'Université d'Oxford, dans sa collection des Classiques Orientaux. On pourra se faire une idée des difficultés qu'en présentait l'interprétation par ce qu'il dit lui-même de s'a traduction. Entreprise en 1854, elle n'a été livrée au jublic qu'ett 1882. Au momenl qù ii,\ b,»3cvsï^ïi:-i.\. -^NmAa.

première fois, en 1856, le professeur Legge était loin d'en avoir saisi le sens ; mais il ne se lassa pas de l'étudier et, en 1874, après vingt ans de réflexions, parvint enfin à démêler ce qui restait d'obscur. La principale cause d'incertitude venait de ce que le texte primitif, attribué au roi Wan et à son fils Tau, se trouvait intercalé à des appendices attribués à Confucius et qui ne sont pas tous de lui. L'éminent sinologue a pu établir que ces appendices, postérieurs de 70Q ans à l'œuvre primitive, se sont grossis de gloses dues aux commentateurs ou disciples du Maître. Le travail d'élimination une fois accompli, il a été possible de serrer de près le texte. Ce texte consiste en soixante-quatre essais en style énigmatique et sybillin, sur des sujets de morale politique ou sociale, correspondant à un arrangement cabalistique de figures linéaires ou diagrammes. Les figures, composées chacune de six rangées horizontales de traits, les uns courts, les autres longs, assez semblables à l'alphabet moderne du télégraphe Morse, représentent, les choses de la nature et leurs attributs, par exemple le' Ciel, l'Eau, le Tonnerre, le Vent, les Montagnes, — la Force, l'Elégance, la Souplesse, la Rapidité, la PesaûT' leur, etc.. La combinaison de ces éléments avec les huit points de la boussole et avec certaines indications d»; temps et de lieu est supposée fournir le tableau complet de la physique générale et de l'évolution humaine passée, présente ou à venir. Legge estime que ces diagramme»,' usités de toute antiquité par les devins et magiciens profession, furent seulement développés par le roiWan, souverain du Chaou en llSIi avant l'ère présente, au cours de sa captivité dans le "ïou-Li, « J'aime à me repi

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senter le vieux sage enfermé dans sa prison, nous dit-il, et méditant sur les soisanle-quatre figui'es. Chaque hexagramme prenait à ses yeux un sens mystique qui le faisait en quelque sorte resplendir d'une lumière surnaturelle. Wan y découvrait les qualités élémentaires de la nature, les principes de toute société, les conditions actuelles ou possibles de l'humanité ; il désignait chaque figure par un nom en rapport avec l'ideé qu'elle éveillait en lui et développait cette idée tantôt sous forme d'aphorisme, tantôt sous forme d'avertissement. Peut-être n'était-ce qu'une tentative pour limiter aux bornes de la raison les fantaisies divinatoires des tliaumaturges. » L'œuvre propre de "Wan se réduisit donc à soixante-quatre paragraphes succincts, répondant à chacun des -diagrammes. Puis vint son fila Tan, à la fois patriote, héros, législateur et philosophe. Ce que Wan avait fait pour chaque hexagramme, il voulut le faire pour chaque ligne. Plus tard enfin, les commentaires de Gonfucius ou « ailes » s'ajoutèrent à ces deux textes primitifs, et ces « ailes >■ elles-mêmes se grossii'eul de gloses. Singulier mélange de sagesse et de puérilité, de notions expérimentales et d'arrangements cabalistiquesj ce livre a ou depuis trois mille ans sur le monde chinois une influence sans rivale. Les cliarlatans de la me y trouvent une réponse toujours priîte aux anxiétés de leur clientèle ; les lettrés, tout en affectant de dédaigner les parties syhillines de l'œuvre, n'en admettent pas moins qu'elle contient le le principe de toute philosophie et de toute science. Ils ne se lassent pas de l'étudier, de la creuser, de la commenter, et vont jusqu'ày U'Qii\e,T\e çiiYme, &<is. îiswî^-

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voi'tes modernes, à mesure que l'Occident les leur envoie. Bonne ou mauvaise, l'action de ce livre a été immense. Peut-être la stérilité scientifique des Chinois est-elle due pour une bonne part à ce que Schlegel appelle justement « ce jeu mécanique d'abstractions vides; n d'un autre cûté, les leçons de morale pratique répandues sous cette forme dans les couches les plus profondes de la population ont eu nécessairement leur i-ôle dans les destinées historiques de l'Empire du Miheu.

Le Li-Ki ou Livre des Rites ne date aussi que de la dynastie des Chaou et du douzième siècle avant Jésus- Christ. 11 est donc postérieur d'un millier d'aonées aux deux premiers Classiques. Mais son influence sur la civilisation chinoise n'a pas été moins marquée : c'est à ce recueil de lois et règlements que remontent directement les cérémonies du culte des ancêtres, qui occupent dans la vie nationale et domestique une place si importante, et la division en six départements ministériels, ou lou-pou, des comités chargés de présider aux affaires publiques. Le Li-Ki a eu l'honneur d'être commenté par Confiicius, ce qui explique l'autorité exceptionnelle conservée par les textes de cet ouvrage, au milieu de plusieurs autres recueils analogues. Callery remarque judicieusement que celte description un peu sèche de ses rites civils est peut-être le portrait le plus exact et le, plus complet que la Chine ait donné d'elle-même.

Enfin le Clwun-Tsiu ou Mémorial de Printemps et d'Au'tomne, œuvre propre de Confucius et de ses disciples, est la continuation du Chu-King. Cet ouvrage donne l'hisloive de la Chine depuis le règne de Ping-

I Wang jus(ju'à la naissance du philosophe. « L'homme ' Bupérieur, dit-il, souhaite que son nom soit honorablemont connu après sa mort... Mes principes ne font pas leur chemin dans le monde : comment les âges futurs pourraient-ils les apprécier, si je ne prenais soin de les

^ exposer?,.. C'est par le Choun-Tsiu que l'avenir me connaîtra, et peut-être me condamnera... » Le titre singulier de celte chronique mêlée d'aphorismcs moraux a été diversement interprété. Certains lettrés veulent que le Printemps et l'Automne signifient simplement Vannée; les autres admettent que ces deux mots sont pris dans le sens métaphorique d'éloge et de blâme, à cause des jugements que l'auteur y porte sur les événements et les hommes. Cette opinion semble peu vraisemblable : le caractère du récit de Gonfucius est précisément sa parfaite impassibilité. En véritable positiviste, il n'apprécie pas les faits, et se borne à les constater.

Immédiatement au-dessous de ces cinq ouvrages fondamentaux, viennent les « Quatre Livres n où se trouve exposée la doctrine de Gonfucius et qui font avec les King l'objet k peu près exclusif des études classiques. Ces M quatre livres n ne paraissent pas avoir été écrits par le philosophe lui-mûme, mais par ses disciples. Les deux plus célèbres sont !e Juste miiieu et les Analectes.

Les œuvres historiques tiennent une grande place dans la littérature chinoise. On y trouve non seulement des annales détaillées comme les Dix-sept Histoires, en deux cent dis-huit volumes, et les VinQt-dmx Histoires, encore plus développées ; mais des abrégés populaires tels que 4e Miroir historique et l'Histoire mise à la panée de tous. Chose curieuse sous un gouvernemenî;

autocratique, ces traités se distinguent en général par leur impartialité, au milieu d'une forte dose d'appréciations conventionnelles. Le fait est d'autant plus remarquable qu'ils sont l'œuvre d'annalistes officiels; il résulte de la politesse naturelle des Chinois, qui leur fait considérer comme contraire à l'étiquette de rédiger hâtivement la biographie d'un empereur. C'est seulement soi.xante ou quatre-vingts ans après aa mort que les annales de son règne sont mises à jour par l'Académie, et la conséquence de ce long retard est une sincérité au moins relative. Parmi les gi'ands historiens de la Chine, il faut citer Széma-Tsien, son Hérodote et son Froissart, qui écrivait 104 ans avant notre ère, Széma- Kwang, de la dynastie des Soung, auteur du Miroir des gouveifiants; Pan-Eu et sa sœur, auteurs de la Première dynastie des Han, Wei-Chaou, auteur du Wei-Chu. Les biographies individuelles sont nombreuses. Les recherches sur la constitution de l'Empire ont aussi une grande importance- Celles de Ma-Touan-Lin, consacrées à cet objet et publiées au xiii" siècle, défrayent depuis deux cents ans les travaux de toutes les Sociétés asiatiques de l'Occident.

C'est probablement en Chine que le roman historique a été inventé. L'un des plus populaires est l'Histoire des Trois-Etats, de Chin-Chaou, qui date du iV siècle. La scène de ce prodigieux récit de conspirations, de batailles et d'aventures se passe sur la frontière du Nord; elle embrasse un cycle de cent trente-sept ans. Après quinze siècles de succès, cet ouvrage a encore le privilège de charmer les Fils 6e Han. Il est vrai qu'ils n'ont pas Je préjugé de la modernité j>, tant s'en faut! A ■

■ leurs yeux, le meilleur éloge qu'on puisse faire d'une B œuvre littéraire, c'est de constater rju'elle a obtenu le K, suffrage de soixante générations.

^^ Dans le roman pi-oprement dit, ils se montrent aussi ^1 réalistes que doivent l'ôtre des élèves de Confucius, Non ^E seulement réalistes, mais « naturalistes », au sens spé- ^K.cial qu'on donne présentement à ce mot. Il y a deux ^K mille ans qu'ils appliquent sans le savoir toutes les ^■règles du genre. Et d'abord, leur récit porte rarement ^m sur des événements extraordinaires ou fantastiques. Il ^Ê n'implique ni efforts d'imagination, ni combinaisons à ^f surprise, ni passions surhoanaines. C'est la photographie

■ pure et simple de la vie de tous les jours, des sentiments

■ et des actes du fils do Ilaa tel qu'on le coudoie dans les rues; à. peine le romancier croit-il nécessaire de donner une cliarpcnte à son édifice. Il s'occupe surtout de mettre

Ises types et caractères eu plein relief, par l'accumulation on la précision du détail, La description minutieuse des lieux, des choses et des personnes a pour lui des diarmes inépuisables. Rien d'humain ne lui répugne; avant le dramaturge latin, il a pensé et dit : Homo mm. C'est surtout par des conversations qu'il développe son action, et ces conversations sont de véritables rapports Eténographiques, comme les dialogues d'Henri Slonnier. Mais, bien entendu, c'est la vie chinoise qu'il nous retrace, la vie telle qu'un lettré a l'occasion de l'observer. Aussi les sentiments et les passions du licencié ou du docteur, les examens, les procès, les visites de cérémo- Die, les festins officiels, les douces soirées passées au jardin en aimable compagnie, les succès académiques ou politiques du jeune héros, sont-ils le thème habitueL

La rancune du candidat injustement évincé, l'humiliation du mérite incompris, l'amour discret du pauvre. étudiant pour la jeune beauté qu'un përe havhare persiste à lui refuser, se retrouvent aussi fréquemment dans ces œuvres de niveau moyen, un peu banal et monochrome, qui forment le fond de la librairie romanesque . dans le Royaume-Fleuri. Stanislas Julien, llémusat, Pavié en ont traduit plusieurs. Nous ne saurions pourtant nous flatter de connaître les meilleures, car le nombre en est prodigieux. Encore moins pouvons-nous être silrs de les juger sainement : le point de vue où se placent les Chinois est si diCRfrent du nôtre! ayant des modes de pensée tout à fait distincts, nous trouvons insipide ce qui leur parait exquis. Il est même probable que ce qui noua séduit dans leur littérature nous plaît par d'autres côtés qu'à eus. Comment en serait-il autrement, quand on constate d'aussi grandes dilTérenceB de godt, en Europe, entre deux générations qui se suivent, et dans une raêmeépoque, entre deux peuples contigus? Nos pères admiraient des'^oses qui nous paraissent d'une platitude absolue. Nos fils hausseront les épaules devant nos préférences littéraires. De quel droit tout jauger à notre mesure?

En général, les romans chinois appartiennent à la classe des contes moraux, où le crime est puni, la vertu récompensée. Mais il y a aussi chez eux une littérature erotique et pornographique très copieuse. &s récits sont ordinairement illustrés de dessins en couleur. Au nombre des plus populaires il faut citer a les Héves de la Chambre rouge », qui circulent à des millions d'exqp^ plaires

La poésie chinoise est également très riche. Elle reflète toujours le calme, la paix intérieure, les occupations régulières, les affections paisibles. Peu ou point de chants guerriers, presque exclusivement des chants . d'amour ou des stances en l'honneur du vin, des fleurs, des douceurs de la vie. Le plus ancien barde national est Yuh-Ycn, qui était en même temps ministre d'Etat, et qui a laissé le Ll-Sao ou « Consolation des chagrins d, récemment traduit en français, par d'Hervey de Saint- Denis. Après lui, les plus célèbres poètes de la Chine sont Li-Taï-Peh, de la dynastie des Tang, qui a laissé trente volumes de vers ettfiou-Tang-Po, de la dynastie des Soung, qui en a laissé cent quinze. La plus belle époque de la poésie chinoise, et datons les arts, est celle des Tang, du septième au dixième siècle.

Les règles de la prosodie chinoise ont varié selon les temps. Elles sont aujourd'hui plus rigoureuses et plus compliquées que jadis. Le vers n'était d'abord qu'une ligne rimée, d'un certain nomhi'e de syllabes, et dont

11e rliythme consistait uniqirament dans le retoui- périodique de certains sons ; puis les poètes se sont assujettis à des difûcultés plus grandes. Le nombre des pieds a été fixé à cinq ou sept ; la première et la troisième syllabe dans les vers de cinq pieds, la première.la troisième et la cinquième dans les vers de sept, sont restées libres; , mais il a été eonvenu que les syllabes paires reproduiraient dans udordre alternatif et inverse, de vers en vers et de stauce en stancc, les deux principaux accents dont les mots chinois sont susceptibles. Les ellipses, les redoublements de terme, les intercalations explétives ou euphoniques, les inversions et les tours imprévus aidant

A l'aurore, je prends mon panie^ii soupirant pour un peu phis' [de sommeil.

Mes cheveuï dénoués, à peine vfitue, je sors dans la lirume

[malinale.

Les autres fijies s'en vont déjà, la main dans la main, me criant

• Quel versant prenez-vous aujourd'hui, mademoiselle, quel [versant du Sung-Lo?

Le ciel est noir et le crépuscule pèse encore sur la hauteur. U est trop tôt pour cueillir les feuilles et les bourgeons couverts [de rosée.

OIi! qui sont-ils donc, ces assoiffés, pour qui nous faisons ce

[travailî Pour qui, deux à deux, tout le jour, nous sommes à la tâchôî

Nous nous aidons do notre raieui, en nous disant l'une à l'autre, Tout en courbant les branches souples : o Petite sœur, ne per- [dons pas de temps.

Car les bourgeons mûrissent dfjà tout en haut de l'arbuste; Et demain, qui fait si demain la pluie ne viendra pas? »

Notre tâche est achevée : toutes les branches du haut sont aana [feuilles.

U faut maintenant enlever nos paniers débordants et reprendra Lie sentier, Nous rions en longeant l'étang, bordé de lotus. Couael couac! un coujjle de canards s'envole à tire d'ailes..

L'étang est limpide et clair dans son cadre de lotus

Dont les CeuiJlea s'ouvrent à deini, rondes vers les coins.

Je me penche sur le bord qui surplombe l'eau, en me disant :

■ Voyons donc un peu dans ce miroir, si je suis belle siijourr-.

H ' YII

Ma face est toute rouge; mes cheveux sont de guingois. Dites-moi si vous avez jamais vu pareil épouvantail!

c'est que tout le jour j'aî cueilli la feuille de thé.

s brises et les ondées qui m'ont ainsi accommodée.

Ces chants populaires sont aussi abondants que les proverbes dans TEmpire du Milieu. Ni les uns ni les auU-es n'ont 6lé réunis au complet, et il faut le regretter, car ils sont l'expression naïve de senlimenla plus humains que chinois et de lois expérimentales qui ont un caractÊre universel. II existe bien des collections do dictons, notamment « le Miroir précieux pour l'illumination de l'esprit n, et « la Foriît de corail des anciens Sages 11. Mais ces recueils sont loin de donner le tableau définitif de la sagesse traditionnelle chez les flis do Han. On le rencontre plutôt, ce tableau, sur tes murs des maisons et des palais, sous forme de devises. Yoici quelques-unes des pensées les plus répandues, choisies pour les analogies qu'elles présentent avec les proverbes occidentaux :

— On ne trouve pas d'ivoire dans la bouche des rats.

— L'homme politique ressemble à l'hirondelle qui bâtit sur un mur de terre.

igf) LE MONDE CHINOIS.

— Le moyen d'arriver est de se suspendre à la queue^ d'un bon cheval.

— Ou ne fait pas les cloua avec le meilleur fer, ni les soldats avec d'hoaniîtes gens.

— Quand l'arbre va tomber, les singos décampent.

— Les bons dîners attirent les amis; que l'infortune' arrive, on ne les volt plus.

— Que chacun balaye la neige devanl sa porte, et la rue sera propre.

— Mon ami est celui qui me signale mes délauts; mon ennemi, celui qui les flatte.

^ Plaider, c'est chercher une puce et gagner une morsure.

— Tels ministres, tel prince. Tel père, tel fils, Diamoi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es.

— Les bonnes actions ne passent pas la troisième porte; les mauvaises sont connues à cent lieues.

— Le sage ne dit pas ce qu'il fait, mais il ne fait rien qui ne puisse ôtre dit.

— La raillerie est l'éclair de la calomnie.

— On peut se passer des hommes ; mais on a besoin d'un ami.

— II faut écouter sa femme et ne pas la croire, ■ i

— Les femmes les plus curieuses baissent volontiers les yeux pour être regardées.

— On va à la gloire par le palais, à la fortune par le marché et à la vertu par les déserts.

— Quel est le plus grand menteur? Celui qui parle le plus de soi.

— Aux temps où une chanson donne la céléhritéj la vertu n'en donne guère.

L LITTERATURE. iqj

— Tout est perdu quand le peuple craint moins la mort que la misère.

— Il ne faut pas employer ceux qu'on soupçonne, ni soupçonner ceux qu'on emploie.

— L'homme le plus stupide sait être perspicace quand il s'agit do voir les défauts d'autrui. Le plus intelligent s'aveugle sur les siens. Ne soyez pas plus difficile pour les autres que pour vous-même, et cherchez pour excuser autrui les mêmes raisons que vous trouvez si aisément pour vous.

Considérée dans son ensemble, la littérature chinoise, si riche, si antique et ai fourmillante, laisse à l'esprit occidental une impression de médiocrité. Elle semble manquer à la fois de précision et d'envolée, de grâce et de puissance. Ce qu'elle a de mystique et de concentré nous échappe, il est vrai, pour une bonne part. On peut croire pourtant sans injustice qu'elle a subi, comme la langue, un véritable arrêt de développement. Les difEcultés mêmes dont se hérisse cette langue, en condamnant les lettrés à en faii'e l'objet exclusif de leur étude, ont contribué à couler la pensée chinoise dans un moule uniforme. Ils estiment naturellement que les classiques, dont la compréhension leur coûte tant d'efforts, sont le dernier mot delà sagesse; ils mettent l'érudition audessus du taleut créateui', et apportent dans la vie nationale des habitudes de grammairiens.

D'autre part, n'ayant pas de rapports intellectuels avec les peuples étrangers, isolés du monde par la nature exceptionnelle de leur idiome et de leur écriture, ils n'ont jamais pu retremper leur génie littéraire dans celui des autres races, A peine le Bouddhisme a-t-il eu sur eux

une action appréciable, en apportant avec lui une certaine dose d'idées hindoues. Mais c'est presque exclusivement sur les classes illettrées que cette action s'est marquée.

Dennys, qui a fait des croyances populaires de la Chine une étude approfondie , les a trouvées généralement identiques à celles de l'Europe ; ce fait donne une grande force à l'opinion qui attribue pour source commune à. ces croyances les traditions de l'Inde. » Quand on voit les superstitions domestiques de l'Ecosse , les légendes de l'Irlande et les mythes de la Thuringe se retrouver au fond de l'imagination des Chinois , dit cet auteur ; quand on entend la jeune mère aux yeux bridés du Kouan-Toung répéter à son nouveau-né les mCmes niaiseries qu'on trouve sur les lèvres de sa sœur hindoue ou turque, comment s'empôcher de conclure que les croyances populaires des deux continents sont venues d'une source commune? »

. Ces croyances populaires se rapportent aux naissances, aux mariages et à la mort, aux jours et aux saisons, aux présages, aux rcîves, aux nombres heureux et malheureux, aux charmes, aux amulettes, aux revenants, aux apparitions surnaturelles, à la magie, à la démonoïogie, aux fées et lutins, aux serpents, dragons et animaux fabuleux. 11 suffira, pour donner un exemple dos coïncidences, de constater que les Chinois croient à l'influence météorologique de celui que les Français appellent asaint Médai'd», et les Anglais « saint Swithin. » Pour eux, s'il pleut le jour de U-ching, qui est le 3 février et le commencement du printemps, il pleuvra pendant quarante jours de suite, et le priz du riz monte aussitôt.

à raison do celte prétendue certitude. Or, iL est démontré, par les observations prises en Chine, en Angleterre et en France, que ce pi-ésage n'a absolument aucune valeur. On a même constaté à Greenwich que, parmi les années les moins pluvieuses du siècle, s'en trouvaient précisément vingt où il avait plu à torrents le jour de saint Médard, sans que cette circonstance eût la moindre influence appréciable sur les quarante jours suivants. Il est matériellement impossible qu'une opinion aussi générale et aussi mal fondée n'ait pas une origine unique.

Mais ce sont là des contagions isolées qui n'ont jamais modifié ou renouvelé le sentiment littéraire des Chinois. Né de leur constitulion physique et intellectuelle, sur leur propre sol, dès les premiers temps de l'bistoire, ce senliment est toujours resté identique à lui-même. C'est à la fois sa gloire et son malheur ; mais les Fils de lîan

I n'ont pas de plus grand sujet d'orgueil.

I " Combien je mo félicite d'être né en Chine ! disait au siècle dernier Tien-Ki-Chih, Tua de lem's meillem's écrivains. Je me représente souvent comme mon sort aurait été différent si j'étais né au-delà des mers, dans ces contrées lointaines dont les habitants, ignorants des sages maximes de nos anciens philosophes, étrangers à l'esprit de famille, se font de grossiers vêlements de la feuille des arbres, mangent de l'herbe, habitent dans les déserls ou se creusent des tanières dans lo sol... Être réduit à une condition si misérable, n'est-ce pas ou peu 1 faut vivre comme une béto sauvage? Mais fort heureusement, je suis né dans l'Empire du Milieu. J'ai une maison spacieuse et gaie, des alimenta bien préparéi

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des boissons agréables, des meubles élégants, un bonnet pour couvrir ma tête, de la soie pour habiller mon corps. Que de bénédictions ! En vérité, n'ai-je pas lieu d'être pleinement satisfait de mon sort? »

Ce qu'écrivait là Tien-Ki-Chih, tous les lettrés de la Chine le pensent. Il n'en faut pas plus pour expliquer le cercle étroit où tourne leur pensée... Vœsoli! Les littératures, comme les individus, ne vivent que d'emprunts au monde extérieur. Il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire : c'est tout le monde; et le génie d'une nation ne vaudra jamais celui de THumanité.

LE THKATRF..

L'histoii'e de l'art dramatique chez les Chinois se di\'ise en trois périodes :

Dans la première, on range les pièces de théâtre écrites sous la dynastie des Tang (de 618 à 908 de notre ère). Après eux, la Chine est en proie, pendant plus d'un demisiècle, à la guerre civile, et le théâtre, comme tous les arts, subit une éclipse. On donne aux œuvres dramatiques do cette première période le nom de Tchouen-Khi.

La seconde comprend les pi'jces écrites sous la dynastie [des Soung (de 970 à 1127 de notre ère) et appelées Bi- Khio.

La troisième embrasse les dramesécrits sous la dynastie

!S Youen(de 1127 à 1368 de notre ère), et qui sont généralement désignés sous les noms do Youen-Pen et de ITsa-Ki.

C'est l'empereur Hien-Soung, de la dynastie des Tang, ^— le précepteur de son peuple et le fondateur de l'Académie de Han-Lin, — que les historiens regardent communément comme le père du théâtre chinois. Du moins est-ce sous son règne qu'on vit pour la première fois des tragédies roulant sur quelque événement extraordinaire remplacer les pantomimes et les espèces de a myalèrea »

dont se composait jusque-là le répertoire. Hien-Soungf prenait un si vif intérêt aux choses du théâtre, qu'ili dirigeait en personne l'éducation de trois cents jeune» actrices dans le » jardin des poiriers a de son harem. Ces jeunes filles étaient dressées à la fois au chant, èf. la diction et à la danse, réservée précédemment aui cérémonies du culte, car il est dit dans le Li-Ki qu'i juge des mœurs d'une nation par le caractère de t danses.

Les Hi-Kio et les Tso-Ki étaient plutôt des opéras. Les: Youen se rapprochent de notre drame, quoique le dialogue y soit presque toujours môle de chant, La division des' actes et des scènes ressemble de tout point à la nôtre, Chaque pièce se compose en général d'un prologue et da^ quatre coupures. Parfois pourtant il y a un bien pluai grand nombre d'actes : certaines tragédies en comptent jusqu'à vingt-cinq ou trente. Ordinairement, les principaux personnages, en entrant en scène, expliquent avec la plus grande clarté qui ils sont et dans quelle situation ils se trouvent. C'est une manière commode d'éviter les: frais de mise en scène ; Shakespeare n'a pas dédaigné de' s'en servir; elle a au moins l'avantage de ne laisser aucun doute dans l'esprit du spectateur. Par escmpl au début du Ho-Han-Chan, ou « la Tunique confrontée, drame en quatre actes, qui a pour auteur la courtisane Tchang-Koué-Pin, le père noble commence ainsi :

" Mon nom de famille est Tchang, mon prénom I, a mon titre honorifique Oueu-Sieou (fleur httéraire). Je il suis originaire de Nan-King. Ma famille se compose de '■ quatre personnes : de moi, de ma femme Tchao-Tchi, " de mon fils Tchang-Hiao-Teou, et de ma jeune bru

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