‹ Le monde chinoisChapitre 29 sur 49 · LE THEA.TRE · texte numérisé non relu

LE THEA.TRE

11 Li-Yu-Ngo. Bana le passage des Tiges-de-Bamiou, où !■ je demeure, près la rue Ma-Sing, j'ai ouviirt une I' maison de prûts sur gagea, à l'enseigne du Lion d'Or. ir C'est pourquoi l'on m'appelle ordinairement Tchang, i le youen-ouaï (propriétaire) du Lion d'Or. Nous som- ' mes au commencement de l'hiver, la neige tombe à ' gi'oa flocons, s'amoncelle et xecouvre partout le aol :

■ aussi, pour jouir de ce spectacle, mon fila s'est-il mis

■ à la fenêtre du premier étage. Il vient d'apprêter une ' taWe chargée devins et de gâteaux, et veut absolu-

■ ment que noua alliona, ma femme et moi, nous i;égaler i avec lui en regardant tomber la neige.

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3 fcmmo dans le pavillon.]

a Tcmo-CHi. mon Youen-Ouaï, l'éclatante blancheur •i de cette neige est l'emblème de la pureté. Je n'en doute

I pas, c'est pour l'État un présage de bonhem" !

t Tghang-Hiao-Yeod , apercevant son père. Mon père, ■ ma mère, voyez donc ; la teinte bleuâtre de cette neige i mérite d'être admirée. Tout en regardant dans la rue « du haut de ce pavillon, j'ai apprêté les tasses. Mon

II père, ma mère, jouissez de ce délicieux spectacle...

w TcHANG-I. Mon flîs, il est vrai que ces flocons de 1 neige condensée sont de toute beauté. [Il ckanie) -.

u Les nuages , pareils à dea vapeurs rougeâtres , F, s'étôndent et s'amoncèlent de toutes parts! De larges S flocons de neige tourbillonnent dans l'air; le vent du 1 nord souffle avec violence; la vue s'égare dans un : horiïon argenté. Quel homme poui'rait en ce moment, i comme le poète Men-Hao-Yen, méditer avec calme,

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« monté sur un âne , et composer des vers tout « avançant?... »

Il serait assurément difB.cile de tracer en moins d<9t mots et d'une façon plus nette le tableau du bonheur domestique, dout le traître Tchin-Hou va venir troubler le cours par sa passion criminelle pour Li-Yu-Ngo. Usé présente en tombant, transi de froid, sur la neige.

« TcHANG-I. Qui êtes-vous? Quel est votre nom de « famille, votre surnom. Pourquoi êtes-vous tombé, le « corps engourdi, sur ce tas de neige? Racontez-moi l'histoire de vos malheurs : je vous écoute.

« TcHiN-Hou. Je suis originaire de Uyou-Ghan, dans l'arrondissement de Sou-Tchéou. Mon nom de famille est Tchin, mon prénom Hou. J'étais venu dans ce pays pour y faire quelques opérations de commerce ; mais ^c l'excessive rigueur du froid, jointe à la fatigue du « voyage, accabla mes forces. J'épuisai successivement ( mon ca^Dital et mes provisions de bouche. A la fin,^ <f dépourvu de tout, je restai débiteur envers mon auber- ( giste de ce que j'avais dépensé pour mon logement et « ma nourriture; et cet homme cruel, employant la c violence, me chassa brutalement de chez lui. Glacé c( de froid, tombé sur un tas de neige, je me suis par <( bonheur trouvé devant votre porte ; sans votre assisse tance et votre généreuse hospitalité, j'aurais déjà cessé '( de vivre !

c( TcHANG-I. L'infortuné! qui ne s'intéresserait à son

muÊÊm

théâtre chinoises une classe de femmes qui rappelle de point en point les hiiaires d'Alhèaes : ce sont des courtisanes lettrées et artistes appelées chany-ting-hang-chemt. Il ne faut pas les confondre avec celles qui a étalent publiquement leur sourire, » seloa le mol des poètes. Elles forment une catégorie particulière de personnes, douées de toutes les grâces et de tous les talents, sinon de toutes les vertus domestiques: elles savent danser, chanter, jouer de la guitare et de la flùle ; elles connaissent l'histoire et la philosophie, écrivent couramment tous les caractères des classiques et peuvent au besoin répondre en vers aux sonnets que leur adressent leurs admirateurs. Elles se voient entre elles, n'admettent dans le district « vert et rouge, » où elles se traitent de sœurs, que des personnes de leur rang intellectuel ou artistique, et se considèrent comme supérieures à tous égards soit à la jeune fille non émancipée, soit à la simple concubine, La mati-one seule, la première femme d'un personn^fe titré, est au-dessus d'elles dans la hiérarchie.

Un personnage spécial au drame chinois, c'est ■ celui qui chante. » Il apresque toujours recoursà unelangue figurée et pompeuse ; sa vois est soutenue par une symphonie musicale ; comme le chœur grec, il représente la conscience publique, mais sai^s demeurer étranger à l'action. Au contraire, il y tient le rôle le plus important, apparaît dans les scènes capitales et sonligne en quelque sorte les situations tragiques ; il évoque les grands souvenirs, cite les maximes des anciens sages, rappelle les exemples historiques : c'est la philosophie nationale elle-même, incarnée devant les spectateurs.

Les œuvres dramatiques comportent toutes les formes du langage, depuis le style noble ou antique jusqu'au style familier et au style semi-littéraire, voire aux patois de province, et depuis le vers lyrique jusqu'à la prose triviale. La seule règle que s'impose le drame chinois, c'est d'avoir toujours un but moral. L'objet qu'on s'y propose, ay dii'e des maîtres du genre, est de « présenter les plus nobles enseignements do l'histoire aux ignorants qui ne savent paa lire. «

Cela étant, on peut s'étonner que les acteurs soient considérés dans l'Empire du Milieu comme formant une classe infâme. La chose s'explique de reste quand on sait qu'ils vivent en général d'une existence nomade et qu'ils ont l'habitude de renforcer leur troupe, toutes les fois que le besoin s'en fait sentir, en volant des enfants pour se les agréger.

Ces troupes errantes se recrutent aussi par voie d'engagements volontaires, contractés soit par les aspirants eux-mêmes soit par leurs parents; l'engagement a ordinairement une durée de six ans, au bout desquels le néophyte est censé connaître son métier et pouvoir voler de ses propres ailes. Il existe mâme dans certaines villes des écoles de déclamation, véritables petits a conservatoires n, dirigées par d'anciens acteurs et qui forment des élèves. Ordinairement ces villes ont un théâtre permanent, 011 se succèdent les compagnies rivales, presque toujours désignées sous des titres poétiques ou pompeux, tels que "l'Heureuse et Brillante Troupe -, 1 la Glorieuse Assemblée «, n la Fleur Dramatique », etc.

Dans les provinces du sud, il n'y a point de théâtres ^mai^e^^^darina permettent da taB."4'i|

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autre qu'on élève dans les rues des théâtres temporaires, au moyen de souscriptions. On construit alors la salle en moins d'une couple d'heures. Quelques bambous pour supporter un loit de nattes, (juelques planches posées sur des tréteaux et élevées de sept à huit pieds au-dessus du sol; des pièces de cotonnade pour former les trois côtés de la scëne en laissant ouverte la pai'tie qui fait face aux spectateurs : il n'en faut pas plus et le drame peut s'ouvrir. C'est dans une salle de spectacle de ce genre que Davis vit exécuter à Macao, en 1833, par une troupe italienne, trois DU quatre opéras de Rossini. Les maisons opulentes, les hôtels elles auberges bien achalandées ont toujours une salle de spectacle où les comédiens aoi-. bulants passent les uns après les autres. '

Ces représentations font partie de presque toutes 1m fêtes publiques ou privées. On traite ordinairement à. forfait avec le directeur de la troupe, pour un, deux ou. trois jours, selon l'éclat qu'on veut donner à la chose;, et à cet effet le répertoirerenferme toujours de véritablesd trilogies, qui peuvent s'étendre à trois représentations successives.

En Occident, la satisfaction du public se manifeste par des applaudissements et des bouquets. Elle assume en Chine un caractère plus pratique, sons la forme d'un.cochon- de-lait rôti. C'est l'usage d'envoyer ce cadeau soTi le théâtre même, au moment le plus pathétique de l'aoj tion et au milieu de la scène la plus importante. Aussi-. tôt, tout s'arrête; un des acteurs sort de la coulisse dans.' le costume le plus éclatant que renferme sa garde-robe, ,i et après trois profonds saluts à l'auditoire, il déroule une , pièce de soie sur laquelle est ti'acé un remerciement

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vers, qu'il déclame de son mieux. Après quoi, il se relire et la pièce reprend son cours.

Dans les petites villes, où les représentations dramali'jues sont chose rare, la population y prend un si vif intérêt, qu'elle déserte en masse ses maisons pour passer ' au théâtre deux ou trois jours entiers, souvent mcmcles nuits intermédiaires. Elle en oublie littéralement de boireet de manger. Ce n'est pas que l'accommodation matérielle offerte aux spectateurs soit bien confortable. • D" ordinaire elle se réduit h des bancs de bois. Mais la passion du théâtre fait qu'on passe sur ces misères.

Les musiciens de l'orchestre sont placés sur un des côtés de la scène, qui reste ouverte et n'a jamais de rideau; le mobilier théâtral se réduit à une table, un lit et deux ou trois chaises, qu'on apporte de la coulisse quand le développement de l'action le requiert. Au commencement de chaque acte, les personnages expliquent où ils sont, d'où ils viennent et ce qu'ils vont faire : iî n'en faut pas plus; l'imagination de l'auditoire supplée au décor absent- Les actem's ne se contentent pas d'ailleurs de dire leur rôle, ils le miment. Un messager estil expédié quelque part? Il se met à courir en faisant claquer un fouet, s'arrête vers le fond et crie qu'il est arrivé. S'agit-il d'un escalier qu'on monte, d'une rivière qu'on traverse, — l'acteur fait le simulacre de gravir des degrés, de ramer dans un bateau. Les murs d'une ville assiégée sont représeu tés par deux ou trois hommes rangés en ligne et tournant le dos au public. Tout au plus, dans les théâtres les plus somptueux, voit-on un rudiment de décor ou de toile de fond, grossièrement brossé sur les nattes et les piècea 4e. Wi\.ïi'ra\î^'^<i ^^^

masquent la coulisse. Ce matériel olémentaire siif&t à jouer tout le répertoire, depuis les tragédies claseiquea jusqu'aux farces et impromptus d'un jour. El ce répertoire est immense : sur la seule liste des pièces qui y sont eutrées sous la dynastie des Toueii ne figxirent pas moins de quatre-vingt-cinq écrivains, ayant signé cinq cent soixante-quatre drames. Quatre de ces auteurs sont des courtisanes lettrées, Tchao-Ming-Ping, Tchang- • Koué-Pin, Hong-Si-Li-Eul et Hoa-Li-Lang.

Comme le roman, le théâtre chinois est réaliste, spécialement dans les scènes comiques. Le Fils de Han aime à retrouver sur la scène les personnages familiers du foyer et de la rue, la matrone acariâtre, le policier impudent, le marchand de thé, le raccommodeur de porcelaines. Un des éléments de comique et des effets les plus siirs consiste à déguiser le personii;ige puissant ou principal sous les haillons d'un mendiant, le jeune amoureux sous la barhe blanche d'un vieillard : puis, soudain, le masque lomhej la vérité éclate à tous les yeux; l'auditoire est ravi.

Les petites pibces sans importance qu'on joue chea nous en « lever de rideau a se donnent en Chine à la fln de la représentation, pour reposer l'esprit du spectateur, après le drame principal. Quelques-unes de ces binettes sont vraiment amusantes; mais il est do bon goiit parmi les lettrés de ne pas rester pour les voir, et d'affecter un goût exclusif pour la tragédie historique. C'est aussi sur ces drames classiques que porte toujours la critique dramatique, et elle se produit uniquement sous forme de Uvros. Un écrivain chinois considérerait comme humiliant d'arrêter son attention et celle de

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