INTRODUCTION
Les documents et I03 témoignagei certes pas. Ils ne sont pas inaccessibles
Et pourtant, jamais encore on n'a doni nois la piaco qu'il devrait tenir dans les de l'Europe savante. On on parle comm inépuisable de richesses minérales, d'u pépinière de colons pour les terres où les d'un immense march "
Personne ne songe quui; eaitiviiiiitOLii un mesuuiciuje musée d'archéologie comparée et d'anthropologie. Quoi ! voilà un groupe humain de plusieurs centaines de millions d'iîtres, qui, depuis cinq raille ans,Tit et se développe aux mêmeslieux, — qui échappe à toutcsies aventures, à toutes les catastrophes, à toutes les épreuves des autres races, — qui s'est fait à lui-même la civilisation la plus originale et la plus autonome; — qui a tout découvert, tout expérimenté, tout appliqué en matière de philosophies, de religions, de systèmes sociaux et de lois positives; — ce groupe humain, le plus important du globe par le nombre, peut-être par le génicpratique, certainement par la cohésion et par la durée, possède des annales qui sont les plus vieilles de toutes : il plonge directement ses racines dans les âges préhistoriques, pour présenter encore à nos yeux, par un phénomène unique, la floraison de ses soixante siècles... Et l'Europe hcsîle à comprendre qu'elle doit désormais chercher dans ccsarchives inexplorées, dans ce champ si vaste, dans ce sol sans rival, les secrets inédits du passé et les lois générales de l'avenir?... Elle fouille Rome et la Grèce, elle fouille le bassin du Nil, celui du Jourdain, celui du Tigre et de l'Euphrate, et elle néglige, plus encore que celui dvt
K4en «lé
Gange, celui du Yang-Tze-Kiang?... Il est temps de sortir de nos étroits horizons, de noua dire qu'un peuple de quatre cent millions d'individus, aussi ancien que l'humanité, ne saurait être dédaigné ni par la science ni par la diplomatie. Les mômes rai&ona qui noua font entresnir des écoles d'archéologie près 'des ruines du Par- ,énon ou des Thermes de Garacalla exigent que nous en 'ons une autre dans la patrie de Gonfucius. Il devient indispç;! sable que de jeunes générations de savants, instruits dans les langues de l'Orient et les procédés modernes de recherche, aillent s'établir en Chine et y rassemblent, soit k la surface du sol, soit au-dessous, les éléments d'une reconstitution historique. Pour douter de l'utilité, de la nécessité d'une telle enquête, il faudrait oublier l'enjambée gigantesque qu'un demi-siècle de grattages en Asie-Mineure et en Egypte a déjà fait faire à la science de l'Homme.
En attendant ces travaux, force est bien de se réduire à exposer les résultats d'études plus modestes, plus élémentaires et, pour ainsi dire, préparatoires. On se propose de les dépouiller et de les analyser ici, dans un esprit purement scientifique, en laissant au lecteur lui-même le soin de formuler ses conclusions.
[Fcllliiolse et son gouvernement.
On sait que nous donnons à la Chine un nom de pure
fantaisie. Los habitants du pays no l'ontjamais tlésignée
par celte appellation, qui paraît Otre dérivée du nom
de la dynastie des Tsin, d'où les Hindous avaient fait
Tsina et les latins Sinenses. Chi-Houang-Ti,le fondateur
B cette dynastie, remplissait l'Asie de sa gloire. C'est
L qui refoula les Tartares vers le Nord et hâtit ia
ftrando Mm'aille pour arrêter leurs incui'sions. Il mou-
ttt environ deux cent cinquante ans avant l'ère chré-
^enne. Les Chinois n'emploient pas non plus l'expres-
^on de s Céleste-Empire » , qui est passée en usage
ni nous, pour indiquer leur pays : elle s'applique
i euï à toute la teiTe, et non pas seulement aux
provinces chinoises. Le nom dont ils se servent habi-
Jlement est celui de Tchoung-Kouok ou Empire du
Jieu, dû soit à ce que les domaines feudataires sont
reaua ae grouper autour des plaines de la China
Si
propre, soit à ce que les habitants de ces plaines considéraient leur pays comme la grande puissance centrale du globe, autour de laqiielle les autres Etats jouaient simplement le rôle de satellites : opinion assez justiflée, à tout prendre, par l'immense étendue de cet empire et par la durée de son hégémonie. Quand nous nous laissons aller à cousidérer comme le centre de l'univers le petit astre infime qui s'appelle la Terre, cotte prétention est à coup sûr beaucoup plus saugrenue que celle des Chinois dans leur rayon d'action séculaire. Eux-mômcs ils se désignent comme les u. Enfants de Ilan n ou les « Hommes de Tang » deux de leurs plus fameuses dynasties. Les tribus nomades qui habitent entre la mer Caspienne et la Chine lui donnent !c nom de Calhay ou « Pays des Flem-s », « Royaume Fleuri » ; et, comme c'est à travers ces tribus que passait, avant la découverte du cap de Bonne-Espérance, tout le trafic des caravanes avec l'extrâme Orient, c'est par cette « appellation que la Chine a d'abord été connue de l'Eu- ^, rope moderne.
La Chine propre s'étend entre le 18' et le 41' degré de latitude noni, le 100" et le 126° degré de longitude orientale. Sa superficie dépasse deux millions de kilomètres carrés, ce qui n fait l'empire d'un seul tenant le phis vaste du globe. Elle est égale à la moitié de colle de l'Europe, à sept fois celle de la France, à quinze fois celle de la Grande-Bretagne. Si l'on y joint les territoires contigus do la Mandchourie, de la Mongolie, du Turkestan, du Kouldja, du Kokonor, du Tibet et de la Corée, qui en dépendent, on arrive à un total de kiloes carrés plus que triple, éeal au douzième envi-
LA. NA.TIO\ ClTTNOrSE ET SON" GOUVERNEMENT. 5
t ronde la superficie continentale du globe. La population R de ces immenses étendues est impossible à évaluer exactement et n'a jamais été que partiellement dénombrée. Celle de la Chine propre était en 1842 do 53G millions d'habitants, d'après un recensement très minutieux, fait par feux et portes. Les statisticiens considèrent qu'elle a. nénonnément baissé depuis cette époque, à raison des P'guerres civiles ou étrangères, des terribles famines et ' des désastres sans nom (jui ont ravagé ces magnifiques provinces. Mais il est difficile de croire qu'elle ait dimi- , nué de moitié, comme le veut Hippisley, et l'on doit fcldmeltre avec la majorité des auteurs qu'elle ne peut B.guère èti'G présentement inférieure à 400 millions ' . Be qu'il y a de sûr, c'est iju'elle est des plus denses,keurtont dans les bassins adjnirablcment fertiles du poang-Ho et du Yang-Tze-Kiang, et que son chiffre fftal est supérieur à celui de toutes les nations euro- Jéennes réunies.
r Cette population très mélangée, composée de variétés resque aussi différentes entre elles (pi'un Scandinave Mut l'être d'un Italien ou d'un Espagnol, n'en forme (as moins un groupe absolument distinct^ns l'humaïité. On le désignait autrefois sous le nom de Mongol,
f 1. Le recensement de la population se fait -loua les ans ea %ine, par des moyens très précis. Les familles et les personnes e condition ont des cliefs qui en contrôlent exactement le mbre et le communi'pjent à l'administration. 11 n'y a pas de 1 pour que ces calculs ne soient pas au moins aussi exacts es statistiques européennes du mênie ordre. Mais depuis plusieurs années le gouvernement chinois n'en publie plus le résultat, sans doute parce qu'il est peu satisfaisant comme indice ^e la prospArité généraJe.
et peut-être faut-il regretter l'abandon de ce terme, qui, sans valeur bien précise en lui-même, avait au moins le mérite de spécifier les nations de l'Asie orientale.
Ce n'est pas une race, à proprement parler, c'est un croisement de races, où quelques traits Trappants pour nous — l'élévation des zygomas, l'écrasement des os du nez, l'abaissement corrélatif de l'angle interne des yeux — semblent dominer et nous font croire ii un faciès caractéristique. La couleur jaune de la peau, qu'on a longtemps crue une marque essentielle de la race, n'est même pas générale : on trouve, selon les latitudes, des Chinois blancs, bruns oujaunes. La qualité des cheveux est peut-être un caractère plus spécifique. Ils sont en général d'un noir d'encre, rudes, épais et forts. Jadis les Chinois se désignaient eux-mêmes sous le nom « de Li-Min, hommes aux cheveux noirs ". S'il faut en croire Lockhart et Wallisch, leur système nerveux seraitbeaucoup moins sensible que le nôtre. Dans les hôpitaux de Chang-Haï et de Canton, ils supportent avec impassibilité les opérations les plus douloureuses.
Si ce n'est pas une race, c'est incontestablement une nation — la plus antique, la plus compacte, la plus durable, la plus nombreuse à la fois que le monde terrestre ait jamais vue.
Depuis des milliers d'années, ce peuple formé d'éléments mongols, mandchous, birmans, malais, tibétains, turcomans — sans doute aussi d'éléments autochtones dont les tribus errantes des Miaotze et des Si-Fan sontj peut-être le dernier vestige — ce peuple vit dans le bassin du ilcuve Bleu et du fleuve Jaune, s'y développe, grandit, parle la môme langue, a les mêmes annales. Ces
LA NATION CHINOIRF: ET BON GOUVEBNKMPNT.
r annales sont les monuments historiques les plus anciens de l'humanité ; on y trouve jusqu'à la mention précise d'événements astronomiques antérieurs à tout autre point de repère certain dans la nuit du passé, et dont l'observation seule suppose une civilisation déjà très avancée plusieui's siècles avant que les Chaldéena nous léguassent la mention d'un passage de Vénus sur le soleil. Cette civilisation n'est pas seulement la première en date, c'est aussi la plus féconde : la géométiûe, Ila taille des pierres, le tissage des étoffes, le zodiaque, la boussole, l'imprimerie, la poudre à canon, nous sont Tenus d'elle — ou tout au moins oui été découverts par elle bien avant d'ôtre retrouvés par les Egyptiens, les Arabes ou les guattrocendsti. Phénomène sans analogue
Idans l'histoire ; cette civilisation, après avoh' donné tout ce qu'elle avait en elle, après être arrivée à sa maturité, n'a pas disparu comme les autres. Elle est restée stationnaire, mais elle a résisté à l'action du temps, elle a traversé les siècles, ignoré les révolutions et les cataclysmes qui balayaient ses sœm's cadettes de l'Occident, la civilisation des Assyriens et des Grecs, celle des Pharaons et des Carthaginois, celle des Eomains et des Arabes, comme celle des Hindous, des Aztèques et des Incas. Et aujourd'hui, après cinq ou six mille ans, peut- -être après dis mille, elle s'offre entière et debout, affaiblie Bans doute, mais toujours vivante, à notre curiosité!
Ce privilège unique, l'Empire du Milieu l'a dû surtout
à sa position géographique, aux barrières que d'un côté
1 les océans, de l'autre les massifs montagneux et les
rdéserts de l'Asie centrale ont mises entre le monde et
hui. Mais il n'en constitue pas moins de nos jours une
sïceiJlion aussi singulière que pourrait l'êtu^parmi nous lune colonie de Tàge mégalithique, l'exemple le plus ' extraordinaire qui ait jamais existé d'un développement politique, scientiftque et artistique purement original,, continu, définitif, et pour comhle pci'siatant. . , . Aussi est-il poi-mis do s'iiLoimer que l'archéologie, ayant à sa disposition un pareil champ d'études, n'y poi-te pas presque exclusivement et pour longtemps sa plus grande somme d'efforts.
Reclus fait remarquer avec raison que, dans ses limites naturelles, la Chine proprement dite présente une grande ïilé géographique. On peut dire d'une manière généi que ses montagnes s'abaissent et se ramifient de Il l'est, en ouvrant partout clés chemins faciles MX populations qui remontent de la mer vers l'intê- ^eui'; d'autre part, les deux grands cours d'eau ont leur fcorientation parallèle à l'équateur, de sorte que les - migrations primitives ont pu se faire, de proche en \i proche, le long des deux fleuves, sans ipie les colons eussent à souffrir d'un changement de climaL. Enfin, la côte orientale de ces immenses bassins est seule Laignée par la mer. Elle est bordée d'un nombre d'îles qui ont valu au chef de l'ertipire un de ses titres les mieux justifiés, celui de « souverain des dis mille îles y. ' Au point de vue du climat, la Chine correspond assez ' bien à l'Europe occidentale. La chaleur y est seulement un peu plus forte en élé et le froid un peu plus vif en hiver. Dans ce climat généralement tempéré, mais qui se/ rapproche vers le sud des moyennes tropicales, on trouve une flore extraordinairement riche et où les formes de ^gllnde viennent se môlcr aux plantes d'aspect eui'opéen.
I KHiNOiSE ii:t son
La canne à iRiCre et la pomme de terre, le chêne et la bambou, y croissent côte à cûte. Les espèces ligneuses sont très nombreuses, quoique la Chine n'ait pour ainsi dire pas de forêts. Les essences résineuses surtout sont des plus variées. Toutes les espèces arborescentes de la Méditerranée s'y montrent avec la plupart des arbres â feuilles caduques, tels que les tilleuls, les Trônes, les sycomores, les érables. Dans la série des arbustes, le laurier-roae et lo myrtlie s'associent à un nombre prodigieux d'autres plantes remarquables pai' l'éclat de leurs fleurs ou l'élégance de leur feuillage. Le camélia. le jasmin, l'azalée, la glycine, nous sont venus de Chine. Quant à la faune de ce pays, elle diffère profoudémeaK^— de celle de l'Eui-ope^ccidentale. Sur deux cents espëces>9m de mammifères, on n'en compte qu'une dizaine qui ^ soient à la fois européennes et chinoises. Les oiseaux européens sont plus nombreux en proportion dans la faune chinoise, puisqu'on en trouve un cinquième environ, soit 146 sur 764. Pour les poissons des fleuves et des lacs de2.1a Chine, à l'exception de l'anguille, ils diffèrent tous des nùtres.
L'Empire du Milieu est politiquement divisé en dixhuit provinces. Chacune de ces provinces se subdivise èctures, arrondissements et districts. La préfecire et l'aiTondissemen t ont toujom's pour chef-lieu une iUe fortifiée ; le district se compose d'un certain nombre ^ villages groupés autour d'une ville à marché. k La forme du gouvernement est la monarchie absolue, ^ de droit divin. Le souverain se considère comme le roprésentant des dieux sur la terre et il est accepté comme tel par les peuples. Ses titres habituels ^ont
« Fils du Ciel !>, a Seigneur des dix mille années », « Impérial suprême ». On le croit communément en rap- (. ports personnels avec les puissances célestea. 11 n'en est pas moins assisté, pour l'expédition des affaire temporelles, de cinq ministres d'Etat qui composent le Conseil Impérial et se réunissent tous les matins, de quatre à I six heures, sous sa présidence au moins nominale. Ces cinq ministres principaux sont eux-mêmes assistés d'une grande chancellerie, dont le siège est au Tsongl Li-Yamen (d'où le nom qu'on lui donne en Europe, Icomrae on dit Downing street pour le cabinet anglais, j le Quai d'Orsay pour le ministre des affaires étran-
, et de sis conseils spéciaux, ou lou-Pou.
Le premier de ces Lou-Pou a le département de l'intérieur. 11 choisit et nomme les fonctionnaires de tout ordre dans les provinces, les préfectures, les arrondissements et les districts. Une de ses sections a la garde du sceau; une autre, les archives; une troisième est im véritable bureau de l'esprit public, rédige et fait afficher les proclamations impériales, imprimer la Gazette de , Pékin, journal officiel et unique de l'empire. Le Second Lou-Pou a le département des finances, lève les impôts )Ose du revenu. Le troisième est un ministère des cultes et des traditions : il pourvoit à l'entretien des temples, à la conservation des rites, à l'accomplissement des cérémonies publiques, qui jouent un grand rôle dans la vie nationale. Le quatrième Lou-Pou a le département de la guerre et règle tout ce qui touche aux Ml forces de terre et de mer. Le cinquième est le ministère B de la justice ; le sixième, celui des travaux publics, H Cîhacim de ces conseils spéciaiiï a un président res-
LA NATION CHINOISE ET SON GOtiVEHNEMENT. 9
ipODSable devant les premiers ministres. Les décisioas d'uQ département ne sont soumises au chef nominal de l'Etat qu'après avoir été discutées en conseil impérial. En somme, la Chine, monarchie autocratique dans la forme, est véritablement sous le régime des comités. Mais les décisions de ces comités, toujours présentées soua forme d'humble avis à Sa Majesté, ne deviennent exécutoires qu'après avoir été promulguées par le souverain, encre rouge (vermillon impérial) et sous le grand âceau.
A côté de cet organisme dirigeant, mais sujet à des changements de personnes, comme tous les gouvernements sublunaires, deux autres conseils spéciaux incarneaC en quelque sorte la conscience nationale et la continuité historique. Le premier, ou Tou-Cha-Yotni, est le bureau des censeurs. 11 est composé de commissaires généraux fréquemment délégués dans les provinces pour inspecter le fonctionnement des divers services et en faù'e leur rapport. Le second, ou Tsang-Pin-Faou, tient registre des naissances, mariages et décès de la famille impériale, et surveille la conduite de tous ses ■membres. Un des plus curieux privilèges de ce bureau «si de soumettre fréquemment aux divers conseils d'État des rapports détaillés sur les qualités et les défauts qui peuvent faire de chacun des fils du souverain régnant un candidat plus ou moins désirable à la dignité impériale. Ces rapports sont soumis au chef de l'État si le cabinet le croit utile. Et comme l'empereur a le droit de désigner son successeur, en le choisissant même en dehors de sa famiUe, s'il le juge à propos, l'importance théorique de cet usage peut paraître assez grande. Bans
la pratique, il sert uniquement à éliminer le iils aînéau profit d'un Qls cadet, quand poui' lui motif quelconque le cabinet ou le souverain jugent la mesure opportune.
Les iirovinces, comme le gouvernemcnl ccnLi-al, sont sous lo régime des comités, ceat-à-dire que cliaque fonctionnaire principal, et le nombre en est grand, est toujours flanqué d'un conseil. Il en est de même dans les préfectures, arrondissements, districts et villages. La conséquence de cet état de choses est uin' gi'Hnde autonomie, à tous les degrés de l'organisation sociale, depuis la famille ou clan, qui est à la base, jusqu'au souverain, qui est au sommet; mais en même temps un prodigieux développement decritures et de paperasses.
Le principe fondamental de la Constitution chinoise est l'admission de tous à tous les emplois publics, paivoie de sélection, c'esti-à-dire de concours successifs. Ce serait un principe excellent s'il était sérieusement appliqué; la vie officielle, comme celle du pèlerin de Bunyau, deviendrait, pai- la force des choses, une vie" d'études constantes et d'efforts soutenus, aboutissant à une perfection au moins relative. Mais en Chine comme ailleurs, les longues études, étant chose coiUeuse, sont à peu près exclusivement réservées ans fils de famille. D'autre part, il est bien vrai qu'il faut subir des examens et sortir victorieux- d'un concours pom' avancer en grade dans la hiérarchie administrative; mais il ne s'ensuit pas nécessairement que les examens soient pi-obacts ou que le plus digne sorte vainqueur de la lutte. Un diplûme s'achète, au besoin ; un comité de présentation n'est pas toujours iucorruptible ; et, le salaire des foac-.
i GOUVERNEMENT.
noDiiairea da tout ordre, étant alisolumout dérisoire dans l'Empii-e du Milieu, il est admi-s eit Chine, comme dans tout l'Orient, que ce salaire s'augmente, dans une large mesure, des dons plus ou moins volontaires du public. Aussi la vénalité des juges et des administrateurs s' étale -t- elle effrontément chez les « Fils de Han ». C'est la grande plaie sociale qui est à la base de loua les maux et gui a pour résultat de mettre en réalité le gouvernement du pays au.\ mains d'une ploutocratie.
Hais telle est la force d'un principe juste, même quand il est incomplètement appliqué, que le système de la sélection riiain tient malgré tout un certain niveau intellectuel, une cei'taine vitalité et une énergie très appréciable dans le corps des mandarins. L'infiltration des mérites éclatants s'y fait en dépit des obstacles et suffît à lui donner l'éternelle jeunesse. S'il n'est pas toujours un vrai savant, le fonctionnaire chinois est au' moins condamné à le paraître. Il n'en faut pas plus pour imprimer à ce régime un caractère tout particulier. C'est par excellence le gouvernement des lettrés; — ce que serait chez nous le gouvernement des prolessetu-s et des docteurs de tout ordre, en admettant qu'il fût pos- Bible à l'occasion de se procm'er à pris d'or les âiplômes d'une université complaisante.
Quand on parle de la science chinoise, le mot doit, cela va sans dire, être entendu dans un sens analogue à celui qu'il aurait eu en Europe vers le quinzième •Biècle. Il ne signifie pas que le lettré de l'Empire du Milieu ait la plus légère teinture d'une foule de chosus que sait, de nos jours, un élève de seconde : il indique simplement un certain degré do culture spéciale à la
Chine et qui comprend l'élude dea livres classiques, de la morale, delà langue, de l'histoire, du cérémonial et de la philosophie naturelle. Mais, il importe de le remarquer, au point de vue pratique et particulièrement au point de vue politique, l'effet de cette ciiltui-e est à peu près le même que le serait une instruction plus conforme à nos idées modernes. Ce qui donne au cerveau humain une puissance particulière, c'est moins la qualité propre des études ordinaires que l'habitude même de ces études. 11 y a entre tous les hommes supérieurs, quelle que soit la spécialité qu'ils ont approfondie, musique, littérature, mathématiques ou médecine, voii'e même théologie et mythologie, une certaine ressemblance et comme une aorte de fraternité. II serait absurde do croire que, parce que la culture d'un lettré chinois difEére absolu-r. ment de la nûtre, cette culture n'a pas une valeur posî^ ■■ tive et même échangeable. II a fait ses humanités d'une ' manière autre que nous, voilà tout. S'il nous était donné d'assister successivement à une réunion du sacré-collège tenue au Vatican, puis à un conseil impérial au Palais- Défendu, nous trouverions, selon toute apparence, les mômes mœurs, les mêmes manières de raisonner et les mêmes façons d'agir.
Avec cette différence, pourtant, queKoung-Fou-Tsé, ou, comme nous l'appelons communément Confucius — le grand inspirateur de la philosophie et de la législation chinoises —r fut avant tout un posilivisle, pour ne pas dire un saint-simonien, d'il y a trois mille ans. La Chine d'aujourd'hui est restée son œuvre et tout y porte l'empreinte de son enseignement. Or, ce penseur et ce politique, mort neuf ans avantSocrate et cinq cent cinquaute
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et un ans avant Jésus-Chriat, avait posé en principe qa'il ne faut pas s'occuper de l'origine des choses, et suLstitué le culte de l'humaDité matérielle à celui du surnaturel. Sa religion purement civile, son culte des morts, les cérémonies mêmes qu'il avait réglées pour célébrer toutes les circonstances importantes de la vie, marquent de reste son dédain de la métaphysique et des choses spéculatives. Il ne promettait pas aux petits et aux humbles le royaiune du ciel, il se préoccupait exclusivement de leur donner ici-bas le bien-être. S'il prêchait l'humilité ou la modestie, c'était en haine des aristocrates de tout ordre. « Le sage est toujours sur le rivage et l'insensé au milieu des flots ; l'insensé se plaint de n'être pas connu des hommes, le sage de ne pas les connaître, d — « Ne vous affligez pas de ce que vous ne parvenez point aux dignités publiques; gémissez plutôt de ce que peut-être vous n'êtes point orné des vertus qui pourraient vous rendre digne d'y être élevé. » S'il recommandait la douceur, c'était parce qu'elle allège le fardeau de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, où il voyait la source unique des richesses et de la prospérité de l'État ; u Un bon cœur penche vers l'indulgence ; un cœur étroit ne dépasse pas la patience et la modération. » A ses yeux, la morale n'est qu'une branche de l'économie sociale, et celle qu'il développe, rigoureusement conforme à ses idées sur la nature des (dioses, est exclusivement rationnelle. Pour lui, le progrès ne consiste pas dans la marche de l'humanité vers un but idéal, mais dans l'accroissement du nombre des hommes, de leur puissance collective et de leur partielpatiou individuelle aux douceurs de la vie. Il a le
cult^^j
kL
du nombre ; il esL aulorilaire et communiste ; au delà de !a terre et de l'homme, il ne voit rien, ou du moins déclare ne rien connaître. « Ki-Lou demanda comment il fallait servir les esprits [les âmes) et les génies. Le pliilosopiie dit : — Quand on n'est pas encore en état de servir les hommes, comment pourrait-on servir les esprits et les génies? — Permettez-moi, reprit alors le disciple, de vous demander ce que c'est que la mort. — Le philosophe dit : — Quand on ne sait pas ce que c'est que la vie, comment pourrait-on connaître la mort? n Et d'emhliïe, il revient au chapitre des qualités qui distinguent un homme vertueux : « Conduisez-vous toujours avec la même retenue que si vous étiez ohservé par dix yeux et montré par dix mains. » — a La vertu qui n'est pas soutenue par la gravité n'obtient ni poids ni autorité parmi les hommes. » Ce qui fait écrire à uif autre de ses disciples et commentateurs, Tse-Lou : s — On peut souvent entendre notre maître parler des qualités qui caractérisent un homme distingué par ses '■"S^ftus et ses talents; mais on ne peut obtenir de lui qu'il parle sur la nature de l'homme et sur la voie céleste... »
Il est bien vrai que les « Fils de Han » ont à coté de ces enseignements ceux du Bouddha et de Lao-Tsen, dont la tendance est précisément contraire, et qui offrent un refuge aux âmes assoiffées d'idéal, — le plus large sans aucun doute, le plus complet et le plus séduisant qui ait jamais été constniit par l'imagination humaine. La grandeur véritablement surprenante de cette triple religion officielle de l'Empire du Miheu est précisément qu'elle ne laisse aucun tempérament, aucun appétit
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physique, intellecluel ou moral, excommunié de son action. Mais le caractère dominant de la philosophie et des institutions chinoises n'en est pas moins le profond naturalisme dont les a marquées Confucius, et c'est ce naturalisme qui a imprimé à l'esprit gouvernemental de l'Empire du Milieu sa tournure éminemment pratique.
Nulle part les précautions les plus minutieuses n'ont été mieux prises pour assurer le bonheur liu grand nomhre. Si ce bonheur n'est pas une réalité dans la Chine contemporaine, c'est que tout dégénère et que les hommes sont toujours inférieurs à leur philosophie. La Chine de Gonhicius, plus qu'aucuu autre peuple au monde, a eu son âge d'or, immédiatement après lïlre sortie de ses mains. Les abus se sont fait jour, ont étouffé de nobles institutions sous leur végétation parasite. Mais le monument politique du sage n'en est pas moins resté le plus majestueux que la teiTe ait jamais connu. Revenons au détail de son ordonnance.
Le Kiouiig-Ki-Chou ou Conseil impérial a été orgaiSSé' vers 1730, G'estprésentement ce qui correspond le mieux' à un cabinet ministériel, et le corps le plus influent du gouvernement chinois. Il peut être composé de qûi-v conque est désigné pour y siéger par le bon plaisir du souverain; mais ses membres sont toujours ou des princes du sang, ou des chanceliers du Tsong-Li-Yamen, ou des présidents et vice-présidents de l'un des six grands départements. Le nomhre de ses membres est variable, et le Livre Rouge n'en donne jamais la liste. Autant qu'on peut le savoir, ils ont été, dans ces der- Biera temps, au nombre de quatre, avec leprïnce Koung
pour président; mais tout récemment (février 1885), la présidence serait passée aux mains du prince KiiiDg, assislé de sept dignitaires, tous acquis à la politique de progrès incarnée dans Li-Hong-Tchang. La composition de ce cabinet est toujours un indice des tendances dominantes à la cour. Le titre de ceux qui en font partie signifie « Grands ministres dirigeant la machine nationale n ; les lois constitutionnelles indiquent leur fonction comme étant « d'écrire les édits impériaux et d'étudier tout ce qui est d'importance à la nation et à l'armée, pour aider le souverain dans la conduite de la machine de l'Etat ». Dans la salle du Palaîs-Béfendu, où ces premiers ministres se réunissent tous les malins, ils ne s'assoient jamais que sur des nattes ou des coussins, personne n'ayant le droit de prendre une chaise en présence de l'empereur, même au cas où cette présence est purement Active.
Quant au grand secrétariat, ou Nui-Koh, il se compose de quatre ia-hio-izé, ou chanceliers, et de deux aides-chanceliers, ayant sous leurs ordres dix lettrés auxiliaires.
Les hauts dignitaires du cabinet et du secrétariat sont familièrement appelés Kok-Lao, c'est-à-dire " vieux de la cliamhre du conseil ». Le nom de mandarin, qu'on leur applique généralement, est un mot d'origine européenne (du portugais ma Ji£/ar, commander}, dont les étrangers seuls ae servent pour désigner en Chine et dans les pays voisins les fonctionnaires de tout ordre, depuis un préfet jusqu'à un éclusier.
Au-dessous des grands départements ministériels, se trouvent d'autres comités secondaires. Le Li-Fan-Tuen,