‹ Le monde chinoisChapitre 5 sur 49 · LA NATION CHINOISE ET SON GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LA NATION CHINOISE ET SON GOUVERNEMENT

tionclecesabrégésdu Sinj-fao, qaele NoHh China Herald reproduit régulièrement eu anglais, depuis 1872, et a môme réimprimé en volumes pour l'usage des lecteurs européens. Comme le fait observer Wells Williams, jamais le peuple romain, au plus beau temps de sa puissance, ne fut aussi bien informé de ses affaires que l'est le peuple chinois.

Parmi les diï-huit provinces de l'empire, il en est quinze qui sont groupées en huit vice-royaulés; les trois autres sont directement administrées par des gouverneurs. Chaque vice-i'oyauté ou province est autonome et reste absolument indépendante des autres dans la pratique, aussi longtemps que son chef se conforme aux instructions très minutieuses qu'il a reçues. Le gouvernement central se borne à surveiller son délégué, à s'assm'er qu'il remplit bien son mandat, et, s'il en sort, à le mander à Pékin pour rendre ses comptes. Le vice-roi lève son armée et sa flotte, paye la solde (plus ou moins régulièrement), encaisse les impôts, subvient à toutes les dépenses. Hors quelques cas particuliers où les causes criminelles vont en appel ou en cassation devant la cour métropolitaine, iljuge en dernier ressort. Mais, d'autre part, il est personnellement responsable du bon ordre dans son territoire. Si des troubles y éclatent, c'est à lui que s'en prend le cabinet, et c'est presque toujoui's lui qui en porte d'abord la peine. Il a donc tout intérêt à suivre de près la conduite de ses subordonnés. Ces subordonnes, au surplus, ce n'est pas lui qui les nomme ou qui les révoque. Tout ce qu'il peut faire, quand il croit avoir à produire contre eus des griefs sérieux, c'est de présenter sa plainte à la cour de Pékin. Il va sans dire que le sentiment

et e]ie se trouve en tout cas signalée par les historiens comme existant aa temps de Darius. Peut-être n'est-ce qn'iine forme orientale de l'usage européen de se couvrir les mains de gants dans les visites ofBciellea. Au devant et au dos de sa tunique, chaque fonctionnaire civil porte en outre un écusson représentant un oiseau aux ailes déployées, ^i plane sur unemer en furie et contemple le soleil levant. L'espèce de l'oiseau varie selon le rang.

Il en est de mi5me des broderies d'une espèce de pèlerine qui se porte sur la tunique et qui indique le degré universitaire conquis par le porteur. Enfin, chaque mandarin a autour du cou un collier de 108 grains appelé le chou-chou et qui lui rappelle sa qualité de ï fils de Han » et de citoyen de l'Empire du Milieu. Sur ces cent huit grains mystiques, soixante-douze représentent autant de pierres précieuses ou de métaux qui se trouvent dans le sol de la Chine et les trente-six autres, les planètes et coiislellatious qui peuplent le ciel de la patrie. A gauche de ce collier, deux fils de perles plus petites rappellent le respect dû aux ancêtres et la piété fihale due aux parents. A droite, un autre fil plus petit est le symhole de la fidélité due au souverain. C'est là ie costume officiel et pour ainsi dire uniforme. Mais il y a en outre la robe d'honneur, de couleur jaune comme celle de la famille impériale, et qui est conférée seulement pour services exceptionnels. C'est la plus enviée des distinctions. Un détail gâte cette brillante parure : en Chine comme ailleurs, il paraît que les décorations de tout ordre peuvent s'acheter à beaux deniers comptants. C'est une habitude commune chez tous les bourgeois ou

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marcîiands qui ont fait fortune de se procurer à pris d'or le di'oil d'exhiber tous les attributs du pouvoir. Sans doute, il y a des agences pom' leur aplanir toutes les ttifBcultéâ, moyennant finances.

Tout fonctionnaire chinois a droit à une résidence officielle ou ya-men ; dans certains cas, cette résidence est très vaste et couvre plusieurs hectares de terrahi. Les bureaux en dépendent toujours. Le plafond des salles pubhcpies est ordinairement orné d'écritaux dorés où sont inscrits soit des préceptes empruntés à la philosophie nationale, soit des éloges impériaux conférés aux prédécesseurs du fonctionnaire actuel.

A côté du rang personnel, inséparable de la fonction ou de la dignité littéraire, il y a, dans l'Empire du Milieu, une aristocratie héréditaire et titrée, à. laquelle d'ailleurs ses titres ne confèrent aucun privilège particulier. Cette aristocratie se divise en cinq classes, qu'on a jugé à propos, ces derniers temps, d'assimiler aux ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons do la vieille Europe. L'assimilation est, cela va sans dire, absolument artificielle. En réalité, les houng ou ducs, haon ou marquis, paak ou comtes, Izé ou vicomtes, nan ou barons de la Chine, répondent aux cinq éléments de la cosmogonie mongole, l'eau, le feu, le bois, le cuivre et la terre.

Comme il faut s'y attendre dans une hiérarchie aussi régulière, les membres des cinq ordres de la noblesse chinoise s'étagent dans une preeedence qui rappelle celle de l'aristocratie britannique. C'est ainsi que les kountj forment trois classes, selon que le titre a été conféré à la famille pour vingt-six, vingt-cinq ou vingt-quatre générations; les haon, quatre classes, selon que le titre est

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v^0^ pour vingt-trois, vingt-deux, vingt et une yiS^ générations, et ainsi de suite jusqu'à la dernièisfe^ classe des nan qui est titrée seulement pour huit géné**;^ rations. On voit qu^entre les honneurs à vie de niotre^ démocratie et les honneurs à perpétuité des féodalités | européennes, les «t Fils de Han », comme toujours, sont :^ restés dans le |pLSte-milieu. Apparemment ils on^pigé que les qualités héréditaires d'un kong pouvaient bien à ; la rigueur se perpétuer pendant quatre cent cinquante . ans, mais qu'il y avait peu de chances de voir celles ] d'un simple nan survivre à l'action de deux siècles.

Au-dessous de ces cinq ordres se trouvent encore deux classes titrées, celle des ki-tou-vai^ dont le titre s'applique à trois générations, et celle àe^ van-ki-vaï, où Une va qu'à l'héritier immédiat du dignitaire.

Enfin il y a neuf degrés de titres viagers, chaque degré se divisant lui-même en deux classes, celles des titulaires, ou ching, et des vice-titulaires, ou tsung. La première classe du premier degré comprend les ministres d'Etat ; la seconde, les ministres des six départements ; au second degré on trouve les gouverneurs généraux, les gouverneurs et les trésoriers ; au troisième, les juges et les commissaires de la gabelle ; au quatrième, les tou-taï et les préfets; au cinquième, les sous-préfets, le directeur de l'Observatoire impérial, les médecins ordinaires de l'empereur et les sous commissaires du sel ; au sixième, le sous-directeur de l'Observatoire, les chefs de districts métropolitains, les sous-intendants des affaires ecclésiastiques et les lettrés du premier rang; au septième degré, les docteurs en droit, les maîtres des cérémonies et les bacheliers; au huitième, les gardiens de temples

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de Confucius, les médecins de la maiso préposés aux marchés, les prâtres du Sole au neuvième, enfin, les InterprèLes slar coréens, les surintendants de police et chef du palais.

Puis viennent les mi-ya-plou, c'est-^ n'ont pas encore de rang », — les canrli gardes-trésoriers, les '•■i-fiofi"-'"" f'o douaniers, les directeurs des postes et courriers ûe cabinet.

Dans la hiérarchie militaire, comme dans lahiérarchie civile, il y a neuf classes titrées et chaque classe est divisée en deux catégories, celle des ching et celle des (îung-. Les généraux de la garde sont de la première classe et ching; ceux qui commandent des troupes de ligne et les amiraux, de la première classe et Isung. Ainsi de suite jusqu'aux bas officiers commandant un petit poste, qui sont de la neuvième classe et tsung.

Chacun de ces titres peut s'acheter, comme à peu près tout en Chine. Mais, quand un dignitaire a reçu de l'empereur celui qui lui est attribué, il a le droit de le faire précéder du préfixe shaou, qui indique cette circonstance.

Par une coutume touchante, le père participe toujours aux honneurs conférés à son fils : il prend donc le titre comme lui, mais dans ce cas avec le préfixe founj, pour en affirmer l'originç.

Le système tout entier de la constitution chinoise est éminemment patriarcal. L'empereur est le père; les fonctionnaires sont les « anciens i>, responsables dans les provinces, départements et districts; le chef de famille gouverne son clan. Si l'onrecherch.fev^xaa^^^.'^*-

système, qui se retrouve à l'origioe de presque toutes les sociétés humaines, a persisté à travers les siècles et jusqu'à nos jours dans l'empire du Milieu, on trouve la raison du phénomène dans le régime de surveillance constante et de responsabilité mutuelle qui cimente toutes les parties de l'édifice social. Chacun, depuis le fonctionnaire le plus élevé jusqu'au travailleur le plus humble, se sent si irrévocablement pris dans les mailles du fliel officiel, qu'il ne peut même pas avoir l'idée d'en sortir par un effort individuel. La condition du Chinois de toisto classe peut se comparer à celle que créerait à un homme, dès sa naissance, l'affiliation à une société secrète iiHmuaWe,implacable,otnnipoten te, omnisciente, n sait que l'œil du gouvernement est pai'tout, et qu'il est impossible de lui échapper. Toute son éducation tend du resle à lui enseigner que l'ordre établi est naturel et excellent, autant qu'indestructible. Il sait que de temps immémorial les choses ont marché ainsi, et il n'a pas de raison de supposer qu'elles puissent jamais changer. Naturellement résigné et laborieux, comme le bœuf, il courbe la tète et laboure son sillon. Un des agents leg plus énergiques de cette patience paraît être la conviction générale, et autant qu'on peut le savoir assez justifiée, que, si les violations de la loi sont fréquentes chez les fonctionnaires de tout ordre, il n'y a presque pas d'exemple que tôt ou tard l'injustice ne reçoive pas son châtiment.

Non que la toi assure aucun droit positif au citoyen. Elle est muette sur ce point. Mais elle est très minutieuse sur les devoirs du fonctionnaire public et il y a par conséquent beaucoup de chances pour que le fonc-

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