LA NATION CHINOISE ET SON GOUVERNEMENT. I
tiouDaii'e public tombe un jour ou l'autre sous son application. Ce code gémirai, qiii a pourtitre Ta-Tsing-Liou-Li ou a Loi statuaire de la grande et pure dynastie )>, se réimprime tous les cinq ans. Dans sa forme présente, il date de l'annco 1647 et de l'établissement de la dynastie mandchoue. Les sept sections dont il se compose sont relatives auxmatières constitutionnelles, civiles, fiscales, religieuses, pénales et aux travaux publics. 11 est précédé d'un préambule où sont développés les principes et les définitions du droit chinois : on y trouve la description des cinq pénalités ordinaii'es, la classification des crimes et délits, les règlements relatifs awx classes privilégiées, le détail des iiualités et vertus îndiii^ensables k un bon serviteur de l'Etat.
Le jésuite Gabriel Magaîbaens, qui avait étudié ce code avec soin, à la fin du dix-septième siècle, remarquait avec beaucoup de justesse que ses auteurs ont pris à tâche de ne rien oublier et de prévoir tous les cas possibles d'injustice. « Aussi peut-on être certain, dit-il en substance, que la nation chinoise serait la mieux gouvernée de toutes, si la conduite et la probité de ses fonctionnaires répondaient à l'esprit de ses lois... Malheureusement, ils ne songent qu'à tromper leurs chefs, à frauder le code et le souverain ; ils savent le taire avec tant d'adresse, inti-oduire dans leurs mémoires justificatifs des expressions Si douces, si honnôtes et si respectueuses, présenter des arguments en apparence si plausibles, quo les plus odieux mensonges s'imposent comme des vérités... Mais la dépravation et la méchanceté des magistrats n'altère en rien l'excellence et la perfection des lois chinoises. :
i MONDE CHINOIS.
Tout en Chine se fait au nom de l'empereur, H est la fontaine du pouvoir, du rang et déshonneurs. Parmi les titres qu'on lui donne, il faut mentionner ceux de « trfe auguste et très élevé » , a céleste », « sage » , « infini en. vertus et science » , « sacré », n Fils du Ciel », Ses officiers se définissent comme étant « au-dessous de son tabouret ». Lui-même, il s'appelle « Nous », 1' o Homme solitaire », 1' « Homme miique », le « Prince toujours seul i> . Son palais est la « Cour des audiences », la a Neuvième Entrée », la a Maison d"Or u, ï' « Avenue écarlate *, la « Salle rose », le « Pavillon défendu », le « Palais cramoisi », le t Degré de pierres précieuses », « l'Escalier d'or », le a Portail méridien », le < Grand Intérieur ». Contempler sa face, c'est voir « celle du Dragon ». Le trône est « le Siège du Dragon » et le a Meuble divin ». Son emblème est un dragon à cinq pattes, qu'il porte brodé sur tous ses vêtements, et qu'il serait sacrilège de reproduire ailleui'S.
Hien de ce qui peut investir la personne de l'empereur d'un enractère unique et sacré n'est négligé à la cour de Chine. Tout ce qui sert à son usage est de couleur ou de > forme spéciale. La porte extérieure de son palais ne peut '
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rêtre franchie qu'à pied ; partout il a ses voies, ses allées, ses issues réservées ; le trône, ou môme une simple étoffe jaLine jetée sur un fauteuil, reçoit les mêmes hommages que lui-même; ses lettres ou écrits arrivent dans les provinces les plus lointaines au miheu des génuflexions et des nuages d'encens. 11 mange toujours seul et seuleinent de huit espèces de mets réservés à son auguste estomac. Invisihie à tout ce qui n'est pas de son entou-
Iraga immédiat, il n'accorde audience aus ambassadeiu^ étrangers qu'en des circonstances solennelles, et alors, s'il faut en ci-oire la Gazelle of/îcielle, ces diplomates sont tellement frappés de terreur et de respect, que « leiu's genoux s'entrechoquent et fléchissent sous eux, qu'ils tombent la face conti-e terre et n'aui-aient m5me pas la force de se relever, si l'introducteur ne remontait leur courage par des paroles flatteuses i>.
En sa qualité de représentant du Ciel sur la terre, l'empereur a droit aux mêmes honneurs que les dieux m@mes. Quiconque est admis en sa présence doit se prosterner sur les genoux et sur les mains, frapper la terre du front et répéter cette cérémonie autant de fois qu'il gravit une marche pour arriver au pied du trône.
I C'est ce qu'on appelle le Ko- Taon . On voit que les Chinois sont logiques jusqu'au bout. Leur sentiment monarchique ne se contente pas à peu de frais, comme celui qui agonise en Europe. Il réunit sur une seule tête toutes les traditions historiques d'une nation de quatre cents millions d'hommes, toutes les majestés du pouvoir absolu, tous les prestiges d'une triple religion indigène, — et cette tête, il la veut louchant jusqu'au Giel. L'empereur est l'émanation même el Vu -misante.
des puissances surnaturelles. II a une action directe sur les pluies, lea vents et les tempêtes. Il peut ainollir le cœur des hommes, féconder le sein de la Terre ut dompter les éléments, aussi aisément qu'il fait, d'un signe, tomber une tète. On l'adore comme roi, comme pape et comme dieu. Le crime de lèse-majeié ne consiste pas seulement à l'oiTenser, pas seulement à le toucher, — ^ mais k le voir.
Le présent empereur est le neuvième de la dynastie mandchoue ou Très Pure. Né en août 1871. il se trouve encore en élat de minorité. Aussi le gouvernement est-il nominalement placé sous la régence de Timpératrice An. Le nom de cet enfant est Tsaï-Tien. Ce nom est réputé trop sacré en Chine pour être articulé ou écrit en cai tères ordinaires. Tsaï-Tien a succédé, le 1 2 janvier i à son cousin et prédécesseur immédiat Tung-Chi, m< sans héritier direct. On n'était pas d'accord au pali poni' décider qui serait appelé au trÔne, cjuand le conseil des princes du sang, réuni sous la présidence de l'impératrice-douaii'ière, mère du défimt empereur et veuve de Hien-foung ', arrêta subitement son choix sur son neveu^ fils du prince Tchun, et âgé de trois ans et demi. Le motif déterminant de ce choix, c'est qu'en élevant au trAne un fils du prince Koung, qui venait en première ligne dans l'ordre naim'el d'hérédité, on aurait condamné cet homme
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1. L'impératrice douairière, veuve de l'empereur Hien-foung et mère de Tung-chi, avait déjà exercé la régence pondant la minorité de son fils. Elle n'avait eu, avec lui, qu'une fille, décédée en 1875. Elle mourut elle-même en 1881, laissiint la régence i aa co-adjutrice l'impératrice An, qui a eu pour principal conseiller, jusqu'à ces derniers temps, le prince Koung {né en 1831),