L EMPEREUR
d'État à la i-etraite, à raison de son étroite parenté avec le souverain et des prescriptions formelles de la loi chinoise à cet égard. On prit donc le fils d'un prince qui ne jouait aucun rùle effectif dans le conseil de famille et consentait d'avance à se condamner désormais à l'obscurité. L'accession du nouvel empereur n'entraînerait ainsi aucun changement essentiel de personnes.
Le petit bonhomme fut tiré ce son berceau au milieu de la nuit, et, tout ensommeillé comme il était, salué du titre de Ouang-Ti, qui l'investit d'un pouvoir absolu sur le tiers ou le quart de l'humanité vivante. Selon l'usage adopté pour les papes de Home et les empereurs de la Chine, ou lui conféra aussitôt un nom nouveau, qui sert ^désigner son règne, celui de Kouang-Su, ou « lllusb'e itage. Il jeune empereur étant siu' le point d'accomplir sa cpiatorzième année, on ne tardera pas à le maiior. Il sera, à cette occasion, pourvu simultanément de neuf femmes, dont la première aura le titre d'impératrice, tandis que les huit autres auront celui de reines. Le choix de ces neuf épouses officielles est exclusivement basé sur leur beauté, et voici comment on y procède.
L'impératrice douairière tient une réception où sont invitées toutes les dames ayant rang à la cour : celle qui, de l'avis général, paraît la plus beUe, est désignée pour le titre d'impératrice; les huit accessits de beauté obtiennent le titre de reines. Celles qui suivent sont nommées aux postes de dames d'honneur, La plupart des femmes du lemina ou harem impérial sortent, par conséquent, des classes titrées. Mais il arrive que des filles parties des rangs les plus humbles de la, ■^■çviNaiSïsvi.
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obtiennent l'accès du harem et unissent même par s'élèvera la dignité d'impératrice. On en cite une entre autres qui vendait des fruits à la porte du palais quand elle fut remarquée par l'empereur Taou-Kouang et devint bientôt mère de celui qui devait être Hien-Foung.Ledernierprix de beauté qui ait été couronné de la dignité impériale a été proclamé dans la Gazette officielle du 11 mars 1872. C'était la femme du défunt empereur Tung-Chi. La proclamation, faite au nom des deux impératrices régentes, annonçait qu'une jeune dame nommée A-Lou-Té venait d'être choisie pour partager les joies et les peines du Fils du Ciel. Elle était — ajoutait le Journal officiel — fille de Chung-Chi, un dos agrégés du collège Han-Lin, de rang .1 â celui d'un préfet de département. Pour le dire en passant, ce Chung-Chi était le fils d'un général nommé Chaï-Chang-Ha, qui fut dégradé en 1853 pour n'avoir pas pu venir à bout des insurgés Taï-Ping, et dont la maison, confisquée par le gouvernement, sert actuellement de Tsong-Li-Yamen. On voit que sa petite-fille prenait bien sa revanche. La mère d'A-Lou-Té étaitelle-mêmelafillede feu Tou-Ou-Houa, le fameux prince Tcheng qui se trouvait, à la fin du règne de Hien-Foung, à la tète du parti hostile aux étrangers, et que renversa en 1861 le coup d'Etat préparé pai' le prince Koung et l'impératrice douairière. Tous les amis de Tou-Ou-Houa furent décapités : seul, il obtint la faveur insigne de mettre fin à ses jours par le suicide d'honneur.
Outre ses neuf épouses officielles, le Fils du Ciel entretient généralement un grand nombre de concubines, qu'il choisit selon son caprice. Les unes et les autres habitent le zenana et sont confiées à la garde des eunu-
l'empereur. 33
ques de Sa Majesté. Ces eunuques, ayant seuls accès dans les appartements intérieurs, jouent fréquemment un rôle important dans la politique chinoise. Quant à l'impératrice, elle est censée profondément étrangère aux affaires publiques; mais elle n'en a pas moins parfois une influence prépondérante. Tel fut notamment le cas de la régente, mère du feu souverain Tung-Chi, qui avait conquis la faveur de son mari et de toute la famille impériale en découvrant et faisant réprimer à temps une conspiration tramée contre l'empereur dans le conseil dos ministres.
Les populations de la Chine, qui regardent l'empereur comme représentant le Ciel, voient volontiers dans l'impératrice une sorte d'incarnation de la Terre. A ce titre, on lui suppose un pouvoir spécial sur la nature. Une de ses fonctions consiste h surveiller le culte des divinités qui président à la naissance et à la prospérité des vers à soie. Elle a aussi pour devoir de surveiller dans le harem la fabrication de certaines étoffes des- -tinées au culte.
LE UONDE CHIKOrS.
- Li'agrlcnltnre, ]a t
L'agriculture occupe le premiei' ranfï pai'ini 1rs arts et méllers de la Chine, La céi-cmoiiie annuelle du labou- H^ effectuée par les mains impériales est le symiole de l'impottance gue les législaleurs de l'empire du Uilieu accordent à celte opération. En même temps qu'elle occupe et nourrit l'immense majorité des habitants, elle fournit par l'impùt la principale source du revenu public. Une longue expérience a appris aux gouvernants que les classes agricoles sont autrement faciles à régir que les grandes agglomérations industrielles ou militaires. Enfln la Chine est sur d'immenses étendues un des sols les plus fertiles du globe et les plaines doucement ondulées qui boMent ses fleuves semblent faites de toute éternité pour les grasses moissons. 11 s'en faut, pourtant, que toutes les bonnes terres soient cultivées, dans l'Empire du Milieu. Le manque de capitaux, l'ignorance des procédés de drainage, ailleurs le peu de sécurité des récoltes, exposées aux incursions des tribus nomades ou des bandes organisées de brigands locaux, arrêtent en bien des cas le développement de la richesse agricole.
l'.\griculture et la tenhre des terres. 35
La terre est généralement tenue en toute propriété par des clans oufamilLes qui s'en partagent les produits. Cette propriété est garantie par l'État en échange d'une [axe annuelle, d'un droit de mutation et d'un impôt local qui se paye soit en journées de travail, soit en numéraire. Le propriétaire est inscrit sur les registres du district, et reçoit un « papier rouge » qni lui sert de titre. La taxe annuelle est assez forte et s'élève pour les bonnes terres jusqu'à 17 ou 18 fr. par hectare.
Mais quand on la compare au chilTre de la population, cette taxe paraît minime, puisqu'elle est à peine d'un franc par tête. Pour le droit de mutation, il est si exorbitant (près du tiers de la valeur du sol en capital) que la plupart du temps on s'arrange pour ne pas le payer, en évitant de faire enregistrer la vente : on constate alors le contrat sur un simple « papier lilanc - qui s'ajoute au titre originel de propriété, et entraîne dès lors la responsabilité pour la taxe annuelle. On voit ainsi des 1 papiers rouges n qui se sont greffés de vingt ou trente « papiers blancs » successifs, correspondant à autant de ventes. A la condition que le détenteur possède, avec ces actes sous seing privé, le titre original et qu'il paye régulièrement sa taxe, il n'a pas à craindre de se voir troublé dans sa possession.
Avec l'esprit pratique qui les caractérise, les Chinois ont ainsi trouvé, bien avant l'Australie et la vieille Europe, un système qui rend la propriété foncière aussi échangeable qu'un titre do rente. Le prût sur hypothèque est également usité dans l'empire du Milieu; mais, pour que l'acte soit valable, il faut que le prC-teur ait pris possession nominale de la terre et se soit décla.'ï&
reeponaalile des taxes : sauf le cas de stipulation contraire, l'emprunteur peut toujours se libérer, à une époque quelconque, s'il en a le moyen ; mais la prescription est acquise après trente ans. On ne peut s'empêcher d'être surpris en retrouvant ainsi, au fond de l'extrême Orient et de la civilisation la plus distincte de la nôtre, les chiffres mêmes inscrits dans nos codes. Faut-il donc croire que les lois civiles sont en certains cas plus spontanées que rationnelles et naissent véritablement de la nature des choses ?
Le prix des bonnes terres est d'à peu près 2;000 ou 3,000 francs l'hectare. Il ept rare, pour les motifs indiqués plus haut, que les ventes projetées soient annoncées par affiches. En général, elles sont seulement indiquées sur des bulletins analogues à ceux qu'on distribue dans nos rues et que les intermédiaires de la vente se chargent de faire circuler. Voici la traduction d'un de ces bulletins :
B La famille Chéang possède une propriété nu'ale sise à Poun-tong sur la rive gauche du fleuve et la met en vente. Cette propriété se compose de 224 acres, mesure impériale d'aujourd'hui, et est affermée à im certain Ching-Y-Ghak au prix annuel de 1,400 taëls d'argent. Le prix que la famille Chéang demande de sa propriété est de 21,500 taëls d'argent. L'acheteur aura en outre à payer 200 tatjls pour les frais inévitables de transfert, et, selon l'usage, le vin qui sera bu à cette occasion. Que toute personne désirant faire cet achat vienne en personne chez moi, en ayant soin d'apporter la présente annonce. La propriété comprend neuf étangs k poissons et nénuphars. Autour de ces étangs croissent
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L AGHiOULTnRE ET LA TENDRR DES TERRES,
«le nomhreus arbres ffuiliers. Elle est aussi arrosée par I trois ruisseaux où la marée remonte et enclose d'un J.inur de pierrea. Fait un heureux jour da 6° mois de la '" année du règne de Tung-Ghi. »
Au point de vue de la qualité, les terres de i'Em- Kâire du Milieu se divisenl en deus grandes variétés, î terres brums et les terres jaunes. Celles-ci, que les Ihinois appellent houang-tou et que vou Richto&n ) sous le nom de lôss, constituent un des carac- Élères spécinques des provinces du Nord. Elles sont iisposéesen couches verticales, parfois de deux et trois ïcents mètres de hauteur, coupées par des brèches sou- P daines. Ces stratiilcations tout à fait particulières à la Chine (à moins qu'elles ne se prolongent à l'ouest, vers ' l'Asie centrale) no semblent pas, quand on les voit de * haut, rompre les lignes molles etonduleuses du paysage. ■■En réalité, elles condamnent les routes ou sentiers à laaivro leurs méandres et présenteraient des obstacles . sérieux soit à l'établissement des lignes ferrées, laoit à de grandes opérations militaii'es. Richtofen divise i Chine propre en pays du loss et pays du non-liiss. tCette division est parfaitement justifiée par la diffé- ' rence des cultures et des produits dans les deux régions.
Eu Chine comme en France, la propriélé est cstraor- [ dinaireraent divisée, et le petit cultivateur dépense I tout son efFort à lui faire rendre la plus grande somme ^ssible de produits. Les « Fils de Han » sont des Oiiaratchcrs merveilleux. En Australie et aux États-Unis, ira émigrants ont depuis longtemps, et d'emblée, pris t monopole du jardinage poliiger, comme ils ont celui d'à.
blaucliissage'.Les outils nationaux sont en général âfeift: plus simples, et n'ont probaJiIemeot pas ciiangé iepxâî des milliers d'années. Mais les chinois savent en tirer b meilleur parti possible, ils ne ménagent jamais leurs peines et an-iveol sonTent, la fertilité naturelle dn sol aidant, à des résultats prodigieux. Parmi les animanx domestiques qai prêtent leor concours au laboureur (H^— i nois pour tirer sa charrue primitive, il ue Faut pas seulement compter, comme chez nous, le htruf, le cheval, lé,' Tnulet et l'âne, mais en certains cas, la chèvre et ju^ qu'au mouton. L'arrosage des rizièrrs est le trimnplié ie Tagricultenr du Céleste Empire : il y est plus b;dlOe encore tpie celui de la Lombardîe, et avec ses seaux dC' bambou, sait combiner une multitude de système» d'irrigation toujours admirablement appropriés aux ressources dont il dispose. Pour la fumure, il prépare, avec la terre de bruyère, des gâteaux d'un transport, facile, et 'ïu'il dépose au pied même de la plante cultivée, n n'a fe'arde de jeter dans ses fleuves ou d'envoyer à la mer ce qui peut serii-ir à féconder la terre, et dansj les villes, dans les mes, sur les roules, recueille ton^jonrs avec soin les immondices susceptibles de se traas> former en engrais. Le riz est le grand objet de la culture nationale. Puis viennent le coton, dans le bassin du Yan-Tze-Kiang ; le chanvre, l'indigo, le mûrier, la