‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 10 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

différents, connus objectivement et reliés par le principe de causalité; ils ne sont pas entre eux dans le ]-apport de cause à effet; ils sont une seule et même chose, qui nous est donnée de deux manières différentes, une fois immédiatement, et une autre fois dans l’intuition et pour l’entendement. L’action du corps n’est que l’acte objectivé (c’est-à-dire, devenu perceptible à l’intuition) de la volonté. Plus loin il nous sera démontré que ceci est vrai de tout mouvement du corps, non seulement de ceux provoqués par des motifs, mais encore de ceux qui se produisent involontairement par suite d’excitations ; nous verrons que le corps tout entier n’est que la volonté objectivée, c’est-à-dire, devenue représentation; la suite de ce livre exposera et expliquera toute cette question. En conséquence, ce qui dans le précédent livre et dans ma dissertation sur le principe de raison, à cause du point de vue intentionnellement unilatéral (celui de la représentation) auquel je m’y plaçais, s’appelait l’objet immédiat , je le nommerai ici l’objectité *) de la volonté. On peut dire encore dans un certain sens: la volonté est la connaissance a priori du corps, et le corps, la connaissance a posteriori de la volonté. Les décisions volontaires concernant l’avenir, ne sont pas de véritables actes de volonté, mais des opérations de raison par lesquelles on réfléchit à ce que l’on voudra à telle ou telle occasion : l’exécution seule est ce qui donne à une décisions son cachet; jusque là elle n’est encore qu’un projet variable, et

b J’ai cru pouvoir me permettre, à côté de plusieurs autres, ce néologisme, qui en est un même en allemand; et cela, afin de bien distinguer avec Schopenhauer. l’état de ce qui est devenu objet d’avec l’action de devenir objet, l’objectivation.

Note du trad.

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

n’existe que in abstracto dans la raison. Vouloir et agir ne sont séparés que dans la réflexion; dans la réalité ils ne font qu’un. Tout acte véritable, effectif, immédiat de la volonté, est en même temps et immédiatement manifesté par une action du corps ; pareillement, tout ce qui impressionne le corps impressionne en même temps et directement la volonté; à ce titre l’impression s’appelle douleur, quand elle est opposée à la volonté; et bien-être ou volupté quand elle lui est conforme. Leurs gradations sont très diverses. C’est une grande erreur d’appeler la douleur et le plaisir des représentations; elles n’en sont pas; ce sont des affections directes de la volonté, se manifestant dans son phénomène, le corps; c’est un vouloir ou non-vouloir, momentané et forcé, de l’impression subie par le corps. On ne peut considérer comme représentations immédiates, faisant exception à ce que nous venons de dire, qu’un petit nombre d’impressions corporelles qui n’affectent pas la volonté, et qui seules font du corps un objet immédiat de notre connaissance, objet que nous connaissons déjà médiatement, à l’égal de tous les autres, c’est-à-dire, comme représentation dans l’entendement. Je veux parler ici des affections des sens purement objectifs, savoir de la vue, de l’ouie et du toucher, mais en tant seulement que ces organes sont impressionnés naturellement, à leur manière spéciale; cette impression irrite si faiblement Insensibilité renforcée et spécifiquement modifiée de ces organes, que la volonté n’en est pas affectée; l’impression sensorielle n’étant pas troublée par quelque excitation de la volonté ne travaille qu’à fournir à l’entendement les données nécessaires à la perception. En revanche, toute affection violente ou anormale de ces sens, devient douloureuse, c’est-à-dire contrarie la volonté, ce qui

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