LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ
prouve qu’ils appartiennent aussi à son objectité. Il y a faiblesse nerveuse lorsque les impressions, qui ne devraient avoir que le degré de force suffisant pour en faire des données à l’usage de l’entendement, arrivent à un degré supérieur, assez élevé pour émouvoir la volonté, c’est-à-dire pour produire de la douleur ou du plaisir; le plus souvent c’est de la douleur, mais plutôt sourde et vague ; non seulement certains sons et une vive lumière nous affectent douloureusement, mais ils produisent encore parfois en nous une disposition hypocondriaque maladive, un état de malaise général et mal défini. L’identité du corps et de la volonté, se manifeste aussi, en ce que tout mouvement violent et excessif de la volonté, c’est-à-dire toute émotion, retentit aussitôt sur le corps et sur son organisme intérieur, et trouble la marche de ses fonctions vitales. J’ai exposé ceci spécialement dans „La volonté dans la nature, “ p. 27 de la 2de édition (allemande).
Enfin, la connaissance que j’ai de ma volonté, bien qu’étant directe, est inséparable de celle de mon corps. Je la reconnais, non dans son ensemble, non comme un tout, non dans son essence entière, mais dans ses actes isolés, dans le temps, qui est la forme du phénomène de mon corps comme de tout autre objet: aussi le corps est-il la condition pour la connaissance de la volonté. Sans le corps on ne peut même la concevoir. Dans mon traité sur le principe de raison, j’ai, il est vrai, présenté la volonté, ou plutôt le sujet de la volition, comme une classe à part de représentations ou d’objets : mais là déjà nous avons vu cet objet coïncider avec le sujet, autrement dit, cesser justement d’être objet: nous avons appelé cette coïncidence le miracle v.ctx s'çoxrjv : le présent ouvrage n’est, jusqu’à un certain point, que l’explication de ce miracle. En tant que
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
je reconnais convenablement ma volonté comme objet, je la reconnais comme corps: et alors je me retrouve en présence de la première classe de représentations, c’est-à-dire de celle que dans ma dissertation j’ai établie comme étant la classe des objets réels. Par ce qui va suivre, nous comprendrons de mieux en mieux que cette lre classe de représentations ne peut s’expliquer, se déchiffrer, que par la 4me ; les représentations contenues dans celle-ci ne se prêtent plus à n’être que des objets à l’égard du sujet, et nous devons conséquemment apprendre à nous expliquer l’essence intime du principe de causalité dominant dans la lre classe, par la loi de motivation régnant dans la quatrième.
Cette identité de la volonté et du corps, provisoirement exposée par nous ci-dessus, ne peut se prouver; on ne peut que la faire ressortir, c’est-à-dire, l’élever de l’état de connaissance immédiate, in concreto, à celui de notion de raison, et la transmettre à la connaissance in abstracto; c’est nous qui les premiers avons effectué ce travail et nous le compléterons de plus en plus en avançant. J’ai dit que, eu égard à sa nature, cette identité ne pouvait se prouver, c’est-à-dire, être déduite comme connaissance médiate d’une autre connaissance immédiate; cela est impossible, en effet, puisqu’elle est elle-même la connaissance la plus immédiate: si nous ne la saisissons pas, une fois pour toutes, immédiatement, nous attendrons vainement de pouvoir jamais l’acquérir par une voie médiate, comme notion dérivée. Elle constitue une connaissance sui generis, dont, pour cette raison, la vérité ne rentre même pas dans quelqu’une des quatre rubriques parmi lesquelles, dans la diss. sur le pr. de raison, § 29 et suiv., nous avons rangé toutes les espèces de vérités, savoir, la vérité logique, empirique, méta-