‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 101 sur 167 · LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ

négation de la volonté, que nous nous sommes bornés plus haut à énoncer et à expliquer d’une manière générale : pour cela, nous allons étudier la conduite, ou les actions, car ce n’est que par là qu’elle s’affirme ou se nie, et nous en rechercherons la signification intime.

U affirmation de la Volonté est ce vouloir perpétuel que n’arrête pas l’intelligence, et qui remplit la vie humaine en général. Comme le corps est déjà objectité de la volonté telle qu’elle apparaît à ce degré et dans cet individu, l’on peut dire que la volition se développant dans le temps est, en quelque sorte, la paraphrase du corps, le commentaire qui en explique l’ensemble et les parties, la représentation, par un autre mode, de la même „ chose en soi“ dont le corps est également le phénomène. Au lieu d’affirmation de la volonté, nous pouvons donc dire aussi affirmation du corps. Le thème principal de tous les divers actes volontaires, c’est la satisfaction des besoins qui sont inséparables de l’existence du corps à l’état de santé, qui trouvent en lui leur expression et qui peuvent se ramener à la conservation de l’individu et à la propagation de l’espèce. Mais, indirectement, ce sont encore ces besoins qui procurent aux motifs de tout genre leur influence sur la volonté, et donnent naissance aux actes volontaires les plus variés. Chacun de ces actes n’est qu’un échantillon, un exemple de la volonté générale qui s’y manifeste : peu importe la nature de cet échantillon, la forme adoptée par le motif et communiquée à cet exemple ; l’essentiel ici c’est de vouloir en général, et de vouloir avec tel ou tel degré de vivacité. La volonté ne peut devenir visible que par des motifs, comme l’oeil ne témoigne de sa faculté visuelle qu’un présence de la lumière. Le motif, pris généralement, se tient devant la volonté comme un Protée aux

AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ

mille formes : il promet toujours satisfaction complète, apaisement de la soif du vouloir ; mais à peine l’ a-t-on saisi, qu’il a pris une autre forme pour exciter de nouveau la volonté, toujours en proportion de la vivacité de celle-ci et de son rapport avec la connaissance: ce sont précisément ces deux éléments qui, à l’aide de ces échantillons et de ces exemples, manifestent le caractère empirique.

Dès le premier éveil de sa conscience, l’homme se trouve doué de volition, et, en règle générale, son intelligence reste en rapport constant avec sa volonté. Il commence par chercher à connaître parfaitement les objets de son vouloir, puis les moyens d’y arriver. Il sait alors ce qu’il a à faire et, d’ordinaire, n’aspire pas à savoir autre chose. Il agit et se démène : la conscience de travailler toujours conformément au but de son vouloir soutient ses forces et son activité : il ne pense qu’au choix des moyens. Telle est la vie de la plupart des hommes : elle se passe à vouloir, à savoir ce qu’ils veulent et à y aspirer avec assez de succès pour n’être pas réduits au désespoir, et avec assez d’insuccès, pour échapper à l’ennui et à ses conséquences. Il en résulte une certaine sérénité, ou du moins une certaine égalité, à laquelle la richesse ou la pauvreté ne peuvent rien changer : car, riches ou pauvres, ils ne goûtent pas ce qu’ils possèdent, puisque nous avons vu que ce qu’on possède n’a qu’une action négative; ils ne goûtent que ce qu’ils espèrent acquérir par leurs efforts. Et ils continuent de s’efforcer, de tout leur sérieux , avec les mines les plus graves : comme les enfants quand ils jouent. — Il arrive, mais ce n’est toujours qu’une rare exception , que l’intelligence vient déranger le cours d’une pareille existence, lorsque, se dégageant du service de la volonté et pé-

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