‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 12 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

physique et métalogique: car elle n’est pas, comme toutes celles-ci, le rapport d’une représentation abstraite avec quelque autre représentation, ou avec la forme nécessaire de la représentation intuitive ou abstraite; mais elle est la relation entre un jugement et un rapport : ce rapport, c’est celui qui existe d’une représentation intuitive, le corps, à quelque chose qui n’est pas représentation, qui en diffère entièrement; ce quelque chose c’est la volonté. Aussi voudrais-je la distinguer de toutes les autres en la nommant : la vérité philosophique x«E «£o- %rjv. Elle peut s’énoncer de différentes manières; on peut dire indifféremment: mon corps et ma volonté ne font qu’un; — ou, ce qu’a titre de représentation intuitive j’appelle mon corps, je l’appelle, en tant que je le connais d’une manière différente, et non comparable avec quelque autre, ma volonté; — ou bien, mon corps est Vobjectité de ma volonté; — *ou encore, mon corps, abstraction faite de ce qu’il est ma représentation, n’est plus que ma volonté ; etc. etc. *)

Si, dans le premier livre, ce n’est pas sans résister dans notre for intérieur, que nous avons consenti à reconnaître notre propre corps, comme tous les autres objets du monde visible, pour une pure représentation du sujet connaissant, désormais nous voyons clairement ce qui, dans la conscience de chacun, distingue la représentation de son corps de celle, en tout semblable pour le reste, de tous les autres objets; cette différence c’est que le corps peut encore être connu d’une autre manière, toto généré différente, exprimée par le mot volonté ; cette double connaissance de notre

*) Ici le chap. 18 du 2d volume.

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

corps, nous donne sur celui-ci, sur ses actes et ses mouvements en vertu de motifs, comme sur sa sensibilité aux influences extérieures, en un mot, sur ce qu’il est en dehors de la représentation, sur ce qu’il est en soi , ces éclaircissements que nous ne pouvons obtenir directement sur l’essence, sur l’activité et sur la passiveté des autres objets réels.

C’est précisément par ce rapport spécial avec un seul corps, lequel, en dehors de ce rapport, n’est qu’une représentation semblable à toutes les autres, que le sujet connaissant s’individue. Mais ce rapport, en vertu duquel il est devenu individu , n’existe, par cela même, qu’entre lui et une seule d’entre toutes ses représentations ; aussi n’est-ce que de celle-là uniquement qu’il a conscience comme d’une représentation, et tout à la fois, comme d’une volition. Puisque, lorsqu’on fait abstraction de ce rapport spécial, de cette connaissance double et hétérogène d’une seule et même chose, savoir le corps, celui-ci n’est plus qu’une représentation comme toutes les autres, il faut que l’individu connaissant, afin qu’il puisse s’orienter, admette l’une des deux hypothèses suivantes: ou bien que ce qui distingue cette unique représentation consiste seulement en ce qu’il ne reconnaît sous ce double rapport que cette seule représentation, qu’il ne saisit sous ce double aspect que cet unique objet intuitif, et que cette distinction s’explique, non par une différence entre cet objet et tous les autres, mais par celle qui existe entre le rapport de sa connaissance à cet unique objet, et le rapport de sa connaissance à tous les autres objets ; ou bien, il faut qu’il admette que cet objet est essentiellement différent des autres; que, seul entre tous, il est à la fois volonté et représentation, que les autres ne sont que représentations, c’est-à-dire purs fantômes, et

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