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LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ

partage, sous le rapport de la qualité purement et simplement morale , tout le domaine des actions possibles en justes et injustes. Dès qu’une action n’empiète pas, de la manière indiquée, sur 'la sphère de l’affirmation de volonté étrangère en la niant, elle ne constitue pas une injustice. Ainsi, refuser, par exemple, de secourir quelqu’un qui se trouve dans un danger pressant, ou voir d’uu œil impassible un homme qui meurt d’inanition quand on a soi-même le superflu, bien que ce soient des actes d’une cruauté infernale, ne sont pas des injustices: seulement, on peut affirmer avec assurance, que quiconque est capable de pousser à ce point l’inhumanité et la dureté, est prêt aussi à commettre n’importe quelle injustice, dès que ses projets l’exigeront et qu’aucune contrainte ne l’en empêchera.

Mais la notion du juste, comme niant celle d’injuste, a trouvé sa principale application, et indubitablement aussi son origine première, dans ces cas où une tentative d’injustice est repoussée par la force : cette résistance ne peut pas, à son tour, être injuste : donc elle est juste, bien que la violence employée, à la considérer en soi et isolément, constituât une injustice, et qu’elle ne soit justifiée dans le cas donné, c’est-à dire, ne devienne un droit, qu’en vertu de son motif. Quand un homme, dans l’affirmation de sa volonté, va jusqu’à empiéter sur la sphère d’affirmation de volonté essentielle à ma personne en tant que personne, et par suite va jusqu’à la nier, ma défense contre cet empiètement n’est que la négation de cette négation ; en ce sens, je ne fais rien autre de ma part que d’affirmer cette volonté qui, par essence et par origine, se manifeste dans mon corps, et s’exprime implicitement par son seul phénomène déjà : par consé-

quent, ce n’est pas une injustice, donc, c’est justice. Ceci veut dire, que j’ai alors le droit de nier la négation étrangère avec autant de force qu’il en faut pour la neutraliser ; ce qui, on le comprend facilement, peut aller jusqu’à tuer l’individu: l’action préjudiciable qui me menace comme violence extérieure, peut être repoussée par une réaction un peu supérieure, sans que je commette d’injustice, donc, avec justice ; car tout ce qui se produit de mon côté reste toujours encore dans la sphère de l’affirmation de volonté essentielle à ma personne comme personne et exprimée par elle (c’est cette sphère qui est le théâtre de la lutte); je n’empiète pas sur la sphère étrangère ; mon action n’est qu’une négation de négation, donc une affirmation ; elle n’est pas elle-même une négation. Je puis donc contraindre une volonté étrangère à se désister de sa négation, quand elle nie la mienne telle qu’elle se montre dans mon corps et dans l’emploi de mes forces corporelles à l’effet de le conserver et sans que je nie une volonté étrangère qui se maintient dans les mêmes bornes : autrement dit, j’ai, dans ces limites, un droit de coercition.

Dans tous les cas où le droit de coercition m’appartient, c’est-à-dire, où je suis pleinement autorisé à user de violence envers autrui, je puis aussi, selon les circonstances, et sans commettre d’injustice, opposer la ruse à la violence: j’ai donc un droit de mensonge qui va aussi loin que mon droit de coercition. Jurer, p. ex. à un brigand qui vous fouille, qu’on n’a plus rien sur soi, c’est agir très justement; de même il n’est que juste, quand un voleur s’est introduit nuitamment chez vous, de l’attirer par un mensonge dans votre cave et de l’y enfermer. Un homme enlevé par des brigands, supposons, par des corsaires barbaresques, a

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