‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 14 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

tribuer au reste du monde matériel? Où prendre les éléments dont nous le composerions? Hormis la volonté et la représentation, nous ne connaissons rien, nous ne pouvons rien concevoir. Pour donner au monde matériel, qui existe directement dans notre représentation, la plus grande réalité que nous connaissions, nous lui attribuons celle que le corps a pour chaque individu, car c’est là ce qu’il connaît de plus réel. Mais si nous analysons la réalité du corps et de ses actes, nous n’y rencontrons, outre notre représentation, que la volonté ; avec cela nous l’avons épuisée. Nous ne pouvons donc trouver nulle part quelque autre réalité à attribuer au monde matériel. Pour que celui puisse être quelque chose de plus que notre représentation, il nous faut bien alors affirmer que, outre notre représentation, il est en soi et quant à son essence intime la même chose que ce que nous trouvons immédiatement en nous comme volonté. Je dis, quant à son essence intime: mais cette essence, il nous faut avant tout l’étudier de plus près, afin de savoir en écarter tout ce qui ne lui est pas propre, tout ce qui appartient déjà à son phénomène avec ses nombreux degrés; comme, p. ex., lorsque la volonté est accompagnée de connaissance, ce qui fait qu’elle se détermine alors en vertu de motifs; une pareille condition, comme nous le comprendrons par la suite, n’appartient plus à son essence, mais seulement à son phénomène, animal ou homme. En conséquence, quand je dirai: la force qui fait tomber la pierre c’est, dans son essence, en soi, et en dehors de toute représentation, la volonté, il ne faudra pas prêter à cette proposition cette signification absurde, que parce que chez l’homme la volonté se manifeste sous cette forme, la pierre aussi se meut en vertu d’un

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

motif conscient. !) Maintenant nous allons exposer plus clairement tous les principes que nous avons jusqu’ici posés provisoirement d’une manière générale; nous chercherons à les appuyer solidement et à leur donner un complet développement. 2)

Ainsi que nous l’avons dit, les premières manifestations de la volonté , comme essence en soi du corps, quand on le considère autrement qu’au point de vue d’objet intuitif, de représentation, consistent dans les mouvements volontaires de ce corps, en ce sens qu’ils ne sont que la visibilité des actes isolés de volonté; ces mouvements coïncident immédiatement et d’une manière absolue avec ces actes ; leur identité est parfaite, et ils n’en diffèrent que par la forme nouvelle sous laquelle ils passent dans la connaissance, c’est-à-dire, sous laquelle ils se représentent.

Les actes de la volonté ont encore un autre principe, ce sont les motifs. Mais ceux-ci ne déterminent que ce que je veux à tel moment , en tel endroit et en

*) Nous ne partagerons donc pas l’opinion de Bacon de Verulam, qui soutient (De augm. scient. L. 4 in fine) que tous les mouvements mécaniques et physiques des corps s’accomplissent après perception préalable. Et cependant c’est bien un soupçon vague de la vérité, qui a donné naissance à cette fausse proposition. Il en est de même pour Képler, quand, dans sa dissertation sur la planète Mars, il prétend que les planètes doivent être douées de connaissance, pour trouver si exactement leur orbite, et pour mesurer leur vitesse avec une telle précision que les aires de leur surface de révolution soient toujours proportionnelles au temps mis à les parcourir.

Note de Schop.

2> Ici, le chap. 19 du 2d volume.

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