‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 15 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

telle circonstance , mais non pas „que je veux11 ou „ce que je veux11 d’une manière générale, autrement dit, la maxime qui caractérise l’ensemble de ma volonté. Aussi les motifs n’expliquent-ils pas le vouloir dans toute son essence; ils ne déterminent que sa manifestation à tel moment donné, ils ne sont que l’occasion pour lui de se montrer ; la volition en soi n’est pas soumise au principe de motivation, qui ne nécessite que son phénomène à chaque moment donné. C’est sous la condition indispensable du caractère empirique individuel, que le motif suffit pour expliquer l’acte : si, faisant abstraction de mon caractère, je demande pourquoi, d’une manière générale, je veux telle chose et non telle autre, je ne trouve pas de réponse possible, vu que le -phénomène de la volonté est seul soumis au principe de raison ; la volonté elle-même en est indépendante, et en ce sens on peut dire qu’elle n’a pas de raison („grundlos“). .Je dois admettre ici que le lecteur connaît la théorie de Kant sur le caractère empirique et sur le caractère intelligible, de même que ce que j’en ai dit dans les „Problèmes fondamentaux de l’éthique, “ p. 48 — 58 et aussi p. 178 et suiv. de la lre éd. (allemande) ; mais du reste je reviendrai sur ce sujet, en le développant dans le 4me livre. Pour le moment je me borne à faire observer, que le fait d’un phénomène qui se fonde sur un autre phénomène, dans notre cas le fait que l’acte se fonde sur un motif, ne contredit nullement cet autre fait que l’essence en soi du phénomène est la volonté, qui n’est elle-même fondée sur aucune raison ; vu que le principe de raison, dans toutes ses modalités, n’est que la forme de la connaissance, et que son autorité ne concerne que la représentation, le phénomène, la visibilité de la volonté, et non la volonté elle-même qui devient visible.

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

Puisque chaque action de mon corps est la manifestation d’un acte de volonté, dans lequel, les motifs étant donnés, c’est ma volonté générale dans son ensemble c’est-à-dire mon caractère, qui se prononce, il s’ensuit qu’à son tour la manifestation de la volonté doit être la condition nécessaire et préalable de toute action du corps; cette manifestation ne peut pas dépendre de quelque chose qui n’appartiendrait pas directement et uniquement à la volonté, qui ne lui serait que contingent, vu que dans ce cas sa manifestation aussi ne serait que contingente : or, cette condition, c’est le corps dans son ensemble. Celui-ci doit donc être déjà phénomène de la volonté; son rapport avec la volonté en général, c’est-à-dire, avec le caractère intelligible, dont le caractère empirique n’est qu’une manifestation temporaire, est le même que celui d’une action isolée de mon corps avec un acte isolé de la volonté. Tout mon corps ne peut donc être que ma volonté devenue visible; il doit être ma volonté même, en tant que celle-ci est objet visible, c’est-à-dire réprésentation appartenant à la lre classe. A l’appui de ce que nous venons de dire, nous avons déjà montré que toute impression sur le corps affecte immédiatement et directement la volonté, et s’appelle, à ce point de vue, douleur ou plaisir, et à un degré moindre, sensation agréable ou désagréable; nous avons vu aussi, qu’à l’inverse, tout mouvement violent de la volonté, toute émotion ou passion, agite le corps et trouble ses fonctions.— La physiologie a pour but d’expliquer étiologiquement, mais d’une manière très insuffisante, la naissance, et d’une manière un peu plus parfaite, la croissance et la nutrition du corps; mais elle n’explique son thème que de la même manière dont les motifs expliquent la conduite. Nous montrions plus haut que l’ex-

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