LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ
que la même pensée ait été exprimée par un mystique admirable et inouï de profondeur, par Ange Silesius, dans un verset intitulé : „L’homme porte tout à Dieu"; voici le passage :
„Mensch! Ailes liebet dich ; um dich ist sehr Oed range :
„Es lauft dir Ailes zu, dass es zu Gott gelange11 *).
Mais un mystique plus grand encore, Meister Eckhard, dont les admirables écrits nous sont enfin connus par l’édition qu’en a donnée Franz Pfeiffer (1857), à la p. 459, s’exprime dans le même esprit de la manière suivante : Je confirme cela par les paroles de Christ qui a dit: „„Et quand f aurai été élevé de la terre, j’attirerai tout à moi.““**) Ainsi l’homme bon doit porter toutes choses à Dieu , à leur première origine. Les docteurs nous affirment ceci , que toutes les créatures sont faites à V intention de l’homme. Constatez ceci pour chaque créature, qu’une créature utilise l’autre-, le ruminant l’herbe , le poisson l’eau , l’oiseau l’air , les fauves la forêt. Ainsi toutes les créatures profitent à l’homme bon : une créature dans l’autre est portée par l’homme bon à Dieu.11 Il veut dire par là : vu que l’homme , en lui et avec lui, rachète aussi les animaux, il les utilise dans cette vie. — Il me paraîtrait que c’est dans le même sens .qu’il faut* interpréter l’obscur passage de la Bible, dans l’épître aux Romains, "VIII, 21 — 24***).
*) (Homme ! tout t’aime ; autour de toi quelle presse : tout accourt vers toi, pour arriver jusqu’à Dieu.)
**) Evangile selon saint Jean, XII. 32.
’*’) il. Avec espérance d’être délivrées de cet asservissement de corruption, pour participer à la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ
Le Bouddhisme non plus ne manque pas de passages exprimant la même pensée : p. ex. lorsque Bouddha, encore comme Bodhisatva, fait seller son cheval pour la dernière fois, afin de fuir la résidence paternelle et aller dans le désert, il dit à l’animal: „ Depuis bien longtemps tu m’assistes à vie et à mort; mais désormais tu cesseras de porter et de traîner. Cette seule fois encore , o Kantakana , emporte-moi d’ici , et quand j’aurai obtenu la loi (quand je serai devenu Bouddha), je ne t’oublierai pcisu. (Foe Koue Ki, trad. par Abel Rémusat, p. 233.)
La vie ascétique se manifeste encore après cela par la pauvreté volontaire et intentionnelle; non cette pauvreté survenue per accidens , parce qu’on a employé ce qu’on possédait à adoucir des souffrances étrangères, mais la pauvreté comme but par elle-même, destinée à servir de mortification constante à la volonté, afin que la satisfaction des souhaits, les douceurs de la vie, ne viennent pas de nouveau exciter le vouloir, que la connaissance de soi fait abhorrer. L’homme qui en est arrivé là sent bien encore, comme corps animé, comme phénomène concret de volonté, toute espèce de dispositions au vouloir; mais il les étouffe avec intention , en se contraignant à ne rien faire de tout ce qu’il désirerait, et à faire , au contraire , tout ce qu’il
22. Car nous savons que jusqu’à cette heure toutes les créatures soupirent et sont dans le travail de l’enfantement.
23. Et non seulement elles, mais encore nous,, qui possédons les prémices de l’esprit, nous soupirons et nous gémissons en nous-mêmes, attendant l’effet de l’adoption divine, la rédemption et la délivrance de nos corps.
24. Car c’est en espérance que nous sommés sauvés. Or quand on voit ce qu’on a espéré, ce n’est plus espérance, puiscme nul n’espère ce qu’il voit déjà.
Le trad.