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LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ

gine et que la marche des choses a seule fusionnés : dans le cas de l'effondrement prévu, il devra en résulter, en vertu de leur inégale affinité et de la réaction de l’esprit de plus en plus éclairé des temps, une décomposition d’où la partie purement morale sortirait néanmoins intacte, parce qu’elle est indestructible. — Pour en revenir maintenant à la morale chez les Hindous, telle que nous la trouvons aujourd’hui déjà, malgré toute notre imparfaite connaissance de leur littérature, exprimée énergiquement et de diverses manières dans les A^édas, les Pouranas, dans leurs poèmes, leurs mythes, leurs légendes sacrées, leurs sentences et leurs préceptes de conduite *) , nous la voyons prescrire : amour du prochain avec abandon total de l’amour de soi; amour universel, embrassant non seulement l’humanité mais tout ce qui vit ; charité portée jusqu’à donner son pain de chaque jour, péniblement gagné; patience infinie à supporter toute offense; payer le mal par le bien et l’amour, quelque tort qu’on vous ait fait; résignation volontaire et joyeuse aux humiliations de toute sorte ; abstention entière de nourriture animale ; chasteté absolue et renoncement à toute volupté, pour

*) Voir, par exemple, „Oupnek’hat, studio Anquetil“, vol. II, Nos. 138, 144, 145, 146. — „Mythologie des Indous" par Mad. de Polier, vol. II, ch. 13, 14, 15, 16, 17. — „Asiatisches Magazin", de Klaproth, vol I : Sur la religion de Po; ibid. „Bhaguat-Guita“ ou „Dialogues entre Kreeshna et Arjoon“; vol. II: „Moha- Mudgava". — Puis „Institutes of Hindu-law, or the ordinances of Menu, from the Sanskrit by AVm. Iones“, traduit en allemand par Hüttner (1797), surtout chap. ATI et XII. — Enfin beancoup de passages dans les „Asiatic researches". (Dans les quarante dernières années la littérature indienne s’est tellement multipliée en Europe, que si je voulais compléter aujourd’hui cette notice de la première édition, elle nrendrait plusieurs pages).

AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ

celui qui aspire à la sainteté accomplie ; se dépouiller de ses richesses, abandonner toute habitation, quitter les siens, passer sa vie dans l’isolement le plus profond et se plonger dans la contemplation silencieuse, en faisant volontairement pénitence et en s’infligeant à soimême de lents et terribles supplices, en vue d’une mortification complète de la volonté, poussée finalement jusqu’à la mort volontaire par la faim, ou en allant au devant des crocodiles, ou en se précipitant de la roche sacrée au haut de l’Himalaïa, ou en se faisant enterrer vivant, ou enfin en se jetant sous les roues de l’immense chariot qui promène les statues des dieux au milieu des chants, des jubilations et des danses de bayadères. Ces prescriptions, dont l’origine remonte à bien au delà de quatre mille ans, sont observées encore de nos jours par ce peuple, autrement si déchu à bien des égards : quelques uns les suivent même jusque dans leurs rigueurs les plus extrêmes*). Ce qui si longtemps, et dans un pays qui compte tant de millions d’habitants, s’est maintenu en pratique, malgré les sacrifices les plus durs que cela exige, ne saurait être une fantaisie arbitrairement inventée, mais doit avoir sa raison dans l’essence de l’humanité. Mais de plus, on ne saurait assez s’émerveiller de l’identité que l’on trouve, quand on lit la vie d’un pénitent chrétien, et celle d’un indien. Avec des dogmes, des moeurs et des conditions extérieures qui diffèrent si radicalement, l’aspiration de l’âme et la vie intérieure sont les mêmes chez tous les deux. Les règles de conduite sont aussi

*) Pendant la procession de Jaggernaut du mois de juin 1840, onze Hindous se précipitèrent sous le char et moururent sur place. (Lettre d’un propriétaire des Indes Orientales, dans le „ Times" du 30 décembre 1840).

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