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LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

plication d'un acte spécial par un motif et la nécessité pour cet acte de succéder à ce motif n’étaient pas en opposition avec cette circonstance, que l’acte, en soi et d’une manière générale, est le phénomène d’une volonté qui, en elle-même, n’a pas de raison : de même l’explication physiologique des fonctions du corps ne porte aucune atteinte à la vérité philosophique du principe, qui établit que l’ensemble du corps et toute la série de ses fonctions ne sont que l’objectivation d’une volonté qui se manifeste, en vertu de motifs, dans les actions extérieures de ce même corps. La physiologie s’efforce, il est vrai, de ramener même ces actions extérieures, ces mouvements directement volontaires, à des causes inhérentes à l’organisme ; elle veut expliquer, p. ex., les mouvements musculaires par un afflux de sucs („comme la corde qui se contracte quand on la mouilie“ dit Reil, dans ses Archives de physiologie, vol. 6. p. 153) ; mais en admettant même quo l’on arrive à trouver une explication parfaite de ce genre, on ne parviendrait pourtant jamais à renverser cette vérité immédiatement certaine, que tout mouvement volontaire (functiones animales) est la manifestation d’un acte de volonté. Même l’explication physiologique de la vie végétative (functiones naturales , vitales), quelque complète qu’on puisse la donner, ne pourra pas non plus ébranler ce fait certain, que la vie végétative, dans tout son développement, est également un phénomène de la volonté. En général, comme nous l’avons démontré ci-dessus, aucune explication étiologique ne peut fournir que le lieu nécessaire, déterminé dans le temps et dans l’espace, d’un phénomène isolé, et sa production nécessitée en vertu d’une règle fixe : la nature intime du phénomène reste toujours inexpliquée par ce moyen ; l’explication étiologique ne peut qu’ad-

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

mettre son existence, et la désigner du nom de force ou de loi naturelle ; lorsqu’il s’agit d’actions, elle l’appelle caractère, volonté. Ainsi donc, quoique toute action isolée, une fois le caractère donné préalablement, provienne avec nécessité de tel motif donné; quoique la croissance, la nutrition et toutes les modifications de l’organisme animal, s’accomplissent en vertu de causes agissant avec nécessité (les excitations) ; malgré tout cela, la série entière de nos actions, et chaque action isolée par conséquent, de même que leur condition, c’est-à-dire le corps qui les effectue, ainsi que le mécanisme et les procédés qui constituent celui-ci, ne sont autre chose que le phénomène, la visibilité, Vobjectité de la volonté. C’est là-dessus que se fonde la parfaite harmonie qui existe entre le corps de l’homme ou de l’animal et leur volonté générale, harmonie analogue, mais bien supérieure, à celle qui existe entre un outil confectionné pour un but et la volonté de l’artisan ; c’est là ce qui fait également que cette harmonie se montre à nous comme finalité, ou adaptation au but, ce qui est l’explication téléologique du corps. Les parties du corps doivent en conséquence correspondre exactement aux principales tendances par lesquelles se manifeste la volonté, elles doivent en être l’expression visible : les dents, l’œsophage et le canal intestinal sont la faim objectivée ; les parties sexuelles objectivent l’instinct génital; les mains prenantes, les pieds rapides correspondent déjà à une exigence plus indirecte de la volonté qu’ils représentent. Ainsi que la forme générale de l’homme correspond à la volonté générale humaine , ainsi la volonté modifiée individuellement, le caractère de chaque homme, se prononce dans sa configuration corporelle, qui est caractéristique et significative dans toutes

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