LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ
ses parties. Il est remarquable que Parménide, dans les vers suivants, rapportés par Aristote (Metaph. III, 5,) ait exprimé la même pensée :
„S2g yaçt txctGzoç syei xqccgiv psXswv noXv^ccfinzwv, Tcoç vooç avÔQomoiGi TiccQsGzrjxsv zo yao uvzo EGZLV, OTCSQ (pQOVSèl, /JL€^€(OV (pVGlÇ Ctvâ OMTC OlGl,
Kcu nctaiv xca navzr zo yaq tcXsov sgvl voij/xaE
(Ut enim cuique eomplexio membrorum flexibilium se habet, ita mens hominibus adest: idem namque est, quod sapit, membrorum natura hominibus, et omnibus et omni : quod enim plus est, intelligentia est.) x)
Si, après toutes ces considérations, l’on a reconnu in abstracto, c’est-à-dire, d’une manière précise et certaine, ce que chacun sait directement in concreto, comme sentiment, à savoir que c’est sa volonté, l’objet le plus immédiat de sa conscience, qui constitue l’essence intime de son propre phénomène, se manifestant comme représentation aussi bien par ses actions, que par leur substratum permanent, le corps; si l’on s’est rendu compte, que cette volonté ne rentre pourtant pas complètement dans ce mode de connaissance où objet et sujet se trouvent en présence l’un de l’autre, mais qu’elle s’offre à nous par une voie immédiate, dans laquelle on ne distingue plus bien nettement le sujet de l’objet, et par laquelle, en outre, nous ne la saisissons même pas dans son ensemble, mais isolément dans chacun de ses actes; — si, dis-je, l’on partage ma conviction là-
') Ici le cliap. 20 du 2 vol., et aussi, dans mon ouvrage „La volonté dans la nature, “ les rubriques intitulées , .Physiologie" et „Anatomie comparée", où j’ai développé complètement ce que je ne fais qu’indiquer ici.
Note de Scliop.
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
dessus, celle-ci deviendra la clé pour la connaissance de l’essence intime de la nature entière, si on la reporte aussi à tous les phénomènes que l’homme reconnaît non pas immédiatement et médiatement tout à la fois, comme il le fait pour son propre phénomène, mais seulement indirectement, par un seul côté, celui de la représentation. Ce n’est pas seulement dans les phénomènes, en tout semblables au sien propre, chez les hommes et les animaux, qu’il retrouvera, comme essence intime, cette même volonté; mais un peu plus de réflexion l'amenera à reconnaître que l’universalité des phénomènes, si variés dans la représentation, ont une seule et même essence, la même qui lui est intimement, immédiatement et mieux que toute autre connue, celle-là enfin, qui dans sa manifestation la plus apparente, porte le nom de volonté. Il la verra dans la force qui fait croître et végéter la plante, et cristalliser le minéral; qui dirige l’aiguille aimantée vers le nord; dans la commotion qu’il éprouve quand deux métaux hétérogènes arrivent en contact; il la retrouvera dans les affinités électives des corps, se montrant sous forme d’attraction ou de- répulsion, de combinaison ou de décomposition; et jusque dans la gravité, qui agit avec tant de puissance dans toute la matière, et attire la pierre vers la terre, comme la terre vers le soleil. C’est en réfléchissant à tous ces faits que, dépassant le phénomène, nous arrivons à la chose en soi. Phénomène signifie représentation, et rien de plus; et toute représentation, tout objet est phénomène. La chose en soi c’est la volonté uniquement: à ce titre celie-ci n’est nullement représentation, elle en diffère toto généré; la représentation, l’objet, c’est le phénomène, la visibilité, Vobjectité de la volonté. La volonté est la substance intime, le noyau de toute chose particulière,