LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ
une expression très convenable; elle rappelle „la renaissance Par „ l’homme naturel auquel elle refuse toute faculté du bien, elle entend ce vouloir-vivre dont la négation est nécessaire pour qui veut se racheter d’une existence comme celle d’ici-bas. Car derrière cette existence se cache quelque chose de tout différent, mais que nous ne pouvons acquérir qu’après avoir secoué le joug de la terre.
Ce n’est pas au point de vue des individus, c’est-à dire, en partant du principe de raison, c’est au point de vue de l’Idée humaine dans son unité, que la doctrine chrétienne symbolise la nature l’affirmation du vouloir-vivre, par Adam : ce qui a livré le monde à la douleur et à la mort perpétuelles , c’est le péché originel qui a passé jusqu’à nous; autrement dit, c’est notre identité, dans l’Idée humaine, avec Adam, identité qui se manifeste dans le temps par le lien de la génération. Par contre, elle symbolise la grâce , la négation de la volonté, le salut , par le Dieu devenu homme, lequel, pur de tout péché, c’està-dire, de tout vouloir-vivre, ne peut être issu de la plus énergique affirmation de la volonté, ni avoir un corps pareil au nôtre qui n’est que vouloir concret, que phénomène de volonté : il est né d’une vierge immaculée et n’a qu’un simulacre de corps. Ce dernier point était soutenu parles docètes, c’est-à-dire, par certains Pères de l’Eglise qui en cela se montraient parfaitement conséquents. C’est surtout Apelles qui enseignait cette doctrine, et c’est contre lui et ses disciples que Tertullien s’est élevé. Mais saint Augustin lui-même a commenté comme suit le passage controversé du Nouveau Testament*): „Non enim caro pec-
*) . Dieu . ayant envoyé son propre fils revêtu d'une
chair sembable à la chair de péché. (Rom. VIII, 3).
AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ. 651
cati erat , quae non de carnali delectatione nata erat : sed tamen inerat ei simüitudo Garnis peccati , quia mortalis caro erat11 (Liber 83, quaestion. qu. 65). Le même enseigne dans son ouvrage appelé „opus imperfectum“, I, 47, „que le pèche originel est tout à la fois péché et punition. 11 existe déjà dans le nouveau-né, mais ne se montre qu'à fur et à mesure que l’enfant grandit. Pourtant c’est dans la volonté du pécheur qu’il faut chercher la source de ce péché. Ce pécheur c’est Adam;
mais en lui nous avons tous existé: Adam fut malheureux, et en lui nous sommes tous devenus malheureux “.—En réalité le dogme du péché originel (affirmation de la volonté) et de la rédemption (négation de la volonté) est la grande vérité qui forme la substance essentielle du christianisme; le reste n’est pour la plupart que forme et enveloppe, ou simple accessoire. Aussi faut-il toujours envisager Jésus-Christ au point de vue général, comme le symbole ou la personnification de la négation du vouloir-vivre, et non au point de vue individuel, tel que nous le montre son histoire allégorique dans les Evangiles, ni même tel qu’on nous le présente d’après les données réelles les plus vraisemblables, qui ont servi de base à la légende de l’Écriture. Aucune des deux veisions ne peut satisfaire pleinement: nous ne pouvons y voir qu’un véhicule destiné à faire pénétrer l’autre manière de comprendre le Christ dans la compréhension du vulgaire, auquel il faut toujours du positif. — Nous n’avons pas à nous occuper ici du fait que le christianisme, perdant de nos jours sa véritable signification, a dégénéré en un plat optimisme.
Il est encore dans le christianisme un autre dogme primitif et évangélique, que St. Augustin, d’accord avec les chefs de l’Église, a défendu contre les vues