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LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ

bornées des Pélagiens, et que Luther, comme il le dit formellement lui-même dans son livre „De servo arbitrio“ , s’était donné pour principale mission de rétablir en le purgeant d’erreurs : c’est le dogme qui enseigne qu’il n’y a pas de libre arbitre , que la tendance originelle de la volonté la pousse au mal, que ses oeuvres sont toujours coupables et insuffii santés, qu’elles ne pouvent jamais donner satisfaction à la justice; qu’en conséquence, ce n’est que par la foi et non par les oeuvres qu’on arrive au salut, et que cette foi ellemême ne naît pas en nous d’une intention arrêtée et d’une libre volonté, mais par un effet de la grâce qui se produit sans notre participation, et comme par une influence extérieure. Ce principe vraiment évangélique, avec ceux que nous avons mentionnés plus haut, fait partie de ces dogmes que l’esprit borné et grossier du siècle rejette comme absurdes, ou qu’il défigure : malgré St. Augustin, malgré Luther, la croyance du temps, imbue des vues bourgeoisement étroites du Pélagianisme, qui n’est autre chose que le rationalisme moderne, repousse ces vérités profondes, unique essence propre du Christianisme entendu dans sa signification vraie, pour ne s’appuyer que sur le vieux dogme traditionnel juif, qu’un lien historique rattache seul à l’enseignement chrétien *), et pour en faire la pierre fondamentale de

*) Ce que je dis là est si vrai, que dès qu’ou fait abstraction du dogme fondamental du judaïsme et qu’on admet que l’homme n’a pas été créé par un autre être, mais qu’il est l’oeuvre de sa propre volonté, l’on voit aussitôt disparaître tout ce que la dogmatiqne chrétienne, telle que St. Augustin l’a systématiquement établie, renferme encore de contradictoire et d’incompréhensihle, et qui a provoqué précisément par là les platitudes des Pélagiens. Tout alors devient clair: il n’y a plus nécéssité de recourir au libre arbitre dans les oeuvres (ope-

AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ

la religion. — Mais nous, nous pouvons voir combien la vérité contenue dans cet enseignement s’accorde pleinement avec le résultat de nos recherches. Nous voyons, en effet, que la vertu sincère et la sainteté d’âme ont leur source immédiate, non dans la volonté préméditée (les œuvres), mais dans la connaissance (la foi) : exactement comme nous l’avons pu déduire de notre principe fondamental. Si pour arriver à la béatitude il suffisait des oeuvres, qui toutes naissent de motifs et de projets prémédités, la vertu ne serait plus qu’un égoïsme prudent, méthodique, d’une perspicacité à longue portée;

rari) puisqu’il existe dans l’être (esse) où se trouve aussi le péché en tant que péché originel : mais la grâce efficace nous appartient en propre. — En revanche, bien des points fondés sur le Nouveau Testament, dans la dogmatique de St. Augustin, entre autres la prédestination, restent absolument insoutenables et nous révoltent même, aussi longtemps qu’on les considère au point de vue rationaliste qui domine aujourd’hui. On rejetterait ainsi la partie essentiellement chrétienne, pour revenir au plus grossier judaïsme. Mais l’erreur de compte, ou plutôt le vice originel de la dogmatique chrétienne, gît là où on ne le cherche jamais, c’est-à-dire précisément dans le point que l’on place au dessus de tout examen comme chose établie et certaine. Sans ce point tout le corps de la doctrine chrétienne serait rationnel, et c’est lui seul qui corrompt aussi bien la théologie que toutes les autres sciences. En effet, il nous arrive en étudiant la théologie augustinienne, dans son ouvrage „De Ciüitate Dei1' (surtout au Livre XIY), ce qui arrive à celui qui voudrait faire tenir en équilibre un corps dont le centre de gravité tombe en dehors de l’objet; de quelque façon qu’il le tourne et le retourne, l’objet culbutera toujours. De même ici, malgré toutes les peines et tous les sophismes de saint Augustin, la faute du monde et de ses douleurs retombe toujours sur Dieu, qui a créé tout, absolument tout, et qui savait en outre comment ce tout marcherait. Augustin luimême se rendait pleinement compte de cette difficulté et en était fort embarrassé, ainsi que je l’ai établi dans mon mémoire

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